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Émeutes en France : ce que ces villes en feu disent aussi au Cameroun

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Mairie de Limoges en flammes, façades éventrées à Marseille, pillages en série à Paris. Les émeutes qui ont embrasé une dizaine de villes françaises le 17 octobre ont laissé des images qui tournent en boucle. Le bilan humain et matériel donne le vertige : 1.200 interpellations, 150 policiers blessés, des centres-villes méconnaissables. Mais pour un Camerounais qui regarde cela depuis Yaoundé ou Douala, le malaise est double. Ce n’est pas seulement la France qui brûle. C’est un modèle qu’on a longtemps pris pour acquis qui montre ses fissures.

Des mairies incendiées, des commerces pillés, et une colère qui dépasse les casseurs

Les faits sont têtus. Partie d’une mobilisation contre la vie chère, la journée a dérapé dans au moins neuf grandes villes : Paris, Marseille, Lyon, Lille, Limoges, Toulouse, Nantes, Bordeaux et Strasbourg. À Limoges, l’hôtel de ville du XIXe siècle a été « en grande partie perdu » dans les flammes après l’irruption de manifestants encagoulés. À Marseille, les portes de la mairie ont été forcées, un buste de Marianne jeté à terre. À Lyon, c’est l’office de tourisme de la place Bellecour qui a brûlé.

Le gouvernement a promis une réponse ferme. Emmanuel Macron a annoncé que « ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a parlé d’un « miracle » que le bilan ne soit pas plus lourd. Franchement, quand un chef de gouvernement utilise ce mot, c’est que la situation a échappé à tout le monde.

La diaspora camerounaise en première ligne, et un miroir inconfortable

Pour le Cameroun, ces émeutes ne sont pas qu’un fait divers lointain. La France abrite l’une des plus grosses communautés camerounaises d’Europe : près de 100.000 personnes, dont une douzaine de milliers d’étudiants. Beaucoup vivent, travaillent ou étudient précisément dans les villes qui ont été le théâtre des violences. Des commerces tenus par des Camerounais ont-ils été touchés ? Rien ne permet de l’affirmer à ce stade. Mais la question se pose dans les familles, sur les groupes WhatsApp, entre deux appels à Yaoundé.

Le signal est plus profond. La France exporte depuis des décennies un récit de stabilité sociale et de services publics solides. Ce récit vient de prendre un coup. Quand des lycéens français bloquent des établissements pour dénoncer des salles de classe délabrées et un manque de professeurs, difficile de ne pas y voir un écho à ce que vivent les étudiants camerounais dans des amphis surchargés. La différence, c’est que la colère, ici, peut descendre dans la rue sans que l’armée soit déployée.

Ces émeutes posent une question que personne, à Yaoundé comme à Paris, n’a intérêt à poser trop fort : et si la rue française devenait le miroir de ce que nos propres villes contiennent depuis longtemps ? La réponse n’est pas dans les communiqués.

Rodrigue Batag

Rodrigue Batag

Journaliste international pour 237online.com, Rodrigue Batag décrypte l'actualité mondiale avec un regard ancré dans les réalités africaines et camerounaises.

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