En lançant le 18 octobre 1963, à 8 h 09, une chatte de 2,5 kg à plus de 150 km d’altitude depuis le Sahara algérien, la France a littéralement offert à un chat un voyage qu’aucun autre n’a refait depuis. Le matricule C 341 est lancé ce jour-là depuis le Centre interarmées d’essais d’engins spéciaux, en Algérie. Il s’agit de Félicette, chatte parisienne, 2,5 kg au compteur, passagère d’une fusée Véronique AGI 47. Selon Wikipédia, elle demeure le seul chat à avoir survécu à un vol spatial.
À retenir
- Félicette a été lancée le 18 octobre 1963 depuis le Sahara algérien.
- La fusée Véronique AGI 47 a atteint plus de 150 km d’altitude.
- Elle reste le seul chat à avoir survécu à un vol spatial.
Sommaire
Une Parisienne, 14 candidates et des électrodes dans le crâne
Rien ne prédestinait cette chatte à la gloire : elle a été ramassée dans les rues de Paris avant d’être confiée aux chercheurs du Centre d’études et de recherches de médecine aérospatiale. Le choix d’un chat reposait sur un argument de laboratoire, que Robert Grandpierre a exposé à la télévision le 15 novembre 1963 : le cerveau de l’animal est parfaitement connu des neurophysiologistes, ce qui permet d’enregistrer son activité pendant les phases d’apesanteur.
Félicette faisait partie de 14 chattes entraînées au vol spatial. Pendant plusieurs mois, chacune a passé une à deux heures par jour enfermée dans une boîte, au cœur d’une cabine qui simulait les bruits de la fusée, et subi des séances de centrifugeuse. Des électrodes implantées dans le crâne servaient à surveiller leur activité neurologique. Deux micros, l’un sur la poitrine, l’autre dans le cône de la fusée, devaient suivre sa respiration pendant le vol.
Le jour du tir, c’est le numéro C 341 qui a été retenu.
13 minutes au-dessus du Sahara
Hammaguir n’était pas un décor de carte postale mais une base de l’armée française en plein désert. Le 26 novembre 1965, Astérix, premier satellite français, en décollait à son tour. Le site a prêté son nom à un cratère martien en 1979, puis à un cratère d’astéroïde en 2009. Dans la liste des lancements, la ligne du 18 octobre 1963 affiche Félicette, pour 15 kg de charge utile.
La Véronique AGI 47, construite à Vernon, en Normandie, quitte son pas de tir à 8 h 09. Elle grimpe à plus de 150 km, un chiffre précis qui varie de quelques kilomètres selon les sources : c’est plus que la distance à vol d’oiseau entre Paris et Rouen, mais à la verticale. Cette fusée ne pouvait embarquer que de petits animaux, et l’ensemble du vol dure entre 13 et 15 minutes selon les sources.
L’absence de pesanteur a été observée sur les trois axes, de la fin de la propulsion au début du freinage, pendant 302 secondes, soit environ 5 minutes. La récupération a eu lieu 13 min 13 s après le départ.
La chatte était en parfaite santé.
Côté science, le bilan est net : les enregistrements biologiques étaient d’excellente qualité. L’absence de pesanteur, pendant les brèves périodes où elle a été observée avec certitude, n’a pas entraîné de dysfonctionnement des structures cérébrales étudiées. Les chercheurs ont relevé une apparence d’hypovigilance chez Félicette, mais ils la jugeaient difficile à apprécier. Avec deux seules expériences, celle de la chatte et celle de la guenon Martine, impossible d’en tirer une conclusion.
Le succès n’avait rien d’automatique. Le 24 octobre, la fusée Véronique AGI V50 a dévié de sa trajectoire et percuté le Djebel Béchar, à 120 km du point de lancement. Sur les 7 tirs de biologie spatiale menés à Hammaguir, 2 seulement se sont déroulés sans incident : le 18 octobre 1963 et le 13 mars 1967.
Deux mois de sursis, puis une statue 56 ans plus tard
Le retour n’a pas été suivi d’une retraite dorée. Félicette a été euthanasiée deux mois après son vol, à des fins d’étude.
Elle n’a d’ailleurs pas toujours porté ce nom. Selon un site consacré aux chats célèbres, les chattes du programme n’étaient pas nommées, pour éviter que le personnel s’y attache, et Félicette aurait été baptisée après coup, peut-être par la presse. Après le vol, une carte postale a aussi été envoyée aux participants pour les remercier de son succès.
Les archives de l’INA conservent le reportage de la télévision française du 15 novembre 1963, signé Georges Jouin et intitulé « Félicette, la 1ère chatte astronaute ». Il date de 28 jours seulement après le vol.
Il a fallu attendre 2019 pour qu’elle ait sa statue.
Le directeur artistique britannique Matthew Serge Guy a lancé une campagne Kickstarter qui a réuni 1 141 contributeurs et 43 323 livres sterling, pour un objectif de 40 000. La statue a été installée le 18 décembre 2019 à l’International Space University, soit 56 ans après le vol. En 2026, 63 ans après le décollage de Hammaguir, aucun autre chat n’a pris sa place dans une fusée. Félicette reste donc la seule à avoir fait l’aller-retour.
Sources : france-pittoresque.com | fr.wikipedia.org | slate.fr


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