Les résultats de l'étude Pisa 2025 de l'OCDE, dévoilés ce mardi, dressent un constat préoccupant sur le niveau des élèves français et mettent en lumière les difficultés persistantes du système scolaire.

Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 09:30 - Temps de lecture :

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Jusqu’où ira la chute ? C’est la question que l’on se pose à la lecture des résultats de l’étude Pisa 2025 dévoilés ce mardi. Elle évalue les compétences des élèves de 15 ans en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences dans 91 pays. Alors que la précédente édition en 2022 avait déjà été marquée par un recul inédit des performances des élèves français, ils sont encore pires pour ce cru. Certes, notre pays se situe toujours dans la moyenne des pays de l’OCDE dans les trois domaines évalués, mais il enregistre ses résultats les plus bas jamais mesurés par Pisa.

En maths, le score des élèves français baisse de 16 points par rapport à 2022. Le pourcentage d’élèves très performants diminue au fil du temps pour s’établir désormais à 5 % (contre 11 % en 2015). À l’inverse, la part des élèves en difficulté augmente encore, passant de 29 % en 2022 à 36 % en 2025. Les garçons restent en moyenne plus performants que les filles dans cette discipline.

La lecture, autre point noir

En compréhension de l’écrit, les performances des élèves chutent de 18 points par rapport à 2022. « On estime que 20 points, ça représente une année d’apprentissage », explique Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE. Les élèves très performants sont moins nombreux (4 % contre 13 % en 2015). A contrario, la part d’élèves en difficulté continue d’augmenter : ils représentent 33 % des élèves contre 27 % en 2022. L’écart entre les garçons et les filles s’est également creusé, passant de 20 points en 2022 à 32 points en 2025, en faveur des filles. Sur une période plus longue, l’érosion des résultats apparaît encore plus préoccupante. En compréhension de l’écrit, les élèves français ont perdu 44 points depuis 2015, soit l’équivalent de deux années d’apprentissage. « Les élèves ont plus de difficultés à répondre aux questions qui demandent de la réflexion ou pour lire des textes longs », constate Eric Charbonnier.

Les résultats des élèves en sciences sont moins déprimants car ils ne baissent que très légèrement : -4 points par rapport à 2022. La part des élèves en difficulté et la proportion d’élèves les plus performants sont aussi quasi stables. « L’étude montre que les élèves français ont du plaisir à apprendre en sciences ce qui explique pourquoi leurs performances se maintiennent », estime Eric Charbonnier.

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Les résultats scolaires restent très corrélés au milieu social. Mais ces inégalités scolaires ne se sont pas accentuées depuis la dernière édition de Pisa. Et ce, en raison de la très forte chute de performance des élèves issus des familles favorisées (-38 points en maths par rapport à 2015 et moins 52 points en compréhension de l’écrit). « Notre système éducatif a des difficultés généralisées », analyse Eric Charbonnier.

Les pistes avancées pour comprendre

Ces résultats décevants ont plusieurs explications. « Le rapport des élèves à la lecture a beaucoup changé : ils y prennent moins de plaisir et ont des difficultés à se concentrer sur des textes longs », analyse Eric Charbonnier. Ce qui pourrait être lié au temps quotidien consacré aux écrans pour leurs loisirs qui atteint trois heures en moyenne.

Les réformes scolaires qu’ont connues les élèves évalués auraient-elles été inefficaces ? « C’est difficile de mesurer leur effet car on a eu beaucoup de va-et-vient. On a manqué de cohérence », estime l’expert de l’OCDE. Les élèves évalués par Pisa ont par exemple connu la réforme des rythmes scolaires portée par Vincent Peillon, puis son détricotage par Jean-Michel Blanquer avec le retour à quatre jours d’écoles. Certaines mesures éducatives n’ont pas non plus toujours été correctement mises en œuvre. « C’est le cas de "devoirs faits". Il faut que nos réformes éducatives soient bien budgétisées », estime-t-il. Par ailleurs « le collège a été un angle mort des réformes », souligne-t-il, alors que c’est à ce moment-là de la scolarité que beaucoup d’élèves perdent pied.

Les familles de plus en plus éloignées de l’école

L’implication parentale dans la scolarité est aussi en perte de vitesse. Seulement 34 % des élèves parlent de leurs problèmes à l’école avec les parents contre 48 % en 2022. Et 49 % des élèves déclarent que leurs parents s’intéressent à ce qu’ils apprennent en classe, contre 63 % en 2022. « La société change, le climat géopolitique actuel est très inquiétant, peut-être que les familles ont beaucoup de choses qui leur prennent la tête », s’interroge Eric Charbonnier, qui recommande de nouvelles mesures pour recréer du lien entre les parents et les établissements.

Enfin, le rapport des élèves avec leurs enseignants pose question. Seulement un élève sur deux considère que les enseignants s’intéressent à l’apprentissage de chaque élève. « Les programmes sont chargés, les heures de cours sont nombreuses, ce qui laisse peu de temps aux enseignants pour différencier leur pédagogie. Or, le soutien scolaire a un impact sur les apprentissages », souligne Eric Charbonnier.

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