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En passant moins de trois heures au large de San Francisco en 2009, deux groupes d’orques ont littéralement vidé une île de 16 de ses 17 grands requins blancs jusqu’à la saison suivante

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Le 2 novembre 2009, des orques appartenant à deux groupes distincts sont arrivées à Southeast Farallon, l’île principale des Farallon, au large de San Francisco. Elles y sont restées de 12 h 48 à 15 h 30, soit 2 h 42 de présence. Ce jour-là, 17 grands requins blancs marqués fréquentaient l’île, et 16 d’entre eux n’ont pas été revus avant la saison suivante.

Seize sur 17 ont disparu des récepteurs.

Ce constat vient d’une étude dirigée par Salvador Jorgensen, chercheur au Monterey Bay Aquarium, publiée en 2019 dans Scientific Reports. L’équipe a exploité les données de 165 requins blancs marqués entre 2006 et 2013, et y a ajouté 27 ans de relevés sur les phoques, les orques et les requins aux Farallon. Elle y documente quatre rencontres entre les deux prédateurs, dans le sanctuaire marin national des Greater Farallones. L’épisode de 2009 en est l’illustration la plus nette.

À retenir

  • Deux groupes d’orques sont restés 2 h 42 près de Southeast Farallon en novembre 2009.
  • Seize des 17 grands requins blancs marqués n’ont pas été revus avant la saison suivante.
  • Les années de présence rapprochée des orques, la prédation des requins sur les phoques chute de 3,5 à 7 fois.

Sommaire

  1. 2 h 42 de visite, puis une île sans requins
  2. Une peur qui dure presque un an
  3. Les phoques, grands gagnants du passage des orques

2 h 42 de visite, puis une île sans requins

Pour suivre les requins, les chercheurs les attiraient vers leur bateau avec un leurre en forme de phoque, taillé dans de la moquette, puis leur posaient des balises électroniques. Des récepteurs enregistrent ensuite leur présence autour de l’île.

Le 2 novembre 2009, ces récepteurs comptaient 17 requins blancs marqués à Southeast Farallon. Après le passage des orques, 7 h 50 plus tard, plus aucun n’était à portée. Seize des 17 n’ont pas reparu avant la saison suivante, c’est-à-dire juillet 2010 ou plus tard.

Moins de trois heures de visite, au moins huit mois d’absence.

2 h 42, c’est la durée d’un long déjeuner. Les orques n’ont pas campé sur place, elles ont croisé dans les eaux de l’île comme on traverse un quartier. Pourtant, ce schéma ne relève pas d’un accident isolé. Dans chacun des cas examinés par les chercheurs, les requins ont fui l’île à l’arrivée des orques et n’y sont revenus qu’à la saison suivante. Une coïncidence de calendrier n’expliquerait pas une telle régularité.

Une peur qui dure presque un an

Chaque automne, entre septembre et décembre, les grands requins blancs se rassemblent autour de l’île pour chasser de jeunes éléphants de mer. Les orques, elles, passent rarement par les Farallon durant cette période. Quand elles se présentent, les requins quittent les lieux.

Selon Salvador Jorgensen, les requins abandonnent immédiatement leur terrain de chasse favori et n’y reviennent pas avant un an au plus, alors que les orques ne font que passer. Sur ce qui les alerte, le chercheur avance une intuition : il pense que les requins détectent les orques par l’odorat, mais précise que cela relève de travaux futurs.

Reste une question que l’étude ne tranche pas. Les auteurs ne concluent pas si les orques visent les requins comme proies ou si elles écartent un concurrent pour s’octroyer les éléphants de mer, très riches en calories. Une seule prédation directe d’orques sur des requins blancs a été confirmée à Southeast Farallon. Il s’agit de l’incident de 1997, filmé au large des îles Farallon. Pour l’épisode de 2009, l’étude ne rapporte aucune mise à mort : elle décrit une fuite.

Les phoques, grands gagnants du passage des orques

Les années où des orques s’approchent à moins de 3 km de l’île, la prédation des requins sur les phoques chute d’un facteur 3,5 à 7. Les auteurs parlent d’une corrélation négative entre le nombre de phoques tués par les requins chaque année et les rencontres rapprochées avec des orques. Ce lien statistique s’appuie sur les relevés accumulés pendant 27 ans.

Les phoques profitent du passage des orques.

Le mécanisme n’a rien d’une chasse directe sur les requins. La peur suffit à pousser les requins vers des zones de chasse moins prisées mais plus sûres. Leur départ libère aussi des ressources en phoques dont les orques pourraient bénéficier. La pression de prédation se déplace donc dans l’espace et dans le temps, au lieu de simplement disparaître.

L’étude est parue le 16 avril 2019 en accès libre, sous le titre Killer whales redistribute white shark foraging pressure on seals. Elle repose sur 4 rencontres documentées, 165 requins marqués sur huit ans et 27 ans de relevés de terrain. Le détail du 2 novembre 2009, avec ses horaires à la minute près, vient de cette série de données.

Sources : nature.com | scholarworks.montana.edu

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