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À Heidenau, dans l'ouest de l'Allemagne, la décision de ne plus installer de "Stolpersteine", des petites pierres dédiées aux victimes du nazisme, provoque une vive polémique. Elle intervient après un accord entre l'AfD et la CDU, quelques semaines après la victoire régionale du parti d'extrême droite.
Publié le 02/10/2026 07:00
Temps de lecture : 2min
Un Stolperstein, un pavé commémorant une victime du nazisme, est incrusté dans le trottoir devant l'hôtel de ville de Heidenau, en Allemagne, fin septembre 2026. (ROBERT MICHAEL / PICTURE-ALLIANCE/NEWSCOM/ DPA / MAXPPP)
L'affaire a provoqué un tollé dans toute l'Allemagne. Fin septembre, près d'un mois après la victoire de l'AfD lors d'une élection régionale, le Conseil municipal de Heidenau, petite commune située à l'ouest de l'Allemagne, a approuvé une motion conjointe présentée par Alternative pour l'Allemagne (AfD), un parti d'extrême droite, et l'Union chrétienne-démocrate (CDU) interdisant l'installation de Stolpersteine, des pavés dont le rôle est de rendre hommage aux victimes du nazisme. La petite commune située en Saxe, à l'ouest de l'Allemagne, en compte cinq aujourd'hui.
Ces petites pierres, que l'on trouve dans tout le pays, sont encastrées dans le trottoir devant le dernier domicile de ces victimes (Juifs, Roms, opposants politiques, homosexuels, handicapés...), forment comme un grand mémorial décentralisé dans l'espace public. Cette tradition remonte aux années 1990. Il y en a 105 000 en Allemagne et 125 000 dans le monde, selon la fondation qui s'en occupe, d'où l'émoi provoqué par cette décision prise après une alliance entre l'AfD et la CDU.
Sur ces petits pavés, de 10 centimètres sur 10, l'identité et les dates de naissance et de décès d'une victime du régime nazi y sont gravées sur une plaque en laiton. Un rappel quotidien et concret de cette période sombre de l'histoire allemande que le conseil municipal de Heidenau a jugé "inapproprié", selon Daniel Barthel, président du groupe AfD. "Nous avons toujours considéré ces pierres comme une commémoration indigne, dit-il. On peut les piétiner consciemment et inconsciemment. La saleté, la crasse, tombent dessus."
"À Dresde par exemple, reprend-il, les pavés de la mémoire ont été installés près d'espaces verts, les chiens y passent, je vous laisse imaginer... Il y a aussi les bennes à ordures, les poubelles qui sont posées dessus."
Un argument fallacieux, s'agace Andréas Ullmann, historien et responsable des gravures sur les pavés commémoratifs de toute l'Allemagne. "Cette interdiction est très clairement liée à la montée en puissance de l'AfD", affirme-t-il.
"Sur le plan idéologique, l'AfD n'est pas un parti qui s'engage en faveur d'une culture de la mémoire consacrée aux victimes du national-socialisme. Au contraire, c'est un parti qui œuvre précisément contre cela."
Andréas Ullmann
à franceinfo
Il ajoute : "Ce qui est particulier ici, c'est qu'à Heidenau, l'AfD, un parti d'extrême droite, a voté, avec la CDU, un parti conservateur de centre droit, dont est issu le chancelier fédéral Friedrich Merz. Ça, c'est une véritable rupture. À ma connaissance, une telle décision est inédite en Allemagne. Quand je l'ai appris, j'ai d'abord été décontenancé puis choqué." Charlotte Knobloch, une survivante de la Shoah de 93 ans, présidente de la communauté juive de Munich et personnage public très connu en Allemagne, a dénoncé de son côté une "erreur monumentale" et en pointant la CDU, s'est dite "consternée qu'un parti démocratique puisse cautionner une manoeuvre aussi flagrante de la part des extrémistes de l'AfD."
Face à l'ampleur de la polémique, la maire de Heidenau s'est défendue de "se moquer des victimes de l'Holocauste". Elle indique aussi que l'une des options pour les cinq pavés de la mémoire existants est qu'ils seront déplacés dans un cimetière au nord de la ville de 17 000 habitants.
Selon Christophe Woehrle, président de la fondation Stolpersteine en France, cette décision "choquante" aurait eu moins de retentissement en Allemagne sans cette alliance entre l'AfD et la CDU. Il rappelle aussi que Munich, par exemple, a toujours refusé d'en installer et que Paris est la seule capitale européenne où il n'y en a pas, alors que la fondation en fait la demande depuis 2012. La municipalité parisienne estime que cela donnerait "une mauvaise image de la ville".
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