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La clim’ que vous avez installée pour survivre à l’été dernier contient, très probablement, du HFC-125. Un gaz dont personne ne parle, mais dont la concentration atmosphérique a été multipliée par dix en vingt ans. C’est une étude publiée début 2025 dans le Journal of Quantitative Spectroscopy and Radiative Transfer qui l’établit pour la première fois depuis l’espace : l’Université de Waterloo, mandatée par l’Agence spatiale canadienne, révèle une augmentation décuplée du HFC-125 dans l’atmosphère en vingt ans, une première mesure par satellite pour ce composé.

Avant ces travaux, on ne regardait pas assez haut. Les concentrations de HFC-125 étaient mesurées uniquement au niveau du sol ou dans les basses couches de l’atmosphère, des données précieuses mais qui ne donnaient pas une vue d’ensemble suffisante pour comprendre la répartition réelle du gaz. L’équipe a donc exploité le satellite ACE-FTS, en orbite depuis 2004, pour mesurer pour la première fois ces concentrations dans la haute troposphère et la basse stratosphère, entre 11 et 25 kilomètres d’altitude. Résultat ? Alarmant.

À retenir

  • Un gaz invisible des climatiseurs a décuplé en concentration depuis 2004
  • Le HFC-125 réchauffe 3 500 fois plus que le CO₂, mais personne ne le voyait
  • Le satellite change tout : impossible désormais de cacher cette réalité climatique

Sommaire

  1. Un gaz discret, un pouvoir de chauffe colossal
  2. La dynamique qui a tout accéléré
  3. Ce que l’Europe a décidé, ce que le monde fait moins vite
  4. Ce que le satellite change vraiment

Un gaz discret, un pouvoir de chauffe colossal

Le HFC-125 appartient à la famille des hydrofluorocarbures, des gaz synthétiques créés pour remplacer les chlorofluorocarbures et les hydrochlorofluorocarbures, autrefois utilisés dans les aérosols et les réfrigérateurs avant d’être progressivement éliminés car ils appauvrissaient la couche d’ozone. Bonne nouvelle sur l’ozone, donc. Mais le problème a simplement changé de nature.

Bien que le HFC-125 n’ait aucun effet sur l’ozone, il possède un potentiel de réchauffement global environ 3 500 fois supérieur à celui du CO₂ sur une période de 100 ans. Pour mettre ça en perspective : une fuite de quelques kilos de ce gaz lors d’une intervention de maintenance équivaut, en termes climatiques, aux émissions annuelles d’une voiture thermique. Sa durée de vie dans l’atmosphère est de 30 ans, ce qui est relâché aujourd’hui réchauffera encore la planète en 2055.

Ce gaz n’est pas un composant exotique réservé aux industries lourdes. Le R410A, mélange frigorigène dominant du marché résidentiel depuis deux décennies, est un mélange à parts égales de HFC-32 et de HFC-125. ce fluide largement utilisé en climatisation et pompes à chaleur, considéré comme l’alternative performante au R-22, reste encore très présent dans les équipements résidentiels et tertiaires. Des millions d’unités installées en France en contiennent.

La dynamique qui a tout accéléré

Depuis 2004, la concentration de HFC-125 dans l’atmosphère a été multipliée par dix, une croissance exponentielle directement liée à la demande croissante en systèmes de refroidissement, notamment dans les pays émergents où ces technologies se développent rapidement. C’est là que réside le nœud du problème. L’Europe a engagé sa transition, mais elle ne représente qu’une fraction de la demande mondiale.

Les mesures réalisées en Chine entre 2012 et 2019 montrent que la concentration atmosphérique annuelle moyenne du HFC-125 a augmenté à un rythme de 4,8 parties par trillion par an. À l’échelle mondiale, la concentration de fond est passée de 12,1 à 30,0 parties par trillion sur cette seule période de 2012 à 2019. La courbe ne s’est pas inversée depuis. En l’espace de deux décennies, les concentrations ont décuplé, portées par l’industrialisation et la démocratisation des technologies de refroidissement dans les économies émergentes.

La persistance du gaz aggrave tout. Le HFC-125 reste longtemps dans l’atmosphère en continuant de piéger la chaleur, si aucune action n’est entreprise pour limiter son utilisation, ses concentrations continueront de croître, accentuant les impacts sur le climat.

Ce que l’Europe a décidé, ce que le monde fait moins vite

L’Union européenne n’est pas restée inerte. Le règlement (UE) 2024/573, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 7 février 2024, est entré en vigueur le 11 mars 2024 ; il modifie la directive (UE) 2019/1937 et abroge l’ancien règlement de 2014. Son objectif : éliminer progressivement les gaz fluorés à effet de serre jusqu’à leur interdiction totale d’ici 2050. Concrètement, depuis le 1er janvier 2025, l’emploi de gaz à effet de serre fluorés dont le potentiel de réchauffement planétaire est supérieur ou égal à 2 500 est interdit pour la maintenance ou l’entretien de tout équipement de réfrigération.

Sur le terrain, les installateurs ont basculé vers le R32, un HFC avec un potentiel de réchauffement global nettement inférieur au R410A. Le R32 affiche un GWP d’environ 675, soit environ un tiers de celui du R410A, et ne dégrade pas la couche d’ozone. Un progrès réel, mais qui ne résout pas l’héritage des millions d’appareils déjà en service contenant du R410A, ni la pression exercée par les marchés asiatiques et africains qui continuent d’absorber des équipements à fort PRG.

À l’échelle planétaire, c’est l’amendement de Kigali qui structure la réponse. Les HFC, y compris le HFC-125, sont réglementés par cet amendement au Protocole de Montréal, traité initialement conçu pour protéger la couche d’ozone et élargi pour inclure les gaz à effet de serre puissants. L’objectif final est de faire baisser de 85 % l’utilisation et la production de HFC dans le monde : les pays riches devaient atteindre cet objectif en 2036, ceux du groupe 1 en 2045.

Ce que le satellite change vraiment

L’apport de l’étude canadienne n’est pas seulement statistique. Le satellite mesure les concentrations dans la haute troposphère et la basse stratosphère entre 11 et 25 kilomètres d’altitude, offrant aux scientifiques une vue sans précédent sur la distribution mondiale du gaz et un outil de surveillance bien plus précis qu’auparavant pour comprendre son impact environnemental réel.

C’est un changement de paradigme dans la surveillance des gaz frigorigènes. Jusqu’ici, les industries pouvaient s’abriter derrière l’opacité des mesures au sol, fragmentées, dépendantes des déclarations nationales. Pour la première fois, des mesures satellitaires de télédétection ont été utilisées pour examiner la distribution et la tendance du HFC-125 à l’échelle mondiale, et les résultats indiquent une augmentation significative des concentrations depuis 2004, cohérente avec les mesures in situ de la NOAA et de l’AGAGE. Un croisement de sources qui rend difficile toute contestation.

Les chercheurs espèrent que, comme ce fut le cas pour les CFC et les HCFC, les efforts internationaux permettront de voir une diminution des concentrations de HFC-125 dans l’atmosphère. Les précédents donnent une base d’optimisme : la couche d’ozone dans certaines parties de la stratosphère a récupéré à un rythme de 1 à 3 % par décennie depuis 2000, preuve que des régulations contraignantes fonctionnent quand elles sont appliquées. Reste à savoir si la surveillance par satellite deviendra l’aiguillon politique qui manquait, un œil dans le ciel qu’on ne peut pas ignorer.

Sources : statistiques.developpement-durable.gouv.fr | abcclim.net

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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