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International 03/10/2026 16:47 Actualisé le 03/10/2026 17:47
Des manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Madrid et dans tout le pays. Battu la veille au Parlement, Pedro Sanchez réfléchit à des législatives anticipées.
Par Maxime Dhuin avec AFP
EN BREF • Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Espagne pour un logement décent.
• Le mouvement qui a pris de l’ampleur avec l’histoire d’une octogénaire nommée Maricarmen dénonce l’influence des fonds d’investissement et la précarité croissante.
• Mis en minorité au Parlement sur le vote de mesures sur le logement, le dirigeant socialiste Pedro Sanchez est tenté de convoquer des législatives anticipées.
La grogne sociale se poursuit. Lancé fin septembre après l’expulsion de Maricarmen, une retraitée madrilène de 87 ans chassée de son appartement par une augmentation du loyer de 275 %, le mouvement pour le logement ne perd pas en vigueur en Espagne. Même si l’octogénaire pourra finalement regagner son domicile, les manifestations se poursuivent ce samedi 3 octobre après le rejet des mesures du gouvernement de Pedro Sanchez, qui pourrait convoquer des élections anticipées pour sortir de la crise.
Les protestations monstres ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Madrid et dans de nombreuses villes espagnoles ce samedi. Dans la capitale, où un campement rassemble une centaine de militants depuis une semaine sur une place ultra-touristique, plusieurs cortèges – marchant derrière une large banderole « Vers la grève générale » que vous pouvez voir ci-dessous – ont convergé vers une autre vaste place du centre-ville.
Quelque 70 000 personnes, selon les autorités, à 500 000, selon le syndicat des locataires, ont défilé dans Madrid. « Ce qui se respire dans les rues, c’est une nouvelle énergie, […] une énergie qui vient démontrer que huit jours de pouvoir populaire sont capables de faire bien plus que huit ans de gouvernement progressiste », a déclaré, dans une pique à l’adresse du gouvernement Sanchez, Valeria Racu, une des porte-parole du syndicat de locataires à l’origine du mouvement, dans une déclaration transmise à la presse.
« Nos “représentants” ne prennent aucune mesure »
« Les politiciens sont aux ordres de l’argent, des fonds “vautours” et éloignés du peuple », fustige dans un des cortèges madrilènes Adhara Freile, 41 ans, jardinière, qui vit avec son compagnon dans un appartement d’une pièce à Villaverde, un quartier très excentré de Madrid. L’année prochaine, lorsque leur bail arrivera à échéance, elle craint qu’ils ne soient contraints de quitter leur logement, comme c’est arrivé à d’autres personnes de son immeuble.
« Nous vivons dans des conditions très précaires, écrasés par un système qui ne nous offre pas des conditions dignes pour vivre. Et nous revendiquons un droit fondamental : avoir un logement décent, une stabilité et des conditions qui nous permettent de construire un projet de vie digne », abonde Javier, 31 ans, un installateur de panneaux photovoltaïques qui n’a pas souhaité donner son nom.

JAVIER SORIANO / AFP
En Espagne, le retour de Maricarmen chez elle n’a pas éteint la colère des Espagnols sur le logement : ils ont été des dizaines de milliers à manifester ce samedi à Madrid et dans plusieurs villes du pays.
« Personnellement, en ce moment, je vis dans un appartement de 90 mètres carrés, avec trois autres personnes », explique-t-il : « Je consacre, comme la plupart d’entre nous, la moitié de mon salaire à une minuscule chambre ». « Ici, on peut voir clairement que nous sommes la majorité des gens, et que les problèmes qui touchent la majorité semblent ne pas concerner nos “représentants”, entre guillemets. Ils ne s’y intéressent pas et ne prennent aucune mesure », fustige-t-il.
Ces défilés, qui étaient prévus avant le rejet vendredi des mesures portées par le gouvernement par les députés, s’inscrivent dans le cadre de la crise ouverte il y a une dizaine de jours par l’expulsion de son logement madrilène d’une octogénaire, devenue le symbole de la crise du logement qui frappe l’Espagne depuis plusieurs années. « C’est maintenant que commence la vraie politique, la politique qui a toujours appartenu au peuple et qui revient une bonne fois pour toutes dans les rues », a estimé Valeria Racu.
« Il n’y aura pas de meilleur moment pour convoquer les élections »
Vendredi, le rejet des textes portés par le gouvernement, qui prévoyaient notamment de suspendre jusqu’en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, des mesures contre les fonds dits « vautour », ou le renouvellement automatique des contrats de location, a relancé les interrogations sur la fin de la législature, prévue en 2027.
D’après la presse espagnole, le Premier ministre envisage la convocation d’élections anticipées. Il « évalue l’ampleur du mouvement social » qui vise notamment la droite, opposée au texte, ainsi que les « sondages » pour prendre sa décision, rapporte ce samedi El País. Même analyse chez El Mundo, auprès de qui un haut responsable socialiste affirme déjà qu’« il n’y aura pas de meilleur moment pour convoquer les élections », qu’à un moment où le gouvernement a « un discours et une cause juste ».
Comme dans de nombreuses capitales européennes, le manque de logements abordables est l’un des principaux problèmes sociaux en Espagne, où les plateformes touristiques comme Airbnb et les fonds d’investissement sont accusés de faire flamber les prix en achetant des biens immobiliers et en réduisant l’offre pour les habitants.


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