Trois semaines. C’est le temps qu’il aura fallu à un câble de plus de 3 000 kilomètres, posé à grand-peine au fond de l’Atlantique, pour passer du statut de miracle technologique à celui d’épave électrique inutilisable.
Le câble a été détruit après trois semaines lorsque Wildman Whitehouse lui a appliqué une tension excessive en tentant d’accélérer son fonctionnement. L’exploit du siècle, grillé par excès de zèle.
À retenir
- Le premier câble transatlantique de 3 000 km a permis à la reine Victoria de communiquer avec le président Buchanan en 1858.
- Wildman Whitehouse a injecté 2 000 volts dans le câble pour accélérer la transmission, au lieu des dizaines de volts utilisés sur terre.
- Le câble a été complètement détruit après trois semaines, laissant l’Atlantique muet pendant huit ans.
Sommaire
Un câble de plus de 3 000 kilomètres pour faire parler une reine et un président
Le premier câble télégraphique transatlantique mesurait plus de 3 000 kilomètres et reliait Valentia Island, dans le sud-ouest de l’Irlande, à Heart’s Content à Terre-Neuve, posé par l’Atlantic Telegraph Company en 1858. Avant lui, échanger un message entre l’Europe et l’Amérique du Nord réclamait le temps d’une traversée en bateau, soit une dizaine de jours au minimum. Le câble a changé la donne du jour au lendemain.
Le 16 août 1858, un premier message est envoyé avec succès de la reine Victoria au président américain Buchanan. Les journaux de l’époque parlent d’un exploit sans précédent, capable de rapprocher deux continents en quelques minutes. En 1858, ce nouveau câble télégraphique transatlantique a rétréci le monde un peu plus : les messages pouvaient désormais circuler entre l’Europe et l’Amérique du Nord en minutes plutôt qu’en jours. Les archives des compagnies télégraphiques, qui ont conservé le détail de cette correspondance inaugurale, montrent à quel point l’enthousiasme était général à l’annonce de cette prouesse. Personne, à ce moment-là, n’imagine que la fête tournera aussi vite court.
Le signal, dès les premiers jours, se révèle décevant. Les premières communications ont eu lieu le 16 août 1858, mais le débit était mauvais, et la qualité du signal s’est rapidement dégradée, ralentissant la transmission jusqu’à la rendre presque inutilisable. Un problème que le responsable technique du projet côté britannique croit pouvoir résoudre d’une manière radicale.
Il s’appelle Wildman Whitehouse. C’est un chirurgien de formation devenu électricien amateur.
Convaincu qu’une tension élevée était nécessaire pour faire passer le message, Whitehouse a injecté jusqu’à 2 000 volts dans le câble. À titre de comparaison, les lignes télégraphiques terrestres de l’époque fonctionnaient avec quelques dizaines de volts seulement. Le résultat ne se fait pas attendre : la qualité du signal décline rapidement, ralentissant la transmission à une vitesse quasi inutilisable, avant que le câble ne soit détruit après trois semaines par cette tension excessive.
Huit ans avant une liaison qui tienne enfin la route
La sanction est immédiate et sans appel. Un rapport d’enquête publié en 1861 a conclu que Whitehouse devait porter l’essentiel de la responsabilité de l’échec. Certains historiens nuancent toutefois ce jugement : il a été avancé que les défauts de fabrication, de stockage et de manipulation du câble auraient de toute façon provoqué sa défaillance prématurée. La construction elle-même, avec un cuivre trop fin et une isolation fragilisée dès l’entreposage, portait peut-être déjà en elle les germes de l’échec, tension excessive ou pas.
Il aura fallu attendre 1866 pour qu’une liaison transatlantique durable voie enfin le jour, cette fois construite avec des tensions bien plus modestes et des instruments de mesure ultrasensibles. Entre les deux dates, l’Atlantique reste muet pendant huit ans. Ce silence forcé aura au moins servi de leçon : la vitesse d’un signal ne se gagne pas en le brutalisant, mais en apprenant à l’écouter plus finement, une idée qui guidera toute la suite de l’histoire des télécommunications sous-marines.
Sources : laportedelhistoire.fr | prohistoire.fr


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