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En guerre contre l’Iran, le Pentagone tient les médias à distance

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Rhétorique virulente contre l’adversaire iranien, hostile face au traitement médiatique, mais parole plus rare et timide sur les développements sur le terrain : sous la houlette de Pete Hegseth, le Pentagone rompt avec ses pratiques passées de communication en temps de guerre.

« Le Pentagone communique moins d’informations et moins fréquemment que jamais. Et les informations qu’il donne sont… moins informatives », résume à l’Agence France-Presse (AFP) Steve Warren, ex-colonel de l’armée de terre avec vingt ans d’expérience en relations publiques.

Du temps des conflits en Irak, en Afghanistan, et contre le groupe État islamique, les conférences de presse étaient souvent quotidiennes, détaillées, et les possibilités d’accompagner les troupes américaines sur les terrains de guerre existaient. L’armée américaine avait « une cellule de communication dédiée avec pour principe une transparence maximale dans un délai minimal », rappelle Steve Warren.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui, où des questions centrales, comme celle concernant la responsabilité américaine dans une frappe meurtrière contre une école iranienne, restent sans réponse.

Sollicité par l’AFP, le Pentagone estime que « les médias ont reçu une quantité astronomique d’informations, qu’ils veuillent ou non l’admettre », énumérant la tenue de cinq conférences de presse depuis le 28 février mais aussi des vidéos du chef du commandement militaire pour la région, l’amiral Brad Cooper, et des publications sur les réseaux sociaux.

« Devoir moral »

Au cours des précédentes guerres, différents hauts responsables se chargeaient des conférences de presse.

Mais depuis le début de la guerre contre l’Iran, seuls trois visages s’affichent, mis à part Donald Trump : son secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le chef d’état-major de l’armée américaine, Dan Caine, et l’amiral Cooper.

« C’est sans précédent à ma connaissance », observe Steve Warren.

Pour le Pentagone, communiquer auprès de la presse et du public est une nécessité pour expliquer « comment sont dépensés les près de mille milliards de dollars qui nous ont été confiés et ce que nous faisons des enfants de l’Amérique », explique-t-il. « J’ai toujours considéré que c’était un devoir moral. »

Mais « le gouvernement Trump se montre totalement opaque », estime auprès de l’AFP Roger Stahl, professeur en sciences de la communication à l’université de Géorgie.

Il s’agit de la « première opération majeure où le pouvoir exécutif ne prend même pas la peine d’exposer ses arguments au Congrès et aux Américains. Et, après les frappes, il n’a fait aucun effort pour formuler une justification cohérente », poursuit-il.

Ancien présentateur de Fox News, Pete Hegseth a consacré une bonne partie des conférences de presse qu’il tient depuis le début de la guerre contre l’Iran à attaquer frontalement des médias, qu’il accuse de répandre des « informations mensongères ».

« Problème de transparence »

Vendredi, il s’en est pris en particulier à CNN après que la chaîne a dit que Washington avait sous-estimé le risque de paralysie du très stratégique détroit d’Ormuz en cas de conflit avec l’Iran.

« Absolument ridicule », a jugé M. Hegseth, avant d’exprimer son impatience que David Ellison, le patron du groupe de télévision et cinéma Paramount Skydance considéré comme un allié de Donald Trump, en prenne le contrôle.

L’approche restrictive du Pentagone envers les journalistes est une constante depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump.

À l’automne dernier, il a été demandé aux médias accrédités au Pentagone de se plier à de nouvelles règles contraignantes. La plupart ont refusé et y ont perdu leur accès.

Avant déjà, le Pentagone avait imposé aux journalistes d’être escortés dans le bâtiment en dehors d’un nombre limité de zones, délogé certains médias de leurs bureaux permanents, et réduit drastiquement les conférences de presse.

Dernièrement, ce sont les photographes qui en ont été privés — après que certains clichés n’ont pas été du goût de Pete Hegseth, selon la presse américaine.

« Nous avons beaucoup moins de vrais journalistes qui suivent de près le Pentagone, ce qui pose un grave problème de transparence », souligne Roger Stahl.

Conséquence, poursuit le professeur, « les faits pas flatteurs mettront plus de temps à être révélés, si tant est qu’ils le soient » et « le gouvernement se sentira moins pressée de fournir des explications et un plan cohérents ».

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