Un mur blanc, du plâtre, un pêcher plaqué contre la paroi : c’est avec si peu que les maraîchers de Montreuil (Seine-Saint-Denis) ont fait pousser des pêches sous le ciel d’Île-de-France. Dès le XVIIe siècle, ils palissent les arbres en espalier contre des murs de plâtre. Le procédé a pris une telle ampleur qu’il a fini par dessiner le paysage de toute la commune, limitrophe de Paris.
600 km de murs en labyrinthe, presque la distance Paris-Bordeaux.
À retenir
- Les murs de plâtre accumulent l’énergie solaire le jour et la restituent la nuit, protégeant les pêchers de la gelée.
- En 1870, les 600 km de murs de Montreuil produisaient 17 millions de fruits exportés en France et à l’étranger.
- L’urbanisation a détruit 98% des murs à pêches ; seule une dizaine de kilomètres subsistent aujourd’hui.
Sommaire
Un mur de plâtre qui joue les radiateurs
Le principe relève de la physique de collège. Les murs accumulent l’énergie solaire le jour et la restituent la nuit, ce qui limite le risque de gelée et accélère le mûrissement. Le pêcher palissé en espalier, collé à la paroi, reçoit cette chaleur au moment où la température chute. Plus il y avait de parois, plus il y avait de place pour accrocher des arbres, ce qui aide à comprendre comment le linéaire a pu atteindre 600 km.
Les chiffres de la belle époque donnent le vertige. En 1870, au plus fort de la production, les murs de Montreuil alignent 600 km et fournissent 17 millions de fruits. C’est un peu moins que la population des Pays-Bas, soit à peu près une pêche par Néerlandais. Ces données viennent de la Fédération des Murs à Pêches et de la Ville de Montreuil : elles relèvent du récit patrimonial, et non d’une statistique agricole de l’époque qui aurait été relue et recoupée.
Ces fruits partaient vers les marchés français et étrangers.
L’urbanisation a presque tout avalé. Il subsiste aujourd’hui une dizaine de kilomètres de murs, soit environ un soixantième du réseau de 1870. Le retournement est net : un simple mur de plâtre faisait mûrir des pêches aux portes de Paris, et un quartier n’en garde plus que les ruines.
La protection officielle paraît bien mince à côté. Par décret du 16 décembre 2003, 8,5 hectares ont été classés au titre des sites et paysages. Seuls ces 8,5 ha bénéficient de ce statut, soit à peu près douze terrains de football. Les associations, mobilisées contre le grignotage urbain, ont obtenu ce classement en 2003. L’association Environnement 93 y voit pourtant une « rustine » dérisoire face aux vestiges qui ont résisté au temps.
Ce qu’on peut encore photographier
Sur place, le cliché qui résume tout est simple : un mur blanc, crépi de plâtre, contre lequel un pêcher est palissé, branches ouvertes en éventail. Ce type de scène se retrouve dans les parcelles que des associations entretiennent et animent au cœur du quartier. Une partie du site, environ 35 hectares de jardins et friches, est occupée par des associations locales. Les visites et les événements dépendent de leur calendrier, à vérifier avant de s’y rendre.
Un mur blanc, un pêcher palissé : l’image tient en deux objets.
La protection ne se limite pas au classement de 2003. La Ville de Montreuil a instauré une zone agricole qui recouvre la presque totalité du site, soit 28 hectares. Tous les murs à pêches du site sont protégés par le PLU en raison de leur caractère patrimonial. Dans cette zone, les constructions autorisées doivent rester liées à l’exploitation agricole, sans dépasser 3 m de hauteur ni celle du mur à pêches le plus proche.
Sources : centrerosaparks.paris | montreuil.fr | environnement93.fr


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