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Edgar Morin, un appel pionnier à « la prise de conscience » sur le changement climatique

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Le philosophe et sociologue, mort à 104 ans, avait publié plusieurs livres sur l’écologie, thème qui lui tenait à cœur et sur lequel il a été précurseur parmi les penseurs français.

Portrait du philosophe Edgar Morin dans le cadre de son entretien patrimonial organisé par l'INA.

DIDIER ALLARD / Ina via AFP

Portrait du philosophe Edgar Morin dans le cadre de son entretien patrimonial organisé par l'INA.

Des paroles à retenir pour les années à venir. Le philosophe, sociologue et résistant Edgar Morin est mort, ce vendredi 29 mai, à l’âge de 104 ans. Malgré son grand âge, il était toujours présent dans le débat intellectuel et reconnu pour la sagesse de ses prises de paroles, y compris sur un thème on ne peut plus actuel qui lui tenait à cœur depuis des années : l’écologie.

Au fil des dernières décennies, il a publié plusieurs ouvrages consacrés aux enjeux environnementaux et multiplié les appels à une prise de conscience écologique, en France comme à l’échelle mondiale. Sa propre prise de conscience remontait aux années 1970, lors de la publication du rapport Meadows, avait-il confié à France Inter.

Avec ce rapport, rappelait-il, « un scientifique a montré que toute la planète était menacée de dégradation par nos activités humaines, techniques et économiques ». Ce travail des époux Dennis et Donella Meadows, en partenariat avec deux autres chercheurs du MIT, a profondément marqué Edgar Morin, et l’a conduit à s’intéresser de près aux connaissances sur l’écologie et le climat, qui déjà à l’époque étaient alarmantes pour le futur.

Lors d’interviews, le philosophe a à plusieurs reprises fait le parallèle entre le manque de prise de conscience face à l’urgence climatique et le déni qui a laissé la Seconde guerre mondiale voir le jour. « Il y a des cas où la conscience se met en retard, comme en 1939-1940, où la conscience du péril de la guerre est venue trop tard. La conscience vient tard, et c’est toujours le cas aujourd’hui ! », alertait-il, encore sur France Inter.

« Une vague de chaleur, et on oublie »

Pour illustrer ce déni face à l’urgence climatique, Edgar Morin déclarait dans une interview pour Brut en 2022 : « Lorsqu’il y a une vague de chaleur, on va dire “Ah oui c’est le réchauffement climatique, ça ne va pas”. Mais dès que la vague de chaleur s’arrête, on oublie tout ça et on vit au jour le jour. » Il ajoutait ensuite : « Sortons du somnambulisme, sortons du déni », exhortant à une véritable « prise de conscience ».

Des propos qui résonnent tout particulièrement au lendemain de sa mort, ce samedi 30 mai, alors que la France subit une vague de chaleur précoce absolument inédite, avec près de 400 records de chaleur battus en l’espace d’une semaine et des températures montées jusqu’à 37 °C, exceptionnelles pour un mois de mai.

« Heureusement, une partie de la jeunesse prend conscience de ceci et milite ardemment pour la planète », avait poursuivi le philosophe lors de l’interview à Brut, durant laquelle il partageait le micro avec une militante du collectif Dernière rénovation. Ces écologistes habitués des actions de désobéissance civile s’étaient fait connaître en s’asseyant sur les routes pour les bloquer afin de réclamer un plan de rénovation énergétique du parc immobilier français, enjeu majeur de la transition écologique.

Le concept de « Terre-Patrie » comme espoir

Pour faire face au défi primordial que représente le changement climatique, Edgar Morin défendait l’idée que l’humanité a besoin de prendre conscience de son unité. Dans son livre Terre-Patrie, publié en 2010, il développe ce concept selon lequel la planète peut être pensée comme une patrie commune à l’Humanité, sans pour autant que les identités nationales de chacun y soient niées.

Il y défend également l’idée que la mondialisation peut être combattue efficacement par cette solidarité planétaire, qui conduirait à défendre les intérêts de tous les êtres humains plutôt que de raisonner en termes économiques. Face au changement climatique, le philosophe estime ainsi que « la seule riposte est de réaliser que la Terre est la patrie commune ».

Interrogé sur sa propre conviction face à l’avenir, et son espoir de voir les choses évoluer dans le bon sens, il avait confié à France Inter : « On ne peut pas sortir de sa poche une solution et changer brusquement l’opinion. C’est comme des petits ruisseaux : à un moment donné, s’ils convergent, ils deviennent un grand fleuve. »

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