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L’avenir des Forges de Tarbes s’assombrit dangereusement. Le site, seul fabricant français de corps d’obus de 155 mm destinés notamment au canon Caesar utilisé sur le front ukrainien, s’apprête à se déclarer en cessation des paiements, selon Les Échos.
La rédaction - Aujourd'hui à 22:10 - Temps de lecture :
Le compte à rebours est lancé pour les Forges de Tarbes. Le dernier fabricant français de corps d’obus de 155 mm du canon Caesar a demandé son placement en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Tarbes jeudi. Plus tôt dans la journée, les salariés avaient appris que l’entreprise était en état de cessation de paiements.
« On est dans une dégringolade qui est très, très inquiétante », résume la députée insoumise Sylvie Ferrer, élue des Hautes-Pyrénées, au sujet de ce site industriel, l’un des derniers vestiges de l’ancien arsenal de Tarbes, qui emploie actuellement une soixantaine de salariés. Ces derniers « sont particulièrement amers », raconte José Navarro, syndicaliste CGT dans les Hautes-Pyrénées, déplorant l’absence d’écoute gouvernementale alors que « ça fait des semaines et des mois que la situation est pourrie ». En 2023, Europlasma, propriétaire du site depuis 2021, promettait une modernisation de l’usine pour augmenter les cadences et atteindre 15 000 obus par mois en 2025. Mais les investissements annoncés ne se sont jamais concrétisés, selon les salariés, qui dénoncent également le manque de communication de la direction. « Pour fin novembre, ils finissent de produire 30 000 corps d’obus [prévus pour 2026, NDLR] et ensuite c’est l’inconnu », résume Sylvie Ferrer.
L’État sommé d’agir
Initialement spécialisé dans la dépollution, le groupe Europlasma a lourdement creusé ses pertes en 2025, selon ses résultats annuels publiés en juin, évoquant des « tensions de trésorerie » liées notamment au caractère déficitaire de la majorité de ses activités. En avril, le groupe avait annoncé vouloir céder ses activités de défense et être en discussion avec « un industriel français ». Huit mois plus tard, aucune annonce n’est venue concrétiser cette piste. Le maire de Tarbes, Pascal Claverie (divers centre), assurait il y a une semaine que deux repreneurs sérieux sont sur les rangs, mais l’équation reste encore fragile.
« Il n’est pas acceptable qu’une usine aussi stratégique pour la défense nationale, mais aussi européenne, soit soumise à tant d’incertitudes », dénonce la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, qui appelle le gouvernement à agir. « Les investissements doivent être faits pour maintenir le site en bon fonctionnement », ajoute-t-elle, alors que la préfecture des Hautes-Pyrénées a pris le 9 octobre un arrêté demandant la mise en conformité de certains équipements de l’usine d’ici fin décembre, faute de quoi leur mise à l’arrêt sera ordonnée.
Étant donné l’urgence de la situation sur les sites du groupe – et alors que les dirigeants d’Europlasma ont été auditionnés dans le cadre d’une enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs » – le groupe La France insoumise entend déposer à l’Assemblée un amendement demandant une nationalisation. L’inquiétude est d’autant plus vive que deux autres sites d’Europlasma sont en difficulté : la Fonderie de Bretagne, placée en liquidation judiciaire, et le métallurgiste Valdunes, toujours en quête d’un repreneur.


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