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En Espagne, les régions du Nord sont devenues la nouvelle destination refuge face aux canicules

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La Galice, les Asturies, la Cantabrie et le Pays basque attirent de plus en plus de touristes fuyant la chaleur intense. Une tendance amplifiée par les réseaux sociaux, qui transforme ces régions du nord de l'Espagne en destinations de luxe. Le média public espagnol RTVE analyse ce phénomène.

Publié le 25/08/2026 16:53 Mis à jour le 25/08/2026 17:04

Temps de lecture : 13min

Vue sur la plage de Los Peligros à Santander, dans le nord de l'Espagne. (ADRIANA AGÜERO / ÁLVARO HIGUERA / EFE) Vue sur la plage de Los Peligros à Santander, dans le nord de l'Espagne. (ADRIANA AGÜERO / ÁLVARO HIGUERA / EFE)

Le nombre de touristes a augmenté de 35% au cours de la dernière décennie en Galice, en Cantabrie, dans les Asturies et au Pays basque. Le réchauffement climatique garantit d'ores et déjà un "beau temps dans le nord", avec des températures plus agréables que dans d'autres régions côtières.

La chaleur modifie notre façon d'organiser nos vacances. L'été n'est plus seulement synonyme de parasols et de transats sur les plages du sud ou de bière dans les bars de plage de la côte espagnole du Levant. Aujourd'hui, le climat frais de la côte cantabrique devient la destination la plus prisée.

Les vagues de chaleur intenses et répétées de ces derniers étés ont fait du nord de l'Espagne la première destination touristique de la dernière décennie. Les villes et villages de Galice, des Asturies, de Cantabrie et du Pays basque accueillent chaque été un nombre record de visiteurs, qui viennent à la recherche de températures clémentes, mais sont aussi souvent attirés par ces images idylliques dignes d'une carte postale qui font le buzz sur les réseaux sociaux.

Les Asturies constituent la destination la plus prisée par les visiteurs du nord, avec une hausse de 45% du nombre de vacanciers depuis le début de la pandémie ; en Galice, ce chiffre a augmenté de 34% depuis que le tourisme s'est retrouvé à l'arrêt en raison de la crise du Covid-19.

Dans l'ensemble, le nombre total de visiteurs ayant séjourné dans ces quatre régions pendant les mois d'été est passé d'environ 3,4 millions durant l'été 2015 à plus de 4,7 millions durant l'été 2025, soit une hausse de plus de 35% en une décennie.

Selon les données de l'Institut national de statistique (INE), certains des exemples les plus frappants de croissance démographique estivale s'observent dans des villes telles que Noja, en Cantabrie, et Sanxenxo, à Pontevedra. La commune de Noja enregistre la plus forte croissance proportionnelle de toute l'Espagne pendant les mois d'été. Sa population passe d'environ 3 000 résidents permanents à près de 100 000 en août, soit une multiplication par due au tourisme en provenance du Pays basque et de Madrid. Quant à Sanxenxo, sa population habituelle s'élève à environ 18 000 habitants, mais en haute saison, elle dépasse les 110 000 personnes, ce qui représente une augmentation de plus de 645%.

Bien que le tourisme intérieur reste un pilier des vacances d'été dans le nord, le nombre de visiteurs étrangers a augmenté de plus de 30% dans plusieurs de ces régions ces dernières années. De plus, depuis la pandémie, on observe une évolution des tendances saisonnières du tourisme : les pics de fréquentation ne se limitent plus à la période de juin à septembre, mais se produisent également pendant les longs week-ends et d'autres périodes de vacances telles que Pâques. De plus en plus de personnes achètent également des résidences secondaires dans ces destinations.

"Depuis la fin de la pandémie, la demande immobilière est fulgurante", explique Jesús Riva, directeur de l'agence immobilière Somoplaya, située dans la commune de Somo, en Cantabrie, à RTVE. "Ce sont surtout des familles de la classe moyenne supérieure de Madrid qui viennent ici à la recherche d'une résidence secondaire, même si les prix ont augmenté de 100% depuis le début de la pandémie. Pour les locations de vacances, nous avons toutes sortes de clients, des amateurs de surf aux familles venues de toute l'Espagne", précise-t-il. "Je ne trouve pas que Somo soit surpeuplée ; il n'y a un peu plus de monde que d'habitude que pendant la première quinzaine d'août. Le reste du temps, il y a beaucoup d'espace et on peut aller au restaurant."

