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La dernière sortie de Jean-Luc Mélenchon, le jeudi 26 février à Lyon, sur la manière adéquate de prononcer le nom «Epstein» ne m'a guère surpris tant ses saillies aux relents antisémites sont désormais légion et participent à une stratégie de diabolisation qui consiste à le faire apparaître comme le personnage le plus disruptif de la vie politique française. Le plus outrancier, le plus radical, le plus à même de dire tout haut ce que le peuple penserait tout bas.
L'antisémitisme de Jean-Luc Mélenchon n'est pas un antisémitisme de conviction mais d'opportunité, de calcul politique. C'est le propre de la pensée révolutionnaire que d'estimer que pour arriver à ses fins, il ne faut rien s'interdire. La pensée révolutionnaire n'a ni éthique ni morale, elle n'entend renoncer à aucun stratagème même les plus véreux si, à la fin des fins, sa cause triomphe. Il n'y a rien de tabou pour un révolutionnaire. Seul compte l'avènement d'un ordre nouveau qui, en prônant la fin des privilèges, réparera les torts que sa mise en action a pu éventuellement occasionner.
Les juifs sont une proie facile. Peu nombreux, sujets à tous les fantasmes possibles, victimes d'humiliations et d'opprobres depuis la nuit des temps, cantonnés longtemps aux seuls métiers du commerce et de l'usure, par leur persistance à exister, ils fascinent autant qu'ils suscitent le rejet. Tout cela, Jean-Luc Mélenchon le sait parfaitement. Il connaît ses classiques: qui s'en prend aux juifs est assuré de voir affluer à lui toute une frange de la population pour qui ils continuent à représenter le diable incarné.
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On sait que pour le leader de La France insoumise, deux conditions sont nécessaires pour arriver au pouvoir: accéder au second tour de l'élection présidentielle, ce qui ferait de lui la figure de proue de la gauche, et voir s'installer à l'Élysée le Rassemblement national. Il pourrait alors apparaître comme l'opposant en chef à l'extrême droite et de là, en appelant au pouvoir de la rue pour s'en débarrasser, la renverser pour mieux la remplacer.
Ainsi raisonne Jean-Luc Mélenchon et toute sa clique. Cet antisémitisme de circonstance, un antisémitisme fuyant, honteux, plus ou moins caché, il s'en sert comme d'un levier pour amener à lui tout un agrégat de personnes convaincues que les juifs jouent les premiers rôles dans la domination financière mondiale.
Cet antisémitisme de connivence n'exclut pas un antisémitisme de conviction, lequel peut parfaitement naître du premier. Quand Jean-Luc Mélenchon se moque de la façon dont il faudrait prononcer le nom de Jeffrey Epstein, non seulement il franchit une étape de plus dans l'abjection la plus crasse possible, mais il le fait avec une telle jouissance, une telle exaltation, une telle délectation, que l'on finit par se demander si cette mise en scène scabreuse n'est pas aussi révélatrice de pulsions plus profondes ancrées dans son inconscient.
Il fallait le voir faire le pitre sous le regard complice de la foule. Si la laideur de l'âme s'entendait, avait un visage, elle s'incarnerait parfaitement dans cette gesticulation grotesque où l'on feignait de l'innocence pour mieux jouer des codes secrets d'un des antisémitismes les plus décomplexés possible. Comme naguère Jean-Marie Le Pen, Jean-Luc Mélenchon fut ce soir-là le digne représentant des comiques troupiers qui enflammaient les cabarets de Berlin dans les années 1930.
La même complicité farceuse avec le public, les mêmes ambiguïtés fielleuses, les mêmes comparaisons rances, tous ces sous-entendus nauséabonds où Jean-Luc Mélenchon, au-delà de l'assemblée présente, s'adressait à tous ceux qui voudraient voir dans l'affaire Epstein non pas les dérives criminelles d'un pédocriminel récidiviste et de ses complices supposés, mais l'incarnation même d'un système où l'origine juive du criminel servirait à expliquer comment la presse et le système judiciaire se seraient montrés incapables de mettre fin à ses agissements.
J'ignore si Jean-Luc Mélenchon est antisémite. J'ignore si lui-même le sait. Mais une chose est de plus en plus claire: à force de jouer avec les codes de l'antisémitisme, de bateleur révolutionnaire, le leader de La France insoumise est en train de devenir un agitateur des pensées les plus viles présentes chez l'être humain. Il le fait en conscience et c'est donc en conscience qu'il lui faudra s'accepter tel qu'il est: un humaniste populiste en rupture d'humanité.
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