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En achetant un laurier-rose en jardinerie, vous repartez en réalité avec un végétal fiché par l’État : le vendeur avait l’obligation de vous le dire

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Un pot de laurier-rose glissé dans le coffre, une étiquette à peine regardée, et pourtant une obligation légale que le vendeur devait respecter avant même l’encaissement. Depuis le 1ᵉʳ juillet 2021, cette plante fait partie d’une liste officielle de 58 végétaux jugés susceptibles de porter atteinte à la santé humaine, et son vendeur avait le devoir de vous en informer avant la vente.

Peu d’acheteurs le savent.

Le texte qui fonde cette obligation s’appelle l’arrêté du 4 septembre 2020, publié au Journal officiel et relatif à l’information préalable devant être délivrée aux acquéreurs de végétaux susceptibles de porter atteinte à la santé humaine. Il s’appuie sur l’article L1338-3 du code de la santé publique, qui prévoit que tout distributeur ou vendeur de végétaux susceptibles de porter atteinte à la santé humaine est tenu d’informer, préalablement à la conclusion de la vente, l’acquéreur des risques pour la santé humaine et, le cas échéant, des moyens de s’en prémunir. le laurier-rose n’est pas un cas isolé : il appartient à une catégorie réglementaire précise, avec des obligations d’étiquetage qui s’appliquent aussi aux jardineries en ligne.

Concrètement, la règle est simple sur le papier. Cette information doit être délivrée préalablement à la vente, qu’il s’agisse d’une vente au détail, d’une vente à distance, d’un achat public ou d’une prestation de services. En magasin, cela passe par une étiquette, une pancarte ou un support descriptif placé à proximité immédiate du végétal ; en ligne, l’information doit figurer sur la même page que la fiche produit.

À retenir

  • 58 plantes toxiques sont listées officiellement depuis le 1ᵉʳ juillet 2021 et soumises à une obligation d’information préalable à la vente.
  • Le laurier-rose contient des glycosides cardiotoxiques capables de perturber le rythme cardiaque en cas d’ingestion.
  • Entre 8 000 et 9 000 intoxications aux végétaux sont signalées chaque année en France, dont une trentaine de cas graves.

Sommaire

  1. Une liste de 58 plantes réparties en quatre familles de risque
  2. Jusqu’à 9 000 intoxications recensées chaque année
  3. Ce que le vendeur doit afficher, et ce qu’il n’a pas à dire

Une liste de 58 plantes réparties en quatre familles de risque

L’annexe de l’arrêté ne se contente pas de dresser une liste noire vague. Elle classe chaque espèce selon la nature du danger qu’elle représente. 58 végétaux toxiques ont ainsi été identifiés et répartis selon les catégories suivantes : 19 plantes toxiques en cas d’ingestion, comme le laurier rose, l’if commun ou la digitale pourpre, 10 plantes toxiques par contact avec la peau, la bouche ou les yeux, à l’image des euphorbes ou du caladium, 6 plantes toxiques en cas de contact avec la peau suivi d’une exposition au soleil, comme l’angélique ou le dictame blanc, et 23 arbres et herbacées pouvant entraîner une allergie respiratoire par inhalation du pollen. Quatre familles de risque, donc : ingestion, réaction cutanéomuqueuse, phytophotodermatose et allergie respiratoire.

Parmi les espèces toxiques à l’ingestion figurent des noms qui évoquent surtout les manuels de botanique, comme l’aconit, la belladone ou le ricin. Parmi les espèces listées en annexe, on retrouve le Datura stramoine, le Laurier rose et l’If, toxiques en cas d’ingestion. Mais la liste inclut aussi des plantes bien plus banales que l’on croise sur un rebord de fenêtre : parmi elles se trouvent des espèces très courantes, vendues comme plantes d’appartement, comme le philodendron ou le pothos. Le dieffenbachia, réputé pour ses feuilles panachées et sa présence massive dans les bureaux et les salons, appartient à la même catégorie de plantes irritantes au contact.

Jusqu’à 9 000 intoxications recensées chaque année

Ce n’est pas de la précaution administrative gratuite. Les cas d’intoxication aux végétaux par an sont recensés par les centres antipoison, et selon les chiffres de l’Anses relayés par le site plantes-risque.info, opéré par le réseau Fredon France, ce chiffre grimpe entre 8 000 et 9 000 signalements chaque année. Dans la grande majorité des cas, il s’agit de symptômes bénins : irritations, nausées, maux de tête. Mais une partie de ces intoxications tourne mal.

Une trentaine de cas graves pouvant aller jusqu’au décès sont recensés chaque année, d’après le rapport d’expertise de l’Anses. Le laurier-rose, justement, fait partie des espèces les plus redoutées : toutes ses parties, des feuilles aux fleurs en passant par la sève, contiennent des glycosides cardiotoxiques capables de perturber gravement le rythme cardiaque en cas d’ingestion. Un chiffre qui met en perspective l’anecdote du pot acheté sans lire l’étiquette : ce sont des dizaines de milliers de foyers français qui, chaque année, croisent involontairement l’une de ces 58 plantes.

Ce que le vendeur doit afficher, et ce qu’il n’a pas à dire

La loi encadre précisément le contenu de cette information. Les distributeurs ou vendeurs font figurer de manière visible et lisible sur le document d’accompagnement des végétaux susceptibles de porter atteinte à la santé humaine les informations mentionnées en annexe, et ce document d’accompagnement doit rester facilement accessible pour l’acquéreur préalablement à la vente. Cela inclut le risque encouru, les symptômes possibles et les gestes à adopter en cas d’exposition, qu’il s’agisse d’un simple lavage à l’eau claire ou d’un appel au centre antipoison.

Toutes les transactions ne sont pas concernées de la même manière. Sont exclus de cet arrêté, pour les végétaux concernés, le matériel forestier de reproduction, les végétaux vendus en vue de leur consommation, les fleurs coupées, les branches avec feuillage, les arbres coupés avec feuillage, les cultures de tissus végétaux et les mélanges de semences pour gazon. De même, les professionnels du secteur agricole ne sont pas considérés comme des acquéreurs dans l’arrêté, si bien que les ventes intermédiaires entre entreprises de l’horticulture, de la fleuristerie ou du paysage échappent à l’obligation d’information. Une nuance qui explique pourquoi certains professionnels du paysage manipulent ces plantes toute l’année sans étiquette, quand le particulier, lui, doit être prévenu au comptoir.

Sources : legifrance.gouv.fr | politique.pappers.fr | jardinerie-animalerie-fleuriste.fr

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