Il est 15h, mais il pourrait être minuit. Le jour ne s’est jamais vraiment levé sur le Svalbard en ce début de février. Il y avait pourtant bien une lueur à l’horizon à la mi-journée, cette lumière qui revient timidement à cette période de l’année, quand Longyearbyen, la capitale de l’archipel norvégien, sort de la nuit polaire dans laquelle elle a plongé pendant plus de trois mois. Mais Alessandra Svatek n’en a rien vu. Elle n’a pas mis le nez dehors de la journée. Depuis ce matin, elle enchaîne les rendez-vous dans son studio temporaire, installé au premier étage d’une petite maison bleue perchée sur les hauteurs de la ville qui surplombent le fjord.
C’est là qu’elle reçoit. Dans un de ces endroits où l’on se sent tout de suite bien. Peu importe la vue. Peu importe la couleur des murs ou le moelleux du canapé. Il flotte dans l’air quelque chose de doux. Des bonnes ondes qui traversent le corps, sans doute portées par les vibrations qui s’échappent de la machine que la jeune femme tient entre ses doigts. Le geste est rapide, précis et minutieux. L’aiguille semble caresser l’épiderme, point par point. Alessandra Svatek reste concentrée. Sa main gantée de latex noir ne tremble pas. Assis sur une chaise, le bras appuyé sur le dossier, Steinar Kristiansen regarde son épaule sur laquelle apparaissent des pattes trapues, une écaille après l’autre. «Ce n’est pas douloureux, ça chatouille juste un peu», souffle le Norvégien de 38 ans, la voix à peine couverte par le léger bourdonnement de l’engin qui encre sa peau.


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