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Le Conseil de déontologie journalistique belge a reproché à 21News de ne pas avoir contextualisé les propos. Pour le directeur du média, qui fait part de sa sidération, c’est au lecteur de se forger une opinion à partir du discours original.
Passer la publicité Passer la publicitéCe discours est encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus marquants de la nouvelle administration Trump. Le 14 février 2025, à Munich (Allemagne), devant des chefs d’État européens médusés, le vice-président américain JD Vance faisait voler en éclats l’ordre mondial en place depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, en dessinant une rupture béante entre les deux rives de l’Atlantique. Rapidement, plusieurs quotidiens français, dont Le Figaro, publient le texte en intégralité. De l’autre côté de la frontière, en Belgique, le média 21News fait de même. Mal lui en a pris. Douze mois plus tard, ce dernier apprend qu’il est épinglé par le Conseil de déontologie journalistique (CDJ), comme le révèle Le Point. Pour l’instance, le média francophone aurait contrevenu à la «déontologie et particulièrement à la responsabilité sociale qui lui incombe». Elle lui reproche de ne pas avoir contextualisé les propos, «au risque de rendre le public hostile au fonctionnement des démocraties européennes ou d’inciter au racisme, à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les migrants».
Au sein de 21News, la sidération prédomine. «C’est choquant», souffle Étienne Dujardin, son directeur et fondateur. En février dernier, c’est avec la conviction de faire son travail de journaliste qu’il choisit de retranscrire la prise de parole de JD Vance. «Publier le discours du vice-président américain relève du droit à l’information et de l’accès aux sources primaires pour le lecteur», estime-t-il. En outre, le média ajoute quelques lignes en tête de l’article. Il y rappelle qu’«il est rare que le discours d’un vice-président américain marque les esprits et fasse tellement partie de l’actualité (...). Qu’on l’apprécie ou non, il a marqué les esprits et sera clairement historique car rares sont les dignitaires américains qui ont parlé aussi franchement sur le sol européen». En effet, le proche de Donald Trump s’en prend tour à tour à la politique migratoire du Vieux Continent - «En Europe, le nombre d’immigrés a doublé de 2021 à 2022 et une personne sur cinq est venue de l’extérieur» - ou à l’annulation du premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie en 2024 pour des soupçons d’ingérence russe - «Si vous avez peur de votre propre peuple, l’Amérique ne pourra plus rien faire pour vous.»
«Rupture claire et nette du cordon sanitaire médiatique»
Pour 21News, c’est au lecteur de se forger une opinion à partir du discours original. Ce n’est pas l’avis de deux personnes anonymes qui, deux mois après les faits, saisissent le Conseil de déontologie journalistique. Elles estiment que cet article est «une tribune en direct de l’extrême droite», selon le compte rendu de la plainte, et qu’il constitue «une confusion entre faits et opinion (...) renforcée par l’absence d’un regard critique». Elles déplorent également l’absence de sources fiables, «contrevenant de la sorte au respect de la vérité et à l’honnêteté.» Enfin, JD Vance étant «connu pour ses idées très conservatrices», ces manquements constituent une «rupture claire et nette du cordon sanitaire médiatique», concluent-elles.
Depuis le début des années 1990, «cette règle du cordon sanitaire médiatique interdit la prise de parole directe de l’extrême droite dans la presse francophone et plus généralement tout propos jugé discriminant, manipulateur ou démagogique», explique François Heinderyckx, professeur de sociologie des médias à l’Université libre de Bruxelles (ULB). Cela signifie : pas d’invitation sur les plateaux de télévision, ou encore de diffusion de leur parole en direct. «Toutefois, il ne s’agit pas de censure, estime François Heinderyckx. On peut en parler et montrer mais en contextualisant.» «En outre, le CDJ rend des avis à titre indicatif. Il n’y a pas de sanction financière», ajoute-t-il.
Des arguments balayés par le directeur de 21News. «Un média n’a pas à filtrer un discours du vice-président de la première puissance mondiale sur la base d’une plainte anonyme. Si on commence comme cela, où est la limite ? Faudra-t-il désormais interpréter chaque discours présidentiel, chaque interview politique d’un député ? Le lecteur est suffisamment intelligent pour lire un texte sans qu’on lui impose en permanence une interprétation», estime-t-il. Comble de la situation, pointe Étienne Dujardin, le discours de JD Vance faisait la part belle au «recul de la liberté d’expression, et là on est interdit de publier».


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