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En le relâchant dans le Lez, des Montpelliérains ont littéralement installé un prédateur de 1,5 m au cœur de la ville qui respire de l’air

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Un promeneur qui longe les berges du Lez, en plein cœur de Montpellier, pourrait presque se croire tranquille. L’eau semble calme, les canards voguent sans se soucier de rien, et pourtant, sous la surface, se cache une créature capable de survivre là où aucun poisson français ne le pourrait : hors de l’eau. Ce n’est ni une légende urbaine ni un poisson d’avril égaré en septembre, mais bien la réalité d’une espèce introduite par des particuliers, probablement lassés de la voir grandir dans leur aquarium. Voici l’histoire du silure africain, un colosse discret qui a trouvé refuge en plein Montpellier.

À retenir

  • Le silure africain (Clarias gariepinus) peut respirer l'air atmosphérique grâce à un organe spécialisé, lui permettant de survivre hors de l'eau.
  • Introduit en Europe pour l'aquaculture, il a probablement colonisé le Lez après avoir été relâché par des particuliers dépassés par sa croissance, pouvant atteindre 1,70 mètre.
  • Prédateur opportuniste et vorace, il entre en compétition directe avec la faune locale, moins adaptée aux eaux pauvres en oxygène.

Un poisson qui respire comme un mammifère

Clarias gariepinus, de son nom scientifique, appartient à la famille des Clariidae. On le connaît aussi sous le nom de grand silure africain ou de poisson-chat africain. Ce qui distingue immédiatement cet animal des espèces indigènes de nos rivières, c’est sa capacité à respirer l’air atmosphérique grâce à un organe arborescent situé au-dessus des branchies. Concrètement, cela signifie que ce poisson peut quitter temporairement l’eau, ramper sur la vase ou l’herbe humide, et continuer à vivre normalement pendant un certain temps, une prouesse physiologique que le silure glane européen peut lui aussi accomplir brièvement.

Sur le plan physique, l’animal ne passe pas inaperçu. Il arbore quatre paires de barbillons autour d’une tête au museau arrondi, une nageoire dorsale unique qui s’étire jusqu’à la caudale et une nageoire anale tout aussi longue. Si la taille commune de l’espèce tourne autour de 90 centimètres, certains individus record ont atteint 1,70 mètre pour près de 60 kilogrammes, de quoi comprendre pourquoi ce poisson n’a strictement rien à faire dans un aquarium de salon, même de belle taille.

De l’aquarium à l’acclimatation : comment le silure a colonisé le Lez

Originaire d’un vaste territoire allant de la Guinée jusqu’à la province du Cap en Afrique du Sud, en passant par plusieurs pays du Moyen-Orient, ce poisson-chat doit sa présence en Europe à l’intérêt qu’il a suscité pour l’aquaculture. Sa croissance rapide, sa capacité à se nourrir de sous-produits agricoles peu coûteux et sa tolérance impressionnante aux eaux pauvres en oxygène en ont fait un candidat idéal pour l’élevage destiné à l’alimentation humaine. Il a ainsi été introduit dans de nombreux pays, bien au-delà de son aire naturelle.

C’est justement cette robustesse qui a fini par se retourner contre les écosystèmes locaux. Des particuliers, ayant acquis de jeunes spécimens sans anticiper leur croissance spectaculaire, se sont retrouvés démunis face à un animal devenu trop imposant pour leur bassin ou leur aquarium. La solution, aussi tentante qu’irresponsable, a souvent été de relâcher discrètement l’animal dans un cours d’eau proche. C’est très probablement ce scénario qui explique la présence de Clarias gariepinus dans le Lez, ce fleuve urbain qui traverse Montpellier et où l’espèce a visiblement trouvé des conditions suffisamment clémentes pour s’installer durablement.

Un appétit sans limite au cœur d’un écosystème fragile

Le silure africain n’est pas seulement impressionnant par sa taille et sa résistance : c’est aussi un prédateur opportuniste et nocturne, qui chasse principalement à la tombée de la nuit. Son régime alimentaire est d’une variété redoutable : insectes, plancton, invertébrés, poissons plus petits, et chez les plus grands individus, on rapporte même la capture de jeunes oiseaux ou la consommation de chair en décomposition. Rien ne semble vraiment lui résister, ce qui en fait un concurrent redoutable pour les espèces déjà présentes dans le Lez.

Cette voracité, combinée à une tolérance exceptionnelle aux conditions difficiles, explique pourquoi plusieurs pays ayant connu une introduction similaire signalent aujourd’hui des impacts écologiques négatifs sur leurs biotopes aquatiques. En s’installant dans les rivières, lacs et marais, le silure africain entre en compétition directe avec la faune locale, souvent moins armée pour survivre dans des eaux appauvries en oxygène ou perturbées par l’activité humaine.

Le Lez face à son nouvel occupant : ce qu’il faut retenir

L’installation de ce poisson-chat africain dans un fleuve traversant une métropole française illustre à quel point la frontière entre curiosité domestique et bouleversement écologique peut être fine. Un simple geste, celui de relâcher un animal devenu encombrant, suffit parfois à introduire durablement une espèce capable de bouleverser l’équilibre d’un cours d’eau entier.

  • Une espèce capable de respirer hors de l’eau grâce à un organe spécialisé
  • Une taille pouvant dépasser le mètre, bien au-delà de ce qu’un aquarium peut accueillir
  • Un régime alimentaire varié et opportuniste, sans réel prédateur naturel en Europe
  • Une tolérance remarquable aux eaux pauvres en oxygène ou dégradées

Face à ce constat, la vigilance reste de mise. Les autorités locales et les associations naturalistes surveillent généralement l’évolution de ces populations introduites, sans pour autant pouvoir garantir une éradication complète une fois l’espèce établie.

L’histoire du silure africain du Lez rappelle finalement une règle simple mais trop souvent oubliée : un animal exotique acheté sur un coup de tête n’est jamais une contrainte à reléguer discrètement dans la nature une fois devenu trop encombrant. Peut-être est-il temps de se demander combien d’autres espèces, moins spectaculaires mais tout aussi problématiques, se cachent déjà sous la surface de nos cours d’eau urbains, sans que personne n’y prête vraiment attention.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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