Le 22 août 1962, une Citroën DS 19 roule à vive allure sur deux pneus crevés par les balles, sans jamais perdre le contrôle de la route. À son bord, le général de Gaulle échappe à un commando déterminé à l’abattre. Cet épisode spectaculaire allait, sans le vouloir, devenir le meilleur argument commercial de la voiture.
À retenir
- Le 22 août 1962, la DS 19 du général de Gaulle essuie 187 tirs et 14 impacts lors de l'embuscade du Petit-Clamart, sans faire de blessé.
- Malgré deux pneus crevés, le chauffeur Francis Marroux parvient à maintenir le contrôle du véhicule grâce à sa suspension hydropneumatique, qui garde la caisse à niveau.
- Cet épisode a offert à Citroën une démonstration grandeur nature de sa technologie, devenant malgré lui l'un des meilleurs arguments publicitaires de la marque.
Un attentat manqué qui change l’image d’une voiture
Ce soir-là, vers 19h45, deux Citroën DS 19 banalisées quittent l’Élysée. Direction la base aérienne de Villacoublay, où un avion du GLAM doit emmener Charles et Yvonne de Gaulle vers Colombey-les-Deux-Églises. Rien ne laisse présager ce qui va suivre.
Dans la voiture présidentielle, l’ambiance est studieuse. De Gaulle et son épouse sont installés à l’arrière, le colonel Alain de Boissieu, gendre et aide de camp du général, à l’avant. Au volant, un homme discret mais déterminé : le gendarme Francis Marroux.
Vers 20h10, le convoi est pris dans une embuscade, à environ 300 mètres du rond-point du Petit-Clamart, sur la RN 306. L’opération, baptisée Charlotte Corday par ses auteurs, est menée par le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry. Ce dernier donne le signal de l’attaque en agitant simplement un journal.
Quand douze balles ne suffisent pas à arrêter une DS
Les chiffres donnent le vertige. Selon le décompte de Caradisiac, 187 douilles sont relevées sur place, et 14 impacts sont relevés sur la carrosserie de la DS. La voiture n’est pas blindée. Deux de ses pneus sont perforés en plein tir.
Dans l’habitacle, Boissieu ordonne à Marroux d’accélérer. Malgré la chaussée mouillée et l’état du véhicule désormais criblé, le chauffeur garde son sang-froid. Ce n’est pas un inconnu du danger : il conduisait déjà la DS présidentielle lors de l’attentat de Pont-sur-Seine, un an plus tôt, en septembre 1961.
Ce qui suit tient presque de la démonstration technique grandeur nature. Marroux fonce vers la base de Villacoublay avec deux pneus hors d’usage. La voiture file, stable, comme si de rien n’était. Le général de Gaulle sort de l’habitacle indemne, sans même une égratignure.
De l’embuscade du Petit-Clamart au mythe de la suspension hydropneumatique
La raison de cette tenue de route hors norme tient à une innovation signée Citroën : la suspension hydropneumatique. Contrairement à une suspension classique, reposant sur des ressorts métalliques, ce système utilise un fluide sous pression qui amortit en continu les irrégularités de la route. Même pneu crevé, la caisse reste à niveau, portée par cette sorte de coussin hydraulique invisible.
C’est précisément ce mécanisme qui a permis à la DS de continuer sa route à vive allure malgré les deux pneus endommagés, sans jamais déraper ni perdre son assiette. Un argument publicitaire que Citroën n’avait même pas besoin d’inventer : la réalité venait de s’en charger, sous les yeux de toute la France.
L’histoire a ensuite pris un tour presque romanesque. La DS endommagée a été restaurée, ses impacts de balles soigneusement effacés, avant d’être vendue en octobre 1964 au général Robert-Pol Dupuy, celui-là même qui avait recommandé Marroux comme chauffeur du chef de l’État quelques années plus tôt. Quant au modèle exposé aujourd’hui au musée Charles-de-Gaulle de Lille, il ne s’agit en réalité que d’une reconstitution, un détail révélé par Le Monde dans un article de 1999 intitulé La fausse DS du Petit-Clamart.
Reste un fait difficile à contester : ce soir d’août 1962 a transformé une voiture en symbole. La DS n’a pas seulement sauvé un président, elle a prouvé, dans les conditions les plus extrêmes qui soient, la pertinence d’une technologie que ses ingénieurs peinaient parfois à vulgariser auprès du grand public. Aucune campagne publicitaire n’aurait pu imaginer une démonstration aussi convaincante.
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