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Ce mercredi 2 septembre, l'autrice américaine sirote une eau plate à la terrasse d'un établissement de la Grand-Place en s'émerveillant de cet endroit qu'elle décrit comme "extraordinaire". Conjuguant escale promotionnelle et voyage privé – son mari travaille dans un coffee shop du centre-ville –, Elizabeth Strout (70 printemps) présente son dixième roman.
Le bien-nommé Racontez-moi tout scelle la rencontre entre ses deux personnages récurrents. À main gauche, Olive Ketteridge, tantôt véritable peau de vache, tantôt bigrement attachante, découverte aussi via la série HBO éponyme avec Frances McDormand et Richard Jenkins. À main droite, Lucy Barton, romancière plutôt douce et empathique rencontrée en 2017 à travers Je m'appelle Lucy Barton. Aujourd'hui, Olive a 90 ans et vit dans une maison de repos, à Crosby, ville côtière imaginaire du Maine où séjourne désormais l'écrivaine. Pour Elizabeth Strout, il était impossible de ne pas les réunir.
"Même après avoir écrit Olive Ketteridge, je ne pensais pas écrire Olive, enfin précise l'écrivaine. Je n'avais pas non plus prévu de reparler de Lucy Barton mais je me suis dit : Bon, parlons de son mari et c'est devenu Oh, William et plus tard Lucy face à la mer". Sachez qu'il n'est pas nécessaire de lire les romans précédents pour apprécier ce subtil et délicat Racontez-moi tout. L'avocat Bob Burgess, à la retraite, croisé dans des précédents romans, aura fort à faire avec une affaire de meurtre, est l'un des trois personnages principaux.
Reste que c'est la rencontre entre les deux femmes que tout oppose, sur papier du moins, qui occupe principalement le cœur du récit. Comme chez son confrère Richard Russo, Elizabeth Strout a une véritable bienveillance et compassion envers ses personnages. Une douceur qui lui permet de ne pas juger ses protagonistes ni de les malmener le cas échéant. Solitude, vieillesse, envie d'être aimé et considéré, amour platonique ou pas sont des thèmes, certes universels, que l'autrice brasse comme personne.
Quand Olive rencontre Lucy
"La première scène que j'ai écrite est celle de leur première rencontre", relate-t-elle. "Olive porte énormément de jugements, tandis que Lucy reste simplement assise, fidèle à elle-même. Elle reste là, tranquillement, comme pour dire Tu peux me parler de tes bottes ou de tout ce dont tu as envie. Puis Olive se calme et lui raconte une histoire au sujet de sa mère. Je me suis alors demandé : Et maintenant, qu'est-ce que je vais faire ? Très bien, faisons-en un livre. Toutes les trente ou quarante pages, Lucy et Olive se retrouveront et se raconteront des histoires parce que c'est ce qu'elles savent faire de mieux. Et de poursuivre, inarrêtable : "Comme c'est leur principal point commun, ce sera le fondement de leur relation et ce sera cela, leur amitié. Olive peut être grincheuse mais elle est curieuse des autres. Elle est également capable de faire preuve de beaucoup de gentillesse".
À l'écouter parler avec ferveur comme à la lire, on sent chez Elizabeth Strout ce besoin viscéral de raconter des histoires. Une envie qui remonte à son plus jeune âge, au fait d'avoir grandi dans des endroits isolés et à une fascination pour les gens ordinaires. N'a-t-elle pas déclaré dans The Guardian que "toutes les personnes que l'on croise dans la rue ont une histoire à raconter" ? "Quand j'allais en ville avec mes parents" réplique-t-elle, "mon père faisait ce qu'il avait à faire et ma mère et moi l'attendions dans la voiture. C'est elle qui est la raison pour laquelle je suis devenue romancière. Elle enflammait mon imagination. Elle observait une femme sur le trottoir et me disait qu'elle n'avait pas l'air pressée de rentrer chez elle retrouver son mari. Quand je lui demandais pourquoi, elle me répondait que son manteau n'avait pas été ourlé depuis des années. J'avais envie de suivre cette femme dans la rue pour découvrir à quoi ressemblait sa maison. Un jour, maman m'a acheté des cahiers, j'apprenais tout juste à écrire, j'avais quatre ou cinq ans, et elle m'encourageait à noter ce que j'avais fait pendant la journée. Dès que j'ai commencé à former des phrases, je les ai mises par écrit et j'ai compris que j'étais écrivaine". Dis comme ça…
Racontez-moi tout | Roman | Elizabeth Strout | Flammarion, 359 pp.
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