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Edward Ly et les espoirs du tennis de table canadien

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À 23 ans, Edward Ly aborde un moment charnière de sa jeune carrière. À l’aube des 100es Championnats du monde de tennis de table, qui s’amorcent mardi à Londres jusqu'au 10 mai, le Montréalais ne se définit plus seulement par sa progression au classement mondial, mais par un objectif plus concret : enfin offrir une performance marquante sur la scène internationale.

Pour l’instant, je n’ai jamais réussi à donner une bonne performance aux Championnats du monde. C’est un objectif que je veux réaliser cette année, ou la prochaine. Je vais me donner à fond, confie-t-il en entrevue avec Radio-Canada Sports, depuis la Ly Table Tennis Academy (LYTTA), à Montréal, fondée par ses parents en 2015, où il s’entraîne depuis son plus jeune âge.

Cette ambition marque une évolution dans la trajectoire de celui qui est rapidement devenu la figure de proue du sport au pays.

En 2024, à seulement 21 ans, Ly a atteint le 35e rang mondial, le meilleur classement jamais obtenu par un Canadien né au pays. Seul le Canadien d’adoption Wenguan Johnny Huang, d’origine chinoise, a fait mieux dans l’histoire du pays, avec un sommet au 11e rang.

Deux ans plus tard, il pointe désormais au 122e rang mondial, derrière le multiple olympien Eugene Wang (111e) parmi les représentants de l’unifolié, une baisse qui s’explique notamment par une présence plus limitée sur le circuit.

Ly n’en est pas pour autant devenu un moins bon joueur. Après quelques années marquées autant par l’apprentissage que par des choix personnels – il a notamment pris du temps pour ses études – le pongiste parle plutôt d’un nouveau départ.

Il pose pour une photo avec sa raquette dans la main droite.

Edward Ly s’entraîne toujours à la Ly Table Tennis Academy, un club de tennis de table fondé par ses parents il y a plus de 10 ans.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Massoud

Maintenant, en termes d’objectif, ce serait plus en termes de résultats qu’en termes de classement mondial. C’est-à-dire faire quelque chose aux Championnats du monde ou aux Jeux olympiques. C’est quelque chose qui m’intéresse plus que battre mon ancienne place au classement.

[En 2024], j’ai vécu une année où j’ai beaucoup appris. Là, j’avais pris du temps pour mes études et faire d’autres choses à côté. Après cette saison, je repars le plus loin possible.

À commencer par ces 100es mondiaux, une occasion de franchir un cap.

Entouré d'un noyau québécois

Ly ne portera toutefois pas seul les espoirs canadiens à Londres. L’équipe masculine repose en grande partie sur un jeune noyau québécois : quatre des cinq joueurs sont issus de la région montréalaise. Seul le vétéran ontarien Eugene Wang, 40 ans, échappe à cette réalité.

Les frères Mattéo et Siméon Martin, 20 et 25 ans, épauleront Ly et Wang, tout comme Laurent Jutras-Vigneault, benjamin du groupe à 19 ans.

Cette proximité géographique se reflète également derrière le banc, où l’entraîneur-chef Maxime Surprenant entretient des relations de longue date avec ses athlètes.

Comme c’est moi le coach québécois qui est avec eux, ces quatre joueurs-là, j’ai une relation étroite avec eux depuis plusieurs années. Donc, on a déjà cette relation de confiance. Je connais leur style de jeu, explique-t-il.

Sur la feuille de match, j’ai une sélection à faire pour savoir qui va jouer à quelle position. Mais comme on se connaît beaucoup, et que je connais l’expérience de chacun, ça peut m’aider à décider.

Il pose pour une photo.

Également originaire de la grande région de Montréal, Maxime Surprenant a amorcé sa carrière d’entraîneur en 2010, à seulement 19 ans. Depuis, il a été l'entraîneur-chef de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques, aux Championnats du monde et à la Coupe du monde de tennis de table.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Massoud

Au Canada, le rôle de l’entraîneur-chef diffère de celui d’un sélectionneur traditionnel. Les joueurs obtiennent leur place dans l’équipe nationale à l’issue d’un processus compétitif, puis le personnel d’entraîneurs est chargé d’optimiser les combinaisons. L’entraîneur-chef est d’ailleurs choisi en fonction de la provenance majoritaire des joueurs qui composent l’équipe.

