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En lâchant en 1957 un seul couple de mouflons de Vincennes sur une île des Kerguelen, les Français y ont littéralement fait naître jusqu’à 700 bêtes

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En 1957, un couple de mouflons de Corse sort du zoo de Vincennes, à Paris, pour être lâché sur l’île Haute, aux Kerguelen. C’est une petite île de 6,5 km², soit à peine plus de 6 fois la surface du jardin des Tuileries. Vingt ans plus tard, leurs descendants se comptent par centaines, et l’État finira par les abattre un à un.

2 animaux en 1957, 700 en 1977.

À retenir

  • Deux mouflons lâchés en 1957 aux Kerguelen se multiplient à 700 bêtes en 1977 sans prédateur naturel
  • Les chercheurs observent une diversité génétique inattendue dans ce troupeau fondé par un seul couple
  • L’ensemble du troupeau est éradiqué entre 2009 et 2012 pour protéger la végétation endémique rare

Sommaire

  1. Un cadeau pour les chasseurs des Kerguelen
  2. De 2 bêtes à 700 : la courbe qui s’envole
  3. Un troupeau né de 2 animaux, devenu cas d’étude
  4. Abattus jusqu’au dernier

Un cadeau pour les chasseurs des Kerguelen

Le but n’avait rien de scientifique. Les autorités en place voulaient offrir aux résidents la possibilité de chasser le mouflon. Les deux bêtes ont été relâchées avec 3 rennes suédois, sur la seule île Haute. Un essai raté avait précédé : en 1956, un autre couple venu de Vincennes avait été lâché sur l’îlot Blakeney (2,5 km²), dans le golfe du Morbihan, et les 2 bêtes étaient rapidement mortes.

L’île Haute n’a pourtant rien d’un pâturage de rêve. Rocheuse, elle ne présente que 30 % d’un faible couvert herbacé, et en 1972, des graminées fourragères y ont été introduites pour améliorer les ressources des mouflons. Le « mouflon de Corse » est d’ailleurs, selon l’inventaire des espèces envahissantes d’outre-mer, un mouton domestique retourné à l’état sauvage.

De 2 bêtes à 700 : la courbe qui s’envole

Sans prédateur, la population a d’abord crû de façon exponentielle. Elle passe d’environ 100 individus au début des années 1970 à 700 en 1977. Rapporté à la surface de l’île, cela fait plus de 100 bêtes au kilomètre carré, sur un caillou battu par les vents australs. Une densité que bien des prairies d’élevage de métropole n’atteindraient pas.

Dès les années 1980, le troupeau oscille entre 300 et 700 bêtes.

Les rennes, eux, n’ont pas tenu la distance. Les 2 populations, une centaine de têtes chacune à la fin des années 1960, se sont disputé l’espace et la nourriture. Les rennes ont fini par gagner la Grande Terre à la nage et ont totalement disparu de l’île Haute vers 1980.

Un troupeau né de 2 animaux, devenu cas d’étude

Les biologistes se sont penchés sur ce troupeau pour une raison bien précise : il descend de 2 individus seulement. En 2007, une équipe menée par Kaeuffer publie dans les Proceedings of the Royal Society B une étude titrée sur l’hétérozygotie inattendue d’une population de mouflons insulaires fondée par un seul couple. Le mot « inattendue » dit assez la surprise des chercheurs devant la diversité génétique d’un groupe parti de si peu.

Abattus jusqu’au dernier

La décision tombe après avis des comités scientifiques des Terres australes françaises. L’abattage de tout le troupeau est décidé pour lutter contre les effets des espèces invasives, en particulier le broutage de végétaux endémiques rares. L’élimination des ovins introduits a été inscrite en 2008 au plan d’action « biodiversité » des TAAF et lancée en 2009, après une phase de contrôle de la population débutée à la fin des années 1990.

Les campagnes ont été menées entre 2009 et 2012, année où les 4 derniers animaux ont été abattus. En 2011, 5 individus étaient encore présents, dont 4 ont été abattus en 2012. Un compte rendu des TAAF relayé par l’Accord sur la conservation des albatros et des pétrels mentionnait même un mâle isolé encore présent après l’hiver 2012. L’espèce est aujourd’hui considérée comme éradiquée.

Le point culminant de l’île, 321 mètres, s’appelle toujours la Table des Mouflons.

Les mouflons ne sont pas les seuls passagers venus de France ou d’ailleurs. Les rennes suédois introduits en 1955-1957 comptent environ 2 000 têtes aujourd’hui, et les chats lâchés dans les années 1950 sont toujours là. Parmi les mammifères introduits aux Kerguelen (moutons, mouflons, rennes, lapins, rats, chats), seuls les moutons et les mouflons ont été éradiqués.

Sources : techno-science.net | acap.aq

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