Vanesa Ríos, une habitante de Mera, dans la province de La Corogne, porte un regard différent sur l'afflux de touristes sur la côte nord. "L'essor du tourisme dans le nord est on ne peut plus évident depuis quatre ou cinq ans. Je prends le confinement comme point de référence. Jusque-là, il y avait un flux constant de familles venues de Madrid, des gens qui renouvelaient leur bail annuel année après année. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de monde. Le village est plein à craquer. Aux familles locales de longue date s'ajoutent des touristes venus de toute l'Espagne, et le nombre de visiteurs français a également augmenté."

Víctor Santos fera bientôt partie de ces visiteurs. Il organise actuellement son voyage estival annuel avec des amis et a choisi La Corogne. "On a longuement réfléchi. Au départ, on pensait aller à Valence parce qu'on aime la musique électronique et que ça semblait logique d'assister au festival Medusa, mais ensuite, on a pensé à la chaleur et à l'humidité qui y règnent et on a décidé de ne pas y aller. Nous avons choisi la Galice pour son climat, parce que la cuisine y est excellente, que les paysages sont spectaculaires et que les fêtes de village y sont les meilleures. De plus, les prix y sont plus raisonnables et nous avons trouvé un festival qui correspond exactement à ce que nous recherchions : nous allons au FEC, le Festival de musique électronique de La Corogne."

L'une des principales raisons de l'augmentation des déplacements vers le nord est le climat. Au cours d'une saison estivale qui, ces dernières années, s'est caractérisée par des températures très élevées dès le mois de mai ou juin et par une succession de vagues de chaleur, les villes et villages de ce qu'on appelle l'"Espagne verte" sont devenus un excellent refuge climatique.

Dans la plupart des régions de Galice, des Asturies, de Cantabrie et du Pays basque, les températures moyennes sont de dix à quinze degrés inférieures à celles que l'on observe au centre et au sud de la péninsule. Un cadre idyllique qui permet de se passer de climatisation et même d'enfiler une veste ou un pull pour une promenade en soirée.

"Autrefois, on ne pouvait pas être sûr d'avoir du beau temps dans le nord de l'Espagne, mais depuis quatre ou cinq ans, le changement est très perceptible. Aujourd'hui, grâce au réchauffement climatique, on est sûr d'avoir du beau temps", explique Beatriz Oficialdegui, directrice marketing de l'agence de voyages Destinia, à RTVE.

"Le climat est la principale raison pour laquelle on vient ici", déclare Vanesa Ríos. "Il est évident que le changement climatique a également entraîné une évolution des températures dans le nord de l'Espagne. Il fait beaucoup plus chaud aujourd'hui que lorsque j'étais enfant, il y a quarante ans. La température de l'eau a également augmenté. Avant, la mer était glaciale ; il était difficile de se baigner, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les températures que nous avons aujourd'hui sont plus élevées qu'il y a quelques années, mais bien sûr, elles restent bien inférieures à celles de Madrid ou de l'Andalousie, où les vagues de chaleur s'enchaînent sans discontinuer."

"Tous ceux qui le peuvent viennent passer tout l'été ici. C'est tout à fait compréhensible. Beaucoup de gens vivent dans les environs pour échapper à la chaleur qui règne dans le reste de l'Espagne."

Jesús Riva, de l’agence immobilière Somoplaya

à la RTVE

Passer l'été dans le nord de l'Espagne n'est pas seulement un moyen d'échapper à la chaleur du plateau central. C'est devenu un symbole de statut social et une tendance très prisée sur les réseaux sociaux. Les créateurs de contenu et les influenceurs, qui comptent des millions d'abonnés, ont redéfini le luxe estival, troquant le sud ou l'ambiance festive d'Ibiza contre l'esthétique décontractée, verdoyante et rafraîchissante de la côte cantabrique.

Une tendance qui véhicule une image idyllique de la vie de famille : villages de pêcheurs, prairies verdoyantes et vaches, loin de l'agitation. Les jeunes partent vers le nord pour recréer cette ambiance sur une plage déserte ou au bord des falaises, vêtus de hauts à manches longues.

