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Les funérailles du guide suprême Ali Khamenei débute à partir de ce samedi 4 juillet en Iran, alors que le régime a été bousculé par des mois de guerre.

MORTEZA NIKOUBAZL / NurPhoto via AFP
Depuis la mort d’Ali Khamenei (à gauche), son fils Mojtaba Khamenei est le nouvel homme fort d’Iran même s’il n’est jamais apparu en public depuis qu’il est le Guide suprême.
Mojtaba Khamenei assistera-t-il aux funérailles de son père ? Quatre mois après la mort d’Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine le 28 février, des cérémonies massives débutent en Iran, samedi 4 juillet, pour six jours. La présence du nouveau guide suprême, qui n’est pas apparu en public depuis sa désignation le 8 mars dernier, est toujours inconnue à quelques heures de la procession.
Est-ce le symbole d’une perte de pouvoir du guide suprême et d’un changement de régime en Iran ? Les chercheurs Adel Bakawan et David Rigoulet-Roze nous aident à y voir plus clair.
• Quelle est l’influence de Mojtaba Khamenei ?
Mojtaba Khamenei détient en théorie le pouvoir en Iran. « La mission la plus importante du guide suprême est de trancher entre les différents pôles du pouvoir », résume pour Le HuffPost Adel Bakawan, directeur de l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (EISMENA). Le guide suprême est en effet celui qui a le dernier mot sur les sujets importants en Iran.
Mais l’ayatollah n’est pas apparu en public depuis sa désignation. « On ne sait même pas véritablement s’il est encore en vie. Ce qui est probable, c’est qu’il aurait été gravement blessé, qu’il aurait eu une prothèse à la jambe », indique David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique et auteur de La République islamique d’Iran en crise systémique.
Cette invisibilité laisse planer le doute sur le rôle du nouveau guide suprême, malgré les messages qui lui ont été attribués ces derniers mois. Au lendemain de la conclusion du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, Mojtaba Khamenei avait écrit avoir « donné (son) autorisation » malgré « une opinion différente ». « Il n’y a de fait pas d’incarnation du pouvoir, or il représente la clé de voûte de la République islamique d’Iran, qui est une organisation très complexe de l’État avec des organes de pouvoir multiples, parfois en rivalité », analyse David Rigoulet-Roze.
Pour Adel Bakawan, le guide suprême ne peut plus aujourd’hui « assumer son rôle d’arbitrage d’une manière efficace ». « En raison des enjeux de sécurité et de sa santé, on a besoin de jours et de jours pour accéder à Mojtaba Khamenei », affirme le sociologue.
• Comment le régime fonctionne-t-il aujourd’hui ?
« Comme le bureau du guide n’est pas totalement disponible, le fonctionnement du régime est moins opérationnel qu’avant », poursuit Adel Bakawan, qui évoque une « dispersion » du pouvoir depuis le début de la guerre. « Chacun exerce à sa manière », estime le spécialiste.
En parallèle, le conflit a renforcé la décentralisation du régime. « Les Iraniens ont parfaitement compris que si le régime n’était pas tombé, c’est parce que, en grande partie, il n’était pas centralisé autour d’un petit groupe ou d’une personne », complète Adel Bakawan.
Dans les faits, le pouvoir est assuré à Téhéran par un groupe de responsables militaires, religieux et civils. En plus du guide suprême, on peut citer le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a dirigé la délégation qui a négocié avec les États-Unis au Pakistan et en Suisse, ainsi que le président Massoud Pezeshkian, qui a signé le protocole d’accord.
S’ajoutent Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution et Mohammad Bagher Zolghadr, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale.
• Les Gardiens de la Révolution ont-ils pris l’ascendant en Iran ?
Plutôt qu’une « dispersion » du pouvoir, le spécialiste David Rigoulet-Roze observe, lui, un « changement de régime » en Iran au profit des Gardiens de la Révolution. La nomination, en mars, de Mohammad Bagher Zolghadr, qui a fait une partie de sa carrière chez les Pasdarans, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale est perçue par plusieurs experts comme le signe de l’influence croissante des Gardiens.
« Avant l’élimination d’Ali Khamenei, c’était le guide suprême qui décidait de tout en dernier ressort. Aujourd’hui, la décision semble être devenue collégiale, mais avec une prépondérance des Gardiens de la Révolution. La situation leur a offert le pouvoir alors que la majorité des personnalités historiques du régime ont été éliminées », analyse David Rigoulet-Roze.
Adel Bakawan se veut plus nuancé : « Il y a toujours plusieurs pôles de pouvoir en Iran. C’est Ahmad Vahidi qui gère la guerre, mais c’est Massoud Pezeshkian, qui représente les modérés, qui dirige la négociation. Ils sont dans une relation de complémentarité, peut-être de compétition ». « Les Gardiens, pour justifier et donner une certaine légitimité à leur action, ont besoin d’un référentiel qui tranche », ajoute-t-il.
• Quelles conséquences pour la population ?
Les débats sur le pouvoir en Iran ne changent pas la situation sur le plan des droits humains dans le pays. La population iranienne, oubliée du protocole d’accord entre Téhéran et Washington, est la grande perdante du conflit. Selon un groupe d’experts de l’ONU, cité par l’AFP le 19 juin, 156 personnes ont été exécutées en Iran depuis le début de la guerre, dont 42 pour des accusations d’espionnage et de sécurité nationale.
La dispersion du pouvoir comme la fin provisoire de la guerre font par ailleurs craindre une répression plus forte dans le pays. « Sur le plan politique, la répression des Gardiens de la Révolution n’a jamais été aussi brutale. Ils ne toléreront aucune revendication qui risquerait de fragiliser leur mainmise sécuritaire », signale David Rigoulet-Roze, en référence aux manifestations d’ampleur de janvier dernier.
« Aujourd’hui, les Gardiens de la Révolution pensent qu’ils ont gagné, à la fois la guerre, la diplomatie, la négociation et des milliards. Ils se voient beaucoup plus légitimes pour réprimer n’importe quelle opposition », alerte également Adel Bakawan.


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