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En 1582, dix jours ont été rayés du calendrier et personne ne les a vécus : le jeudi a été suivi d’un vendredi qui tombait dix jours plus tard

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À retenir

  • Dix jours ont été supprimés d’octobre 1582 pour corriger l’écart accumulé entre le calendrier julien et le vrai cycle solaire.
  • L’année bissextile tous les quatre ans causait une erreur minuscule qui, répétée pendant des siècles, décalait Pâques et l’équinoxe de printemps.
  • Les années de fin de siècle perdent désormais leur jour bissexile, sauf une tous les quatre siècles, pour éviter que l’erreur ne recommence.

Un soir d’octobre 1582, dans plusieurs villes d’Europe, les habitants se couchent un jeudi. Le lendemain matin, le calendrier affiché sur le mur de l’église ou dans les registres administratifs annonce un vendredi qui tombe dix jours plus tard que prévu. Personne n’a dormi dix jours d’affilée, personne n’a rien vécu entre les deux dates : elles ont simplement cessé d’exister sur le papier.

Aucun événement ne s’est produit pendant cette semaine et demie effacée.

La raison de ce bond dans le calendrier tient à un détail presque comique : l’année utilisée jusqu’alors était calculée avec un jour bissextile tous les quatre ans, sans exception. Sur douze mois, l’écart avec la véritable durée de la révolution de la Terre autour du Soleil est infime, une poignée de minutes tout au plus. Mais cette poignée de minutes, répétée année après année pendant des siècles, finit par peser lourd. Sur plus d’un millénaire, l’addition de ces fractions de journée avait fini par décaler les saisons de plusieurs jours par rapport aux dates du calendrier.

Concrètement, le printemps n’arrivait plus quand le calendrier disait qu’il devait arriver. L’équinoxe, ce moment où le jour et la nuit ont la même durée, survenait désormais bien avant la date à laquelle l’Église l’attendait pour ses calculs. Ce glissement, invisible d’une année sur l’autre, devenait flagrant à l’échelle des générations.

Le problème n’était pas seulement astronomique.

La date de Pâques, fête mobile entre toutes, se calcule à partir de l’équinoxe de printemps et de la première pleine lune qui suit. Un repère avait été fixé très tôt dans l’histoire de l’Église pour cette date d’équinoxe, servant de point d’ancrage à tout le calcul liturgique. Or ce repère théorique s’éloignait chaque siècle un peu plus de la réalité observée dans le ciel. À force, Pâques risquait de dériver vers d’autres saisons, ce qui était inacceptable pour une fête censée célébrer un moment précis du cycle solaire et lunaire.

Supprimer dix jours d’un coup réglait le passé. Il fallait aussi empêcher que l’erreur ne recommence à s’accumuler pour l’avenir.

La solution retenue touche à la façon de compter les années bissextiles lors des changements de siècle. Auparavant, ces années suivaient la même règle que toutes les autres, sans distinction particulière. Désormais, la plupart des années de fin de siècle perdent leur jour supplémentaire, et seule une sur plusieurs le conserve, ce qui rapproche mécaniquement la durée moyenne de l’année civile de la durée réelle de l’année solaire.

Le calcul devient ainsi bien plus fin, presque imperceptible dans son écart avec le rythme des saisons.

Ce nouveau calendrier n’a pas été adopté partout au même moment. Certains royaumes suivent la réforme presque aussitôt, quand d’autres régions d’Europe la refusent pendant des générations, par méfiance envers son origine religieuse. Pendant longtemps, deux dates coexistent selon l’endroit où l’on se trouve : un courrier envoyé d’un pays à l’autre pouvait ainsi porter deux millésimes différents pour un même jour. Les marchands, les diplomates et les voyageurs devaient alors préciser systématiquement selon quel système ils comptaient, pour éviter toute confusion sur les échéances et les rendez-vous.

Certaines Églises orthodoxes continuent aujourd’hui de calculer leurs fêtes religieuses selon l’ancien système, ce qui explique pourquoi Noël ou Pâques ne tombent pas toujours à la même date d’un rite chrétien à l’autre.

Sources : fr.aleteia.org | sobusygirls.fr

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