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Élissa Legault pourrait-elle décrocher un nouveau record du Québec au marathon?

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La détentrice du record québécois du marathon, Élissa Legault, tentera une fois de plus de se hisser parmi les meilleures coureuses canadiennes dimanche à Ottawa. Son chrono à battre : 2 h 29 min 5 s, une performance réalisée à Valence en décembre qui lui a permis de retrancher 23 secondes à la marque de Jacqueline Gareau. Le record québécois tenait depuis 1983. Plus tôt ce printemps, Le Devoir a pu assister à l’un de ses entraînements en compagnie de son entraîneur, Félix-Antoine Lapointe, et de son préparateur physique, Charles Castonguay.

La journée débute à 9 h au PEPS de l’Université Laval avec une séance d’intervalles sur tapis roulant. Pour s’assurer qu’Élissa respecte bien les objectifs de l’entraînement, Charles Castonguay prend son niveau de lactate lorsqu’elle ralentit sa cadence à l’aide d’une petite prise de sang au bout de son doigt.

« C’est sûr que d’objectiver, d’amener plus de science et de rationalité dans l’entraînement […], ça nous permet de pousser l’athlète beaucoup plus loin dans ses performances que de juste y aller un peu au hasard, selon ses ressentis », précise le préparateur physique.

Pour l’entraîneur-chef d’Athlétisme Québec, Félix-Antoine Lapointe, les meilleures performances s’obtiennent grâce à un parfait alliage entre la science et le talent.

« La science a évolué. Les athlètes québécois qui ont fait des records dans les années 1980 avaient le niveau pour aller aux Olympiques. Si tu reportes ces chronos 40 ans plus tard, ce n’est pas tout à fait suffisant parce que les technologies pour les chaussures se sont affinées, la nutrition, comme la consommation de glucides pendant une course, est plus précise. En ayant de meilleurs outils dans les années 2020, c’est normal que les performances s’améliorent », explique-t-il.

Cette année, un autre de ses athlètes, Thomas Fafard, a réussi à battre le record québécois du marathon, qui tenait lui aussi depuis plus de 40 ans. Il a terminé le Marathon Project en Arizona en 2 h 10 min 29 s, retranchant 4 minutes à la marque d’Alain Bordeleau.

C’était sa première tentative au marathon en compétition. Thomas Fafard détient aussi les records québécois au demi-marathon et au 5 km.

L’athlète qui travaille avec Félix-Antoine depuis plusieurs années explique que d’essayer de battre un record à son premier marathon était une décision commune. « Avec mes temps sur le demi-marathon [1 h 2 min 17 s], c’était réaliste. Avoir ça en tête m’a permis de rester motivé tout au long de la préparation », exprime-t-il.

Son entraîneur ne prend pas ces décisions à la légère. Le calendrier est finement analysé pour permettre une récupération entre les différentes distances que Thomas parcourt en compétition.

« Je suis un entraîneur structuré, passionné et cartésien. Je répète souvent que le coaching de haut niveau, en général, puis en course à pied, en athlétisme, c’est l’équilibre entre la science et l’art. Je regarde la routine d’entraînement des meilleurs athlètes au monde, je la compare avec nos pratiques et je me demande comment diminuer l’écart entre les deux », fait savoir Félix-Antoine Lapointe.

Un professionnalisme qui attire le talent

Élissa Legault a récemment fait le choix de déménager à Québec pour être plus près de son entraîneur et des autres athlètes qu’il encadre.

« Il a toujours de nouvelles idées, de nouveaux modèles d’entraînement, de nouvelles façons de faire. Puis, il est très à l’écoute. Je pense que c’est un excellent entraîneur. Ce n’est pas pour rien qu’il a encadré d’autres athlètes qui sont allés aux Jeux olympiques et aux Championnats du monde. »

La coureuse ne s’en cache pas, elle aimerait participer aux prochains Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.

« Je me sens privilégié d’avoir accès à des athlètes de talent, parce que c’est bien beau avoir la volonté d’aider des athlètes à atteindre les Jeux olympiques, à être compétitifs, à établir des records québécois ou canadiens, mais ça prend aussi des athlètes performants. Je pense que c’est gagnant-gagnant », ajoute Félix-Antoine, qui entraînait trois coureurs aux derniers Jeux olympiques de Paris.

Dans les prochaines années, Félix-Antoine croit que ses athlètes passeront à un niveau supérieur. « Élissa et Thomas, c’est bien ce qu’ils ont accompli, mais le niveau mondial progresse tellement que s’ils veulent se qualifier pour les prochains Jeux olympiques au marathon, ils doivent encore couper quelques minutes à leur performance. C’est bien, les records du Québec, mais on ne veut pas s’arrêter là », avance-t-il.

Mais qu’est-ce qui explique que ces records ont tenu si longtemps ?

Pour l’historien Laurent Turcot, un changement de culture pourrait expliquer ces récents succès. « Au Québec, on a plutôt investi sur la massification de la course que dans l’excellence. Quand tu regardes les grands marathons, celui de Québec ou celui de Montréal, il y a de plus en plus de monde. Le but, ce n’est pas de performer, c’est d’être en santé. […] Ça tend à changer. » Il fait valoir le programme À nous le podium, soutenu par plusieurs instances, dont le gouvernement du Canada, pour orienter le financement vers les athlètes avec des chances de médailles.

L’historien rappelle aussi que la course a longtemps été un sport d’excellence au Québec, notamment avec Jacqueline Gareau et Alain Bordeleau, les deux anciens détenteurs des records du marathon, mais aussi avec Gérard Côté, qui avait remporté le marathon de Boston à quatre reprises dans les années 1940.

Félix-Antoine Lapointe, lui, se permet de rêver à une médaille olympique. « On peut être fier de ce qu’on fait au Québec. De repousser les limites, puis vouloir être meilleur comme athlète et comme entraîneur. Les succès amènent les succès. » Pour l’instant, le prochain objectif est de bien positionner Élissa sur la scène canadienne au marathon, et ça se joue dimanche.

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