Il s'agit de personnalités publiques dont les publications enregistrent des millions de vues et de "likes", affichant "une ostentation ridicule de richesse" dissimulée sous ce qu'on appelle le "luxe discret", comme lorsqu'elles donnent l'impression de pique-niquer sur la plage en survêtement au coucher du soleil. Lorenzo Vicario, maître de conférences en sociologie à l'université du Pays basque, a analysé ce phénomène :

"Historiquement, les vacances d'été dans le nord du pays ont toujours été associées à l'aristocratie et à la haute société, une tradition qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Saint-Sébastien, par exemple : c'est là que la reine Isabelle II d'Espagne (1833-1868) a passé ses premiers étés, puis, de manière régulière, la régente Marie-Christine et les enfants d'Alphonse XIII. Un phénomène similaire s'observe à Santander. Aujourd'hui, on observe une tendance croissante à l'achat de résidences secondaires par la classe moyenne supérieure, des personnes aisées, dont beaucoup sont célèbres, qui se tournent vers le Nord : les Asturies, la Galice et la Cantabrie ; vers des régions peu peuplées et plus rurales, qu'elles trouvent attrayantes. C'est un peu comme ce qui s'est passé dans les années 1990 avec Majorque et des stars de cinéma telles que Michael Douglas".

La plage de La Concha prise d'assaut à Saint-Sébastien, au Pays basque espagnol, le 21 juin 2026. (ANDER GILLENEA / AFP) La plage de La Concha prise d'assaut à Saint-Sébastien, au Pays basque espagnol, le 21 juin 2026. (ANDER GILLENEA / AFP)

"La surfréquentation ne fait aucun bien au tourisme. En été, le village est complètement bondé", explique Vanesa Ríos. "Ça a été la folie cette semaine de voir des lieux comme le légendaire phare de Mera, à La Corogne en Galice, complètement envahis par la foule pendant l'éclipse."

Cette situation n'est pas un cas isolé lié à un événement exceptionnel comme l'éclipse, qui a entraîné une affluence massive dans de nombreuses villes habituellement moins fréquentées.

En juillet dernier, dans une autre région de Galice, des images de la plage de Las Catedrales, à Lugo, sont devenues virales. Elle avait dû être fermée au public en raison d'un afflux excessif de visiteurs.

Des vacanciers sur la plage des Las Catedrales, à Lugo (Galice), en 2017. (PHILIPPE TURPIN / Photononstop) Des vacanciers sur la plage des Las Catedrales, à Lugo (Galice), en 2017. (PHILIPPE TURPIN / Photononstop)

Depuis des années déjà, cette plage, reconnue comme l'une des plus belles au monde, doit limiter le nombre quotidien de visiteurs à environ 4 800 personnes afin d'éviter les affluences, de protéger ses falaises fragiles et ses formations géologiques vieilles de plus d'un milliard d'années, et d'assurer la sécurité des visiteurs à marée basse.

"Les gens d'ici réagissent, et certains mouvements s'opposent à un tourisme de masse qui fait preuve de peu de respect", explique Vanesa Ríos. "Il y a quelques années, un bar a fait le buzz parce qu'il arborait sur sa porte une pancarte sur laquelle on pouvait lire 'Fora fodechinchos', un terme galicien désignant de manière péjorative les Madrilènes. Nous, les habitants, essayons de nous en sortir, mais cela devient difficile. Il y a des week-ends où nous n'allons tout simplement pas à la plage, c'est impossible."

Pour faire face à l'énorme demande en matière d'hébergement, ces régions tentent de s'adapter à un rythme effréné. La Galice et le Pays basque connaissent actuellement une vague importante d'ouvertures de nouveaux hôtels de charme et d'établissements de luxe, portée par la popularité du tourisme gastronomique et œnologique, du Chemin de Saint-Jacques et des escapades citadines. Parallèlement, on observe une augmentation effrénée du nombre de locations saisonnières. Le littoral est saturé, ce qui oblige les infrastructures de tourisme rural et les petites villes de l'arrière-pays à absorber une partie de la demande excédentaire.

"Ici, un bien immobilier ne reste pas longtemps sur le marché. Dès que nous publions une annonce pour un bien proposé au prix du marché ou légèrement en dessous, le téléphone se met à sonner sans discontinuer. C'est vrai que les prix sont exorbitants en ce moment et qu'il y a peut-être un petit temps mort, mais dès qu'ils baisseront un peu ou que l'offre augmentera, les choses continueront à bouger car la demande est énorme", explique Jesús Riva, de l'agence immobilière Somoplaya.

Les touristes qui évitent les destinations estivales classiques ne se contentent pas de se rendre dans les régions côtières du nord. Les rapports de Turespaña sur les tendances confirment que les destinations touristiques de l'arrière-pays dépassent les destinations classiques "soleil et plage" en termes de prévisions de croissance. Selon les données du ministère de l'Industrie et du Tourisme, "les régions de l'intérieur des terres et l''Espagne verte' connaîtront une croissance comprise entre 8 et 11% cet été, dépassant ainsi les six communautés autonomes les plus prisées par les touristes".

