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Écrasées par le poids de la surconsommation mondiale, l’histoire des kayayei au TIFF

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Présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto (TIFF), le film Zjili: A Story of Sisterhood and The Burdens of Excess, de Christine Boateng et Hajara Musah Chambas, braque les projecteurs sur les kayayeis, ces porteuses du marché de Kantamanto à Accra. Au quotidien, ces femmes ghanéennes transportent sur leur tête des fardeaux de vêtements usagés venus d'Occident excédant parfois 50 kilos, un labeur extrême qui coûte parfois la vie à certaines d'entre elles, le cou brisé sous le poids de la surconsommation mondiale.

Pour donner un visage à cette réalité, les deux réalisatrices entremêlent sur quelques semaines les destins de trois femmes : Zoya, Teiya et Chalpang. Zoya quitte son Nord natal avec l'espoir d'économiser de quoi financer ses études, portée par le rêve d'incarner un jour la première présidente du Ghana. Teiya, quant à elle, travaille déjà à Accra et n'aspire qu'à rentrer chez elle pour ouvrir son propre salon de coiffure. Enfin, Chalpang, qui a fui son village il y a longtemps, s'est réinventée en marchande de sommeil dans le bidonville qui abrite les kayayei.

Dommages irréversibles

C'est lors d'une étude médicale sur les impacts physiques du port de fardeaux chez les kayayei que le projet Zjili a vu le jour. Alors engagée comme traductrice, Hajara Musah Chambas y a mesuré concrètement l'ampleur des ravages physiologiques subis par ces femmes. Au cours de cette étude, nous avons examiné leurs radiographies, et les médecins ont constaté que des dommages irréversibles à la colonne vertébrale apparaissent après huit semaines, explique la réalisatrice.

La jeune femme profite alors du lien qu'elle tisse avec les sujets de l'étude pour les découvrir plus profondément et connaître leurs vies, les raisons qui les ont poussées à quitter le nord, mais aussi leurs histoires d'amour, les films qu'elles regardent, la musique qu'elles écoutent… Sa coréalisatrice, Christine Boateng, associée au projet pour raconter leur histoire, se souvient avoir parcouru le nord du pays afin de réaliser des entrevues et partager avec elles des moments très intimes, dans leurs propres espaces et progressivement mieux les comprendre. Ce travail long et minutieux donne à celui qui regarde Zjili l'impression que chaque plan et chaque dialogue sont l'expression d'une absolue sincérité.

Le cinéma comme langue universelle

Ainsi, le film montre le quotidien de ces femmes dans ce qu'il a de plus rude, mais aussi leur vie après le travail, leurs rêves et leurs espoirs, leurs échanges. Des femmes qui se réveillent chaque matin en espérant un avenir meilleur, note Esinam Sermodzi, l'interprète de Teiya.

Un message positif qui brille par sa liberté, dans une société ultra-patriarcale où Zoya échappe au mariage forcé et où Chalpang a survécu à la cruauté de son père. Mais la solidarité et les petits bonheurs quotidiens ne protègent pas contre les catastrophes.

Toute cette histoire est racontée principalement en dagbani, la langue de la majorité au nord du Ghana, cela afin de préserver toute la richesse de la culture qui y est reliée : Il y a énormément de choses qu'on perd dans la traduction, comme dans la poésie , affirme Hajara Musah Chambas.

La réalisatrice voulait utiliser le médium du cinéma pour que le fruit de recherches scientifiques puisse toucher ces femmes. Certaines d'entre elles n'ont reçu aucune éducation et ne comprennent pas l'anglais, elles ne seraient pas en mesure de lire un article scientifique qui les concerne, raconte-t-elle, et c'est ainsi « que Zjili est né ».

Trois jeunes filles discutant dans un pièce.

Le film veut mettre en avant les kayayei dans toute leur profondeur.

Photo : Avec l’autorisation du Festival du film international de Toronto

Le choix de la fiction s'est imposé, car un documentaire n'aurait pas nécessairement permis d'aller aussi profondément dans la dimension émotionnelle de leur vie, pense Hajara Musah Chambas. « Il faut que chaque personne qui voit le film aille au-delà du fait qu'elles soient des kayayei, il y a plus à découvrir chez elles que leur labeur », selon la cinéaste.

Direction photographie digne d'Hollywood

Grâce au sujet abordé et à travers la parfaite maîtrise de la narration qui place réalité et émotion à l'équilibre, sans oublier la bande originale qui compose entre musique traditionnelle, jazz et afrobeat, Zjili: A Story of Sisterhood and The Burdens of Excess atteint la réussite absolue grâce à la direction photo d'Erin G. Wesley. Avant de collaborer avec Christine Boateng et Hajara Musah Chambas, la directrice photo s'est illustrée dans de nombreux projets aux États-Unis, dont certaines productions hollywoodiennes.

L'ambition de faire un grand film était présente dès le départ du projet. Christine Boateng voulait montrer que quelque chose de cette qualité peut venir d'Afrique. Cette passionnée du cinéma de son continent, passée par l'université du Ghana et ayant fait ses armes au Nigeria, est une admiratrice de Mati Diop, lauréate du Grand Prix à Cannes en 2019 pour Atlantique. « Zjili a l'ambition d'aider les femmes et d'être un objet cinématographique », affirme la réalisatrice.

Ainsi, depuis Toronto, le public du TIFF a pu assister à la naissance d'un film qui marquera sans aucun doute l'histoire du cinéma du Ghana, mais qui mérite d'aller bien au-delà.

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