Selon le ministre de l’Éducation, la réforme de la formation initiale des enseignants porte ses premiers fruits. Mais ses effets à long terme restent toutefois à confirmer.

Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 19:45 | mis à jour aujourd'hui à 19:53 - Temps de lecture :

Les maths passent de 74 à 93 % de postes pourvus. Photo Sipa/Isa Harsin Les maths passent de 74 à 93 % de postes pourvus. Photo Sipa/Isa Harsin

Enfin une éclaircie sur le front de l’Éducation. Alors que 2 610 étaient restés vacants à l’issue des concours de recrutement l’an dernier, la crise des vocations enseignantes semble commencer à s’atténuer, comme le montrent les résultats des concours dévoilés ce jeudi. En 2026, 24 000 candidats ont été admis aux concours enseignants contre 16 000 l’an dernier (+49,3 %). « Nous pourvoyons sensiblement mieux les postes que nous avons ouverts aux concours », s’est réjoui le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray.

Une progression due à la réforme de la formation des enseignants mise en vigueur cette année, qui vise à élargir le vivier de candidats : le concours a été avancé à la fin de la licence alors que jusqu’ici, il n’était ouvert qu’aux personnes disposant d’un master (bac +5). Les lauréats recrutés à l’issue du concours en fin de L3 intégreront en septembre un Master enseignement et éducation (M2E), une formation professionnalisante de deux ans, rémunérée (1 400 euros net en première année, 1 800 euros net en M2). Cette année constitue toutefois une période de transition : les nouveaux concours à bac +3 ont coexisté avec les concours à bac +5. Ce double dispositif sera maintenu jusqu’en 2027, avant la disparition définitive du concours à bac +5 en 2028.

Des résultats en nette amélioration

Concernant le premier degré (maternelle, élémentaire), 98,5 % des postes aux concours externes ont été pourvus, contre 92,1 % l’an dernier. La situation s’améliore même dans certaines académies qui peinaient à recruter ces dernières années « C’est la première fois depuis très longtemps que le concours de recrutement des professeurs d’école de Créteil est pourvu à 100 %. Il en va de même pour celui de Mayotte », s’est félicité Édouard Geffray.

Dans le second degré (collèges et lycées), 96,1 % des postes sont pourvus cette année, contre 90,6 % en 2025. Certaines disciplines traditionnellement déficitaires enregistrent des progrès : les mathématiques passent de 74 % de postes pourvus l’an dernier à 93 % à la session 2026, la physique de 75 % à 98 %, les lettres modernes de 87,7 % à 96,4 % contre et l’allemand de 77,2 % à 89 %. « Le recrutement en L3 avec une ouverture sur un master pendant que les étudiants sont rémunérés a un effet très net sur l’attractivité au concours », a analysé le ministre.

Les syndicats appellent à la prudence

Chez les syndicats, l’enthousiasme est plus mesuré. « Il y avait deux concours cette année puisque l’on est dans une phase transitoire. Il est plus facile d’avoir davantage de candidats et d’admis quand il y a deux concours, plutôt qu’un », souligne Sophie Venétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. D’autant que les candidats de master pouvaient aussi se présenter au nouveau concours, accessible avec une licence. Matthieu Drouhin, secrétaire national du SE-Unsa, trouve aussi que le ministre va un peu vite en besogne en criant victoire : « On pourra faire le bilan de la réforme de la formation des enseignants qu’en 2028, quand le concours après un master aura disparu », estime-t-il. Le ministre semble néanmoins confiant. « Pour sa première année sur Parcoursup, la licence de professeure à des écoles a considérablement attiré. On avait 45 000 vœux confirmés. Ce qui nous laisse penser que cela devrait se traduire logiquement par l’alimentation d’un vivier régulier et suffisant dans les prochaines années », estime-t-il.

Autre point qui nuance l’enthousiasme du ministre : dans le premier degré tous les postes n’ont pas été pourvus, notamment à Versailles et en Guyane. Et dans le second degré, on n’a pas fait le plein partout : « Ce qui est le signal que la crise d’attractivité est loin d’être résolue », estime Sophie Vénetitay. Certaines disciplines, restent en difficulté, comme les lettres classiques (avec 70 % de postes pourvus) et les concours de la voie professionnelle (CAPLP), avec un taux de couverture de 88,5 %. Pour Matthieu Drouhin, la réforme ne suffira pas à elle seule : « On ne peut pas dire que les métiers de l’enseignement ont retrouvé leur attractivité. Si on ne s’attaque pas à l’amélioration de la rémunération et des conditions de travail, on ne relancera pas durablement les vocations. »

Articles les plus lusÉducation