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En Californie, bastion démocrate, l’élection du prochain gouverneur tourne au chaos

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La multiplication des candidatures côté démocrate, et les accusations de viols contre le favori Eric Swalwell qui a dû abandonner la course, ouvrent la voie aux républicains.

Gavin Newsom est le gouverneur démocrate sortant de Californie. La course pour lui succéder est très serrée.

JUSTIN SULLIVAN / Getty Images via AFP

Gavin Newsom est le gouverneur démocrate sortant de Californie. La course pour lui succéder est très serrée.

La Californie va-t-elle passer du bleu au rouge ? Les démocrates retiennent leur souffle à quelques mois des élections de mi-mandat. Car si ce riche État de la côte ouest fait partie des bastions progressistes et anti-Trump depuis plusieurs années – un républicain n’y a pas remporté la présidentielle depuis George Bush père en 1988 ; le gouverneur vient du parti démocrate depuis 2011 –, un scénario commence à se dessiner : un républicain, trumpiste qui plus est, pourrait être le prochain gouverneur.

L’actuel titulaire du poste, Gavin Newsom, est un démocrate farouchement anti-Trump qui a acquis le statut de premier opposant du président. Élu en 2018, réélu en 2022, il est contraint de quitter son poste en raison d’une limite de deux mandats instaurée depuis 1990. Gavin Newsom a de toute manière une nouvelle ambition même s’il n’est pas officiellement candidat : la présidentielle 2028.

Dans ce contexte, une flopée de démocrates sont candidats à sa succession : Xavier Becerra, Matt Mahan, Katie Porter, Tom Steyer, Eric Swalwell, Tony Thurmond, Antonio Villaraigosa, Betty Yee… La plupart de ces noms, sinon tous, ne vous disent rien ? Rien d’étonnant, ce sont aussi des inconnus pour une grande partie des Californiens. Et c’est bien là le problème. Les démocrates n’ont pas réussi à imposer un visage connu du grand public – Kamala Harris un temps pressentie a refusé pour mieux préparer 2028 – et le paysage est complètement éclaté.

Les républicains en embuscade

Les républicains Chad Bianco et Steve Hilton espèrent tous les deux profiter de la situation. Le premier est un shérif pro-Trump, qui n’a pas réussi à obtenir le soutien du président. C’est son rival, ancien présentateur sur Fox News qui fut le conseiller de l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, qui a eu droit à un message Truth Social plein d’éloges le 6 avril. De quoi faire converger les républicains vers la candidature de Steve Hilton, comme l’espèrent désormais les démocrates ? En tout cas, tous les deux ont une carte à jouer.

Cela est dû au fonctionnement de cette primaire bien spécifique. Républicains et démocrates ne vont pas s’affronter lors de primaires séparées, mais lors d’une unique élection non partisane le 2 juin à laquelle tous les Californiens peuvent voter. Une sorte de premier tour qui qualifiera les deux premiers (ils sont 60 candidats) pour l’élection de novembre. Les démocrates pourraient ainsi, dès l’été, être hors jeu.

Impensable ? Ce scénario a pourtant pris corps avec un sondage choc en mars, réalisé pour le Los Angeles Times par l’Université de Californie à Berkeley. Hilton était placé en tête à 17 %, un point devant Bianco. L’institut Evitarus imaginait le même scénario mi-mars et début avril. Au global, les enquêtes d’opinions recensées par le New York Times donnent pour la plupart Hilton en tête. Une petite lumière s’était néanmoins allumée ces dernières semaines côté démocrate. Eric Swalwell, élu à la Chambre des Représentants depuis 2013 et très éphémère candidat à la présidentielle de 2020, décollait enfin.

La chute vertigineuse d’Eric Swalwell, accusé de viol

Mais les démocrates ont à peine eu le temps de dire ouf. Le 10 avril, CNN et le San Francisco Chronicle ont publié le témoignage d’une ancienne collaboratrice d’Eric Swalwell qui l’accuse de viol alors qu’elle était alcoolisée. Trois autres relatent des faits de harcèlement sexuel. Mardi 14 avril, une autre femme, Lonna Drewes, a à son tour affirmé avoir été violée par Eric Swalwell. Niant dans un premier temps les faits, la star en devenir du parti, marié et père de famille, a finalement suspendu sa campagne, se disant « profondément désolé pour les erreurs de jugement commises par le passé ». Sous pression, il a ensuite annoncé sa démission du Congrès.

Avec ce scandale, les démocrates de Californie retournent presque au point mort. Deux noms parviennent malgré tout à franchir le mur du son : Katie Porter et Tom Steyer. Problème, la première qui avait la stature pour dominer la course a été épinglée par Politico à l’automne dernier pour avoir hurlé sur un membre de son équipe, images à l’appui. Juste avant, une vidéo virale d’elle menaçant de quitter une interview après une question sur les électeurs républicains (« Que dites-vous aux 40 % de Californiens - dont vous aurez besoin pour gagner - qui ont voté pour Trump (en 2024) ? ») a porté un coup à sa campagne. Elle s’est ensuite excusée et a promis de « faire mieux ».

Dans les sondages c’est toutefois le second, un milliardaire de la tech investi sur les questions écologiques et ex-candidat à la présidentielle 2020, qui prend l’ascendant. Un dernier sondage de Survey USA pour KGTV et le San Diego Union-Tribune (réalisé avant le retrait de Swalwell) place Tom Steyer en première place (21 %), trois points devant le trumpiste Steve Hilton.

Les républicains vont-ils gagner la Californie ? Ce ne serait pas la première fois que la droite dirige le « Golden State », avec Arnold Schwarzenegger (2003 à 2011) et Ronald Reagan (1967 à 1975) pour ne citer que les plus connus. Toutefois, l’avènement d’un gouverneur trumpiste serait un gros retournement alors que Donald Trump n’avait récolté que 38,5 % des voix en 2024, et 34,5 % en 2020 dans cet État. Ce serait aussi un énorme désaveu pour Gavin Newsom, qui a par ailleurs refusé d’apporter son soutien à un candidat. Une stratégie risquée.

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