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Analyse
Isabelle Regnier
L’architecture se voit placée au cœur des débats politiques de ce pays parmi les plus pauvres d’Europe. Un large mouvement social dénonce depuis des mois la corruption du premier ministre, Edi Rama, lancé dans des projets urbains aussi extravagants que sans contrôle.
Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.
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« Starchitect go home ! » Le 3 juin, entre les flamants roses gonflables et les pancartes affichant « L’Albanie n’est pas à vendre » ou « Edi Rama démission ! », ce slogan aux accents situationnistes repéré dans une rue du centre de Tirana exprimait la spécificité d’une situation politique qui conduit depuis plus de trois mois les Albanais à descendre quotidiennement dans la rue. Ce n’est pas tous les jours que les architectes sont pris à partie dans un soulèvement populaire. Mais, dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres d’Europe, et les plus corrompus – l’indice de perception de la corruption de l’organisation non gouvernementale Transparency International en 2025 place l’Albanie au 91e rang sur 182 pays –, les plus célèbres d’entre eux jouent un rôle politique de premier plan.
Ces vingt dernières années, en effet, ils se bousculent pour remodeler la capitale, qui avec une tour sculptée tel un visage, qui avec une pyramide bariolée, qui avec une construction aux allures de jeu Kapla géant. Directement invités par le premier ministre, Edi Rama, qui s’appuie sur leur renommée et sur leurs bâtiments extravagants pour projeter l’image d’un pays engagé dans une modernité séduisante, ils interviennent hors du cadre réglementaire de l’Union européenne, sans la moindre contrainte d’ordre environnemental ou social, et sans se soucier des plans locaux d’urbanisme.
Cette arch-army, comme l’a surnommée le commanditaire, intervient également depuis quelques années aux abords des mers Adriatique et Ionienne. Au mois de mai, la découverte de clôtures autour d’un espace côtier, jusque-là accessible à tous, a alerté les habitants de la commune de Zvërnec sur ce qui se tramait dans leur région : un projet de station balnéaire de luxe à cheval entre la côte et une île voisine, l’île de Sazan, qu’une loi passée en 2024 autorise à convertir en site touristique alors qu’elle abrite une précieuse réserve de biodiversité. Chiffrée à 5 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros), l’opération est financée par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et sa société Affinity Partners, également derrière le projet immobilier concernant Gaza.
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