Cette tendance s'explique en partie par une stratégie mise en œuvre par le gouvernement. Alors que le nombre de visiteurs en Espagne atteint chaque été des niveaux records, l'objectif du gouvernement n'est pas seulement de battre ses propres records, mais aussi de "gérer le phénomène" en orientant les visiteurs vers les régions vertes et l'arrière-pays, afin d'alléger la pression qui pèse sur les destinations traditionnelles.

Les touristes qui se rendent dans l'arrière-pays espagnol pratiquent ce qu'on appelle le "slow travel". On pourrait décrire cette pratique comme un voyage au rythme tranquille : des visiteurs qui cherchent à échapper à la foule du littoral pour trouver calme et tranquillité, découvrir le patrimoine historique, profiter de la nature et déguster une cuisine raffinée. Ils bénéficient également de prix nettement inférieurs à ceux pratiqués dans les zones touristiques traditionnelles.

"Quand on regarde le classement des destinations touristiques les plus populaires d'Espagne, on retrouve toujours les mêmes : Salou, Benidorm et Torremolinos. C'est parce que c'est là que l'offre d'hébergement est la plus importante, mais la croissance que nous observons est en réalité plus forte dans les destinations de l'arrière-pays", explique Beatriz Oficialdegui, directrice marketing de l'agence de voyages Destinia, à RTVE. "Ce sont des personnes qui souhaitent profiter de la nature et qui, plutôt que de passer un mois ou deux semaines dans la même station balnéaire, diversifient leurs séjours et visitent plusieurs destinations différentes au cours d'un même été. Cela donne un véritable coup de pouce au tourisme à l'intérieur des terres, à la montagne et fluvial."

"Cela fait maintenant plusieurs années que nous préférons les vacances à la campagne aux vacances à la plage", explique Almudena García à RTVE. Cet été, elle s'est rendue avec toute sa famille (quinze personnes au total) dans un gîte rural de la Sierra de Herencia, en Castille-La Manche. "Les destinations à l'intérieur des terres présentent de nombreux avantages qui correspondent bien mieux à nos besoins. Tout d'abord, nous pouvons trouver une maison où nous pouvons tous loger ensemble. Ensuite, la nature est ce qu'il y a de mieux pour les enfants. Les températures en montagne sont agréables. Et puis, bien sûr, il y a le prix. Une nuit dans ce type d'hébergement revient bien moins cher que dans un hôtel en bord de mer."

La hausse des températures due au changement climatique entraîne également une évolution des tendances en matière de voyages en dehors de l'Espagne. Ceux qui délaissent le littoral au profit de séjours culturels et gastronomiques cherchent à échapper à la chaleur dans les pays nordiques ou baltes, où ils peuvent profiter de températures douces avoisinant les 20 à 25 degrés.

Parmi les destinations les plus prisées, le Danemark, la Norvège et la Suède attirent les voyageurs en quête de nature, de villes cosmopolites et de températures modérées. L'Islande et la Finlande gagnent également en popularité en tant que destinations estivales.

Andrea Asenjo et Daniel Díez vivent à Copenhague depuis plus d'une décennie et ont remarqué que "depuis quatre ou cinq ans, la ville est de plus en plus envahie par les touristes en été". Ils expliquent à RTVE qu'"il est évident que les séjours durent désormais plus longtemps qu'un simple week-end consacré à la découverte de la ville" et que les visiteurs s'aventurent au-delà du centre historique. "Nous habitons dans un quartier proche du centre mais un peu à l'écart du canal, et nous avons remarqué que les restaurants et les cafés y sont également plus fréquentés."

Ils expliquent en quoi le climat danois est en partie responsable de ce phénomène. "Le réchauffement climatique a déjà entraîné une hausse des températures en été. Bien sûr, on est loin des températures espagnoles, mais le climat actuel tempéré fait que les activités nautiques proposées en ville attirent une foule de touristes, notamment des Espagnols, des Allemands et des Français."

La vague de chaleur modifie les habitudes de voyage et la manière dont les visiteurs interagissent avec leurs destinations de vacances. Les réseaux sociaux amplifient ces tendances. Le nord de l'Espagne est désormais confronté à un choix difficile : soit "mourir de son succès" face à une explosion incontrôlée de l'activité touristique, soit s'imposer comme l'une des principales destinations estivales internationales.

Cet article a été écrit par Alma Navarro (RTVE) et initialement publié le dimanche 23 août 2026 à 9h09. Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.

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