Comment fonctionnent les Championnats du monde par équipe?

Ils alternent chaque année entre épreuves individuelles et compétitions par équipe. En 2026, c'est celle par équipe qui est au programme.

Chaque rencontre oppose deux nations et se joue sous la forme d’une série de matchs individuels. Cinq duels en simple peuvent être disputés, et la première équipe avec trois victoires gagne.

Les équipes sont généralement composées de trois à cinq joueurs. Un entraîneur doit déterminer l’ordre des affrontements avant le début de la rencontre, un choix stratégique déterminant.

Le tournoi commence par une phase de groupe, qui est suivie par un tableau à élimination directe menant à la finale.

Dans ce groupe, Ly demeure toutefois une figure singulière.

C’est notre Sidney Crosby, lance Maxime Surprenant. En général, au tennis de table, les athlètes sont soit talentueux, soit ils travaillent dur. Edward, il a les deux.

En dehors des tables, Ly mène une réalité bien différente de celle de plusieurs joueurs de l’élite mondiale. Étudiant en finance à l’Université McGill, il doit constamment jongler entre ses obligations scolaires et les exigences du circuit international. Son dernier examen de session a d’ailleurs eu lieu la veille de son départ pour Londres.

Un équilibre exigeant, mais devenu la norme pour celui qui enchaîne les tournois aux quatre coins du monde tout en demeurant basé à Montréal.

Un manque criant de financement

Comme bien d’autres disciplines sportives au Canada, le tennis de table souffre d’un manque criant de financement. Cela rend difficile pour ses athlètes professionnels de vivre de leur sport.

Ils doivent notamment assumer une part importante des coûts liés à leur carrière, en particulier les déplacements sur le circuit international, des dépenses qui peuvent atteindre des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars.

Il effectue un service.

Le pongiste Edward Ly

Photo : Getty Images / Buda Mendes

Tous les voyages, ça vient avec beaucoup de dépenses, souligne Maxime Surprenant.

Bien que certaines compétitions majeures, comme les Jeux olympiques ou les Championnats du monde, s'accompagnent d'un soutien logistique, la majorité des tournois demeure à la charge des joueurs.

La quête de résultats d’Edward Ly se fait donc à ses frais, plutôt qu’à son avantage.

Si on est capable de recouvrir une plus grande portion des frais, ou même tout, ça changerait complètement la capacité d’Edward à performer, affirme l’entraîneur-chef.

Selon lui, cette contrainte financière crée un désavantage tangible face aux grandes puissances du tennis de table.

Si Edward joue quelqu’un qui a environ le même talent que lui, mais que l’autre est entièrement supporté par son équipe nationale, il peut jouer avec beaucoup moins de pression. Il sait que, peu importe le résultat, il va participer au prochain tournoi.

C’est aussi arriver une nuit à l’avance au lieu de plusieurs nuits parce qu’on veut économiser sur l’hôtel, ajoute-t-il. Donc, on arrive serrés, on essaie de performer parce que c’est une nouvelle opportunité, puis ensuite on se demande si le prochain tournoi en vaut vraiment la peine.

Ce n’est pas la réalité des joueurs des 10 meilleures nations au monde, estime Ly.

Le Canada n’a jamais remporté de médaille aux Jeux olympiques ni aux Championnats du monde en tennis de table. Sa seule présence sur un podium majeur remonte à 1993, lorsque Wenguan Johnny Huang avait décroché le bronze à la Coupe du monde.

Ce dernier, aux côtés de Geng Lijuan du côté féminin dans les années 1990, fait partie des rares Canadiens à avoir atteint les tours éliminatoires aux mondiaux.

Selon Surprenant, le Canada possède aujourd’hui le talent pour viser plus haut. Classé 24e chez les hommes et 29e chez les femmes à l’aube de ces Championnats du monde, le pays pourrait aspirer à mieux, à condition d’en avoir les moyens.

Comparés aux autres, ils ne font que jouer. C’est ça leur travail. Je dirais que les huit ou neuf meilleurs pays au monde, c’est comme ça.

On aurait le talent pour être plus haut. Ça prend juste les moyens.

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