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Notre reporter s’est rendue pour « Le Monde Afrique » avec le photographe Philémon Barbier à Mongbwalu, dans l’est de la République démocratique du Congo, où l’épidémie d’Ebola due à la souche Bundibugyo s’est déclarée et progresse rapidement.
Merci à toutes et à tous pour vos nombreuses questions (et encouragements), même si nous n’avons pas pu répondre à tout le monde !
Morgane Le Cam et Philémon Barbier
« Les photos sont nécessaires pour montrer la réalité et permettent surtout d’humaniser le récit »
Bonjour No,
Les photos sont nécessaires pour montrer la réalité et pouvoir se saisir de l’ampleur de la situation. Elles permettent surtout d’humaniser le récit, d’amener le lecteur à s’identifier aux personnes photographiées.
Le respect de leur dignité est toujours une priorité. Chaque personne est libre de refuser et nous expliquons clairement les tenants et les aboutissants avant de commencer à photographier.
Par ailleurs, les gens que nous rencontrons souhaitent témoigner et que nous puissions transmettre leurs histoires. Il est donc important de respecter leur choix.
Philémon Barbier
« Nous aimerions beaucoup repartir en RDC »
Bonjour Max,
Bien sûr, nous aimerions beaucoup repartir en RDC, et nous y travaillons actuellement !
Morgane Le Cam et Philémon Barbier
« Les funérailles traditionnelles ont été un des principaux vecteurs de transmission »
Bonjour Sha,
La distanciation sociale est la principale mesure de prévention contre ce virus qui se transmet par contact direct avec les fluides d’une personne infectée. Le port du masque au quotidien n’est pas conseillé par le gouvernement congolais car la maladie ne se transmet pas par voie respiratoire.
L’autre recommandation, très importante, concerne la gestion des enterrements. Les corps des défunts étant hautement plus contagieux que ceux des vivants, les autorités sanitaires recommandent aux populations d’éviter tout contact avec eux. Les funérailles traditionnelles, durant lesquelles les Congolais touchent leurs morts pour leur dire adieu, ont été un des principaux vecteurs de transmission !
Morgane Le Cam
Bonjour Iris,
Les symptômes de la maladie à virus Ebola sont :
- Fièvre
- Céphalée (mal de tête)
- Asthénie physique (fatigue)
- Douleur abdominale
- Diarrhée
- Vomissement
- Douleur musculaire ou articulaire
- Difficulté à respirer/maux de gorge
- Hoquet
- Hémorragie inexpliquée
- Avortement spontané
- Symptômes d’insuffisance rénale et hépatique
- Eruption cutanée
Vous pouvez retrouver les informations concernant la maladie sur le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Philémon Barbier
Sur Le Monde aujourd’hui
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« Le moral des soignants est bas »
Bonjour chère consœur,
Lorsque nous étions sur le terrain, mi-juin, le moral des équipes soignantes que nous avons rencontrées était bas, et c’est compréhensible. Ils sont en première ligne de la gestion de l’épidémie et ont été les premiers touchés : plus de 110 d’entre eux ont été contaminés et 35 en sont morts.
A l’hôpital de Mongbwalu, épicentre de l’épidémie, le personnel que nous avons rencontré était exténué. Ils avaient géré seuls, sans aucune aide humanitaire ni gouvernementale, le début de l’épidémie, avant que celle-ci ne soit officiellement déclarée par le gouvernement le 15 mai. Car le virus a commencé à se propager à partir de fin février, en silence. Les agents pensaient alors avoir affaire à des fièvres hémorragiques ou à des cas de paludisme, nombreux dans la région, car les symptômes sont très proches de ceux d’Ebola. Ils ont donc soigné des centaines de personnes, sans matériel de protection, pendant plusieurs semaines. Six agents de santé de l’hôpital en sont morts.
Aujourd’hui, le niveau de la riposte s’améliore mais il n’est toujours pas à la hauteur de l’ampleur de cette épidémie qui pourrait durer encore un an, selon la Croix-Rouge. Pour preuve : des agents de santé ont fait grève à Bunia début juillet afin de protester contre le non-paiement de leurs indemnités depuis plus d’un mois.
Morgane Le Cam
Bonjour RM et Caroline,
Merci beaucoup pour vos mots !
Morgane Le Cam et Philémon Barbier
« Les corps contaminés sont hautement contagieux »
Bonjour Un étudiant,
Le travail des ONG sur place s’organise à travers différents piliers. Elles se répartissent les différents besoins et lancent leurs projets en fonction. Elles sont indépendantes du gouvernement même si elles restent en appui des structures déjà existantes et ne doivent pas remplacer le rôle de l’Etat. Elles restent soumises aux règles et lois du pays qui les accueille.
Concernant le financement des ONG, il diffère en fonction des organisations. Par exemple, certaines comme Médecins sans frontières utilisent des fonds propres provenant de donations, ce qui leur permet une réactivité accrue. D’autres reçoivent des aides sur présentation d’un programme à des bailleurs de fonds humanitaires tels que ECHO (le bailleur de l’Union européenne) ou USAID (celui des Etats-Unis), entre autres.
Pour donner un exemple précis d’une action sur le terrain, la Croix-Rouge de la RDC, qui reçoit le soutien de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), s’occupe du suivi des alertes de décès. Ils se rendent sur place avec leurs équipements de protections individuels afin de récupérer le corps et organiser un enterrement qu’ils appellent « digne et sécurisé » de la victime contaminée. Ils désinfectent alors la dépouille, les sacs mortuaires et le cercueil devant des membres de la famille et s’occupent ensuite d’enterrer le défunt en évitant que d’autres personnes touchent le corps, comme il est d’usage dans la culture locale. Les corps contaminés sont hautement contagieux du fait de la libération de tous les fluides.
Philémon Barbier
« Le gouvernement a contraint les populations à rompre avec leurs rites funéraires traditionnels »
Bonjour Sosi et Nathalie,
L’Ituri, la province épicentre de l’épidémie, est une province reculée, avec des routes pour beaucoup impraticables. Certaines zones ont échappé à toute assistance humanitaire. Mongbwalu, