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À six mois du premier tour, le Sommet de Cournon-d’Auvergne, qui ouvre ses portes mardi, s’annonce comme la première grande épreuve de terrain de la campagne auprès du monde agricole. Une vitrine prisée, mais où les souvenirs de visites houleuses rappellent que l’exercice peut vite tourner court.
Les vaches ne seront pas les seules à parader sous les projecteurs. Du 6 au 9 octobre, la 35e édition du Sommet de l’élevage, premier salon européen des professionnels de la filière, va voir défiler à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, un cortège de prétendants à l’Élysée rarement égalé. Inaugurée ce lundi soir à Clermont-Ferrand, la manifestation sert de répétition générale avant le Salon de l’agriculture de Paris, à quelques mois du scrutin.
« Un candidat qui ne viendrait pas commettrait une erreur car c’est devenu un passage obligé », observe Flavien Neuvy, maire de Cébazat et président de l’Association des maires du Puy-de-Dôme. L’élu rappelle que le département est « une puissance agricole » et que le Sommet a pris « une ampleur exceptionnelle ». « Notre balance commerciale agricole plonge, nos agriculteurs souffrent beaucoup, rappelle-t-il. S’afficher à côté d’eux, c’est montrer qu’on est sensible à leurs difficultés. »
La ministre de l’Agriculture, qui avait annoncé sa venue et était attendue dès lundi soir à Clermont-Ferrand avant une déambulation mardi parmi des agriculteurs, a finalement reporté sa venue, en raison de la journée de mobilisation des lycéens soutenue par des syndicats. En revanche, mercredi, Marine Le Pen, habituée des lieux, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan sont attendus dans les allées. François Ruffin et Xavier Bertrand, seront présents. Fabien Roussel devrait déambuler jeudi, Édouard Philippe vendredi, et Gabriel Attal figure aussi sur la liste. Emmanuel Macron, qui avait renoncé l’an dernier au lendemain de la démission de Sébastien Lecornu, reste incertain. « Il nous avait bien dit qu’il viendrait, mais compte tenu de la situation, avec les manifestations étudiantes, je pense qu’il n’est pas dans une logique d’aller trop se promener », glisse Jacques Chazalet, président du Sommet depuis 2014.
Pour lui, la mécanique est désormais rodée. « Nous ne les accompagnons pas tous, nous les accueillons », résume-t-il. Pas question pour les délégations de débarquer « à 200 personnes ». « Ils ne nous disent pas tout et cherchent parfois à connaître les horaires de passage de leurs concurrents pour ne pas se croiser », sourit Jacques Chazalet, lucide. « Pour eux, c’est surtout un outil de communication mais aussi une belle reconnaissance pour notre événement. Il y a du monde, ils viennent se faire voir. Mais pour que ce soit encore plus concret, il faudrait qu’ils organisent des réunions de travail avec des agriculteurs ou se rendent dans des exploitations. »
Des visites parfois mouvementées
Et le Sommet sait se montrer rude. En 2013, François Hollande, alors chef de l’État, y avait été accueilli par une bordée de sifflets. Quatre ans plus tôt, Bruno Le Maire, fraîchement nommé ministre de l’Agriculture, s’était vu barrer l’entrée par plusieurs centaines d’agriculteurs en colère. « En tant qu’organisateurs, nous étions choqués du comportement de nos collègues syndicaux », se souvient Jacques Chazalet.
À l’inverse, le président du Sommet souligne un accueil toujours chaleureux pour certains. L’Auvergnat porte une affection particulière à Michel Barnier. Responsable syndical lorsque celui-ci menait, rue de Varenne, le « bilan de santé » de la politique agricole commune, il évoque une période « assez difficile » mais salue « un ministre qui a tenu bon et qui a fait le nécessaire ». En 2024, la venue à Cournon-d’Auvergne de Michel Barnier, à peine installé à Matignon, reste pour lui « encore plus marquante et symbolique ». Un choix mûrement réfléchi pour le premier ministre. Car l’exercice est à double tranchant. « Il faut éviter les images dévastatrices, analyse Flavien Neuvy. Si vous êtes hué, pris à partie par la foule, les vidéos filmées au téléphone portable sont partagées sur les réseaux sociaux et ça peut vite tourner au bad buzz. Pour certains, mieux vaut la politique de la chaise vide. » L’édile relève également ces candidats qui passent désormais « énormément de temps à faire des selfies pour mesure leur popularité ». Mais l’aisance avec le monde paysan ne s’invente pas. « Jacques Chirac en était l’exemple un peu caricatural. Venant de Corrèze, on n’avait pas besoin de lui expliquer ce qu’était un éleveur. »
À gauche, les rangs seront clairsemés. La primaire en cours retient les socialistes, même si François Hollande, désormais député de Corrèze, pourrait « jouer la surprise » l’année où la race limousine est à l’honneur. Jean-Luc Mélenchon, lui, devrait encore une fois manquer à l’appel. Le leader insoumis boude tous les salons agricoles. « Il répète que c’est une vitrine de l’agriculture qu’il condamne, mais je pense aussi que ce n’est pas son électorat », tranche Jacques Chazalet. Ironie du calendrier, le candidat tiendra son premier grand meeting de campagne ce dimanche au Zénith d’Auvergne, à deux pas de la Grande Halle où se tient le Sommet. « Nous, le vendredi soir, on quitte les lieux et ça ne nous concernera plus », s’amuse le responsable de l’événement.


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