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L’État a prévu les questions pour les enfants victimes. Pour les réponses, le recrutement attendra.
Que se passe-t-il lorsqu’un enfant de cinq, huit ou douze ans révèle des violences graves ? Les syndicats, associations et professionnels chargés de recueillir cette parole demandent justement où sont les moyens.
Le dispositif a été annoncé par l’Éducation nationale pour novembre 2026. Le ministère explique officiellement que tous les élèves de la grande section à la terminale pourront faire part de leur situation grâce à un questionnaire adapté à leur âge, avec la possibilité de solliciter ensuite un entretien avec un adulte de confiance.
L’intention affichée est donc la protection des mineurs. Mais à quelques semaines du lancement, l’outil ressemble déjà à un questionnaire dont l’administration connaît beaucoup mieux la date de distribution que les conséquences pratiques.
Le 1er octobre, le Conseil supérieur de l’éducation s’est prononcé sur le projet de décret. Résultat : aucune voix pour. Neuf contre, seize abstentions et trente-cinq refus de vote. L’avis est consultatif et n’empêche donc pas le ministère d’avancer.
Les syndicats FSU, UNSA, CFDT, SNALC et SUD, mais aussi la FCPE, la FAGE et l’Union étudiante ont notamment averti qu’ouvrir ainsi la parole sans pouvoir garantir une prise en charge derrière pouvait exposer les enfants à une nouvelle forme d’abandon institutionnel.
Autrement dit : « Dis-moi ce qui t’est arrivé » est une excellente première phrase. Encore faut-il avoir prévu la deuxième.
Faire parler un enfant n’est pas remplir un formulaire
La CIIVISE elle-même demande des garanties. La commission spécialisée dans l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants considère que l’école a un rôle majeur dans le repérage des victimes, mais insiste sur la nécessité d’un dispositif sécurisé avant toute généralisation.
Car une réponse positive dans une case n’est évidemment pas une statistique comme une autre.
Derrière peuvent apparaître des faits d’inceste, des agressions sexuelles, des violences intrafamiliales ou des situations nécessitant une intervention immédiate. La question n’est donc pas seulement de savoir comment obtenir une parole, mais qui va la recueillir, l’analyser, protéger l’enfant et l’accompagner.
Et c’est précisément là que les inquiétudes se concentrent : personnels médico-sociaux insuffisants, formation au psychotraumatisme, disponibilité des adultes référents et articulation avec les services de protection de l’enfance.
Le questionnaire arrive dans le sillage de l’EVAR et de l’EVARS
Le contexte ajoute une autre dimension à la polémique. Devant l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a expliqué que ce questionnaire devait intervenir dans le prolongement d’une séance d’EVAR ou d’EVARS pendant laquelle auront notamment été abordées les notions de respect du corps et de consentement.
Depuis la rentrée 2025, ces programmes occupent une place croissante dans les établissements. Le Média en 4-4-2 avait déjà détaillé les critiques adressées à l’EVAR et à l’EVARS par certains parents et associations, notamment concernant l’âge des enfants, le consentement parental et la nature des contenus proposés.
Il faut toutefois distinguer les deux sujets : le nouveau questionnaire vise officiellement à détecter des violences, et non à dispenser un enseignement sexuel. Lui prêter un autre objectif sans preuve affaiblirait la critique la plus évidente.
Car le problème suffit largement : l’État s’apprête à demander chaque année à des millions d’enfants, dont certains ont à peine cinq ans, de révéler des faits potentiellement traumatiques alors que ceux qui devront accueillir leurs réponses disent publiquement ne pas disposer de garanties suffisantes.
Sur le papier, donc, l’administration veut « libérer la parole ». Dans la vraie vie, une parole d’enfant victime ne se range pas dans un tableur Excel une fois la sonnerie passée.
Après avoir archivé les cahiers de doléances qui étaient censés exprimer convenablement les demandes du peuple des Gilets jaunes et autres, voici la consultation nationale des lycéens qui exprimeront leur mécontentement sur la plateforme Agora au lieu de manifester devant leurs établissements. Idem pour les enfants victimes de maltraitances : écrivez, on vous répondra peut-être… ou pas.
À vouloir généraliser d’abord et organiser la prise en charge ensuite, l’Éducation nationale prend le problème dans un ordre pour le moins administratif.
Les enfants, eux, n’auront pas forcément le luxe d’attendre la prochaine circulaire.


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