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En interdisant l’eau sur une cale en feu pour sauver sa cargaison en 1947, le capitaine d’un cargo français a littéralement soufflé le port de Texas City

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En interdisant l’eau sur une cale en feu pour sauver sa cargaison en 1947, le capitaine d’un cargo français a littéralement soufflé le port de Texas City. Le 16 avril 1947, à 9 h 12, le Grandcamp, navire français amarré à ce port du golfe du Mexique proche de Galveston, a explosé avec environ 2 300 short tons de nitrate d’ammonium dans ses cales. L’accident industriel le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis venait de commencer.

Il s’est écoulé environ 70 minutes entre la première fumée et la déflagration.

À retenir

  • Le Grandcamp explose à Texas City le 16 avril 1947 avec environ 2 300 tonnes de nitrate d’ammonium.
  • Le capitaine interdit l’eau et injecte de la vapeur dans la cale pour protéger la cargaison.
  • L’explosion tue au moins 576 personnes, dont 26 pompiers, et détruit une grande partie du port.

Sommaire

  1. Une cale, 2 300 tonnes de nitrate, un ordre
  2. 9 h 12 : le port rayé de la carte
  3. 576, 581 : un bilan qui reste flou
  4. Un enchaînement bien plus qu’un seul ordre

Une cale, 2 300 tonnes de nitrate, un ordre

Ce matin-là, le Grandcamp finissait de charger. Selon Britannica, vers 8 h, des membres de l’équipage ont remarqué de la fumée dans la zone de cargaison, où 2 300 tonnes d’engrais étaient déjà arrimées. Les sacs, eux, portaient pour toute mention « fertilizer grade ammonium nitrate », rapporte le blog de HeinOnline, et les dockers qui les manipulaient ignoraient à quel point leur contenu était dangereux.

La réponse du capitaine tient en trois gestes : pas d’eau, panneaux de cale fermés, vapeur sous pression injectée dans le compartiment. D’après la bibliothèque de Texas City, l’objectif était de préserver la marchandise, qu’un déluge d’eau aurait abîmée.

Le calcul ne tenait pas. Le nitrate d’ammonium est un oxydant, il porte en lui de quoi alimenter sa propre combustion, et l’enfermer dans une cale close en le chauffant revient à construire une cocotte-minute. Le produit était fabriqué pendant la guerre pour des explosifs avant d’être recyclé en engrais, précise le Handbook of Texas (TSHA). La cause du départ de feu reste incertaine : une cigarette ou une allumette est l’hypothèse la plus répandue, d’autant que le tabac était officiellement interdit sur les quais mais courant chez les dockers, et qu’une cigarette avait déjà provoqué un incendie sur les docks deux jours plus tôt (History.com).

La vapeur n’éteint pas un produit qui fournit son propre oxygène.

9 h 12 : le port rayé de la carte

L’explosion a détruit toute la zone des quais, l’usine chimique voisine, des entrepôts à grains et de nombreux réservoirs de pétrole et de produits chimiques. Le souffle, ressenti jusqu’à Port Arthur, a endommagé ou détruit au moins 1 000 habitations et bâtiments, selon le TSHA. Il a brisé des vitres à 64 kilomètres de distance et fait chuter deux petits avions qui volaient à 460 mètres d’altitude. Une vague de 4,5 mètres a déferlé, d’après Britannica.

Sur le quai, 26 pompiers sont morts.

Fire Engineering, revue spécialisée américaine, parlait à l’époque du pire bilan jamais enregistré parmi les pompiers volontaires du pays. Ces hommes avaient branché leurs lances au dispositif de lutte contre l’incendie du Grandcamp, sans savoir ce qu’ils avaient en face d’eux.

Le désastre ne s’est pas arrêté là. À proximité, le High Flyer, amarré à environ 250 mètres, contenait 1 050 tonnes de soufre et 960 tonnes de nitrate d’ammonium, et la première explosion l’avait enflammé. Remorqué sur 100 pieds (30 mètres) pour l’éloigner des quais, il a explosé à son tour le lendemain, après avoir brûlé 16 heures.

576, 581 : un bilan qui reste flou

Le monument de l’ancre, à Texas City, inscrit 576 morts, dont 398 victimes identifiées et 178 disparus. D’autres décomptes montent à 581. Britannica avance une fourchette de 400 à 600 morts et jusqu’à 4 000 blessés, et le TSHA admet que le nombre exact ne sera probablement jamais connu.

Près d’une victime sur trois n’a jamais été identifiée : 178 sur 576, soit 31 %. L’explosion ne laissait parfois rien à reconnaître.

Côté matériel, les dégâts ont été évalués à environ 67 millions de dollars de l’époque. La facture a pesé sur une ville entière, dont le front de mer industriel avait cessé d’exister en une matinée.

Un enchaînement bien plus qu’un seul ordre

Faire peser la catastrophe sur les seules épaules du capitaine serait commode, mais l’histoire est plus complexe. L’ordre de fermer les panneaux et d’injecter de la vapeur s’inscrit dans une chaîne : une cargaison dont la dangerosité n’était pas affichée, une interdiction de fumer peu respectée, et un incendie combattu par des hommes qui ignoraient qu’un ordre de ne pas utiliser d’eau avait été donné. Le titre de cet article résume l’enchaînement, il ne le démontre pas, et le choix de la vapeur n’est qu’un maillon parmi d’autres.

Un détail rapporté par la liste des incidents liés au nitrate d’ammonium en dit long sur le rôle du confinement. Sur le quai, 500 tonnes de nitrate ont brûlé sans exploser, probablement parce qu’elles étaient moins tassées que dans la cale du Grandcamp.

Sources : tshaonline.org | fireengineering.com

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