Imaginez un trou de 22 mètres de diamètre planté au beau milieu d’un lac, capable d’avaler l’équivalent d’une piscine olympique chaque seconde. Ce trou existe bel et bien en Californie, au barrage de Monticello. Et le plus étonnant, c’est qu’il peut rester bouche sèche pendant six ans d’affilée avant de se remettre à fonctionner.
À retenir
- Le Glory Hole, déversoir du barrage de Monticello, ne se déclenche que si le lac Berryessa dépasse 440 pieds (environ 134 mètres) d’altitude.
- Après un dernier débordement en février 2019, l’ouvrage s’est remis en marche en février 2025 suite à de fortes précipitations.
- Ce dispositif, capable d’évacuer jusqu’à 48 400 pieds cubes d’eau par seconde, protège le barrage et sécurise l’approvisionnement en eau du comté de Solano.
Un trou géant qui engloutit l’eau sans jamais déborder
Au cœur du comté de Napa, le lac Berryessa cache une curiosité géologique qui n’en est pas une, puisqu’elle a été entièrement façonnée par la main de l’homme. Son nom officiel est Morning Glory Spillway, mais tout le monde le surnomme le Glory Hole, littéralement le trou de gloire. Avec ses 72 pieds de diamètre à son ouverture, soit environ 22 mètres, l’ouvrage ressemble à un gigantesque entonnoir de béton posé à la surface de l’eau.
Ce déversoir évidé n’est pas un simple décor. Lorsqu’il entre en action, l’eau du lac plonge littéralement dans ce puits avant de ressortir, bien plus bas, dans le lit du Putah Creek. La chute verticale atteint environ 200 pieds, soit près de 60 mètres, ce qui donne au phénomène des allures de gouffre aspirant le paysage tout entier.
Mais l’essentiel se joue ailleurs. Ce trou ne se déclenche que dans des circonstances précises, et c’est justement cette rareté qui en fait un objet aussi fascinant. Pendant des années, il peut rester parfaitement sec, comme une simple ouverture décorative, avant de se transformer en quelques heures en un siphon capable d’avaler des volumes d’eau considérables.
Pourquoi cet entonnoir de béton peut dormir des années durant
Le secret de cette inactivité prolongée tient à un seuil précis. Le déversoir ne se met en marche que lorsque le niveau du lac Berryessa dépasse 440 pieds au-dessus du niveau de la mer, soit environ 134 mètres. En dessous de cette cote, l’eau affleure tranquillement les bords de l’entonnoir sans jamais y pénétrer.
Cette configuration explique pourquoi le Glory Hole peut rester silencieux durant de longues périodes. Le débordement de février 2025 était d’ailleurs le premier depuis février 2019, soit six années complètes sans qu’une seule goutte ne s’engouffre dans le conduit. Un exemple frappant de cette frilosité du dispositif remonte à mars 2024, lorsque le lac avait atteint 439,6 pieds le 26 mars, à peine cinq pouces sous la lèvre du déversoir, sans jamais basculer de l’autre côté.
Il a fallu attendre début février 2025 pour que la Solano County Water Agency annonce officiellement le débordement, après des précipitations abondantes. Le niveau avait alors grimpé jusqu’à 442,6 pieds le 7 février, porté par près de 4 pouces de pluie tombés directement sur le barrage. C’est précisément ce genre d’épisode pluvieux intense qui réveille l’ouvrage après des années de sommeil.
La mécanique vertigineuse qui protège tout un barrage
Si les ingénieurs ont opté pour cette solution spectaculaire plutôt que pour un canal d’évacuation classique, ce n’est pas par goût de la démesure. Le barrage de Monticello, achevé en 1957, est coincé dans l’étroit canyon de Devil’s Gate, un site qui ne laissait tout simplement pas la place pour aménager un déversoir traditionnel à ciel ouvert.
La solution retenue a donc consisté à recycler l’ancien tunnel de dérivation du Putah Creek, creusé pendant les travaux de construction du barrage. Ce tunnel sert aujourd’hui d’exutoire au déversoir évidé, permettant à l’eau aspirée par l’entonnoir de rejoindre le cours d’eau en aval, loin de la structure principale du barrage.
La capacité de l’ouvrage donne une idée de la marge de sécurité prévue par les concepteurs. Le Glory Hole peut théoriquement évacuer jusqu’à 48 400 pieds cubes par seconde, un débit colossal qui ne serait atteint que si le niveau du lac montait à 15,5 pieds au-dessus de l’entonnour. Autant dire un scénario de crue exceptionnelle, bien loin des débordements habituels observés jusqu’ici.
Derrière cette prouesse d’ingénierie se cache aussi un enjeu très concret pour les habitants de la région. Le lac Berryessa alimente en eau potable et en irrigation le comté de Solano, et non celui de Napa où il se trouve pourtant implanté. Le Glory Hole n’est donc pas qu’une curiosité pour amateurs de formations étranges : il garantit que les crues les plus fortes ne menacent jamais l’intégrité du barrage, ni la ressource en eau de toute une population en aval.


3 day_ago
81



























.jpg)






French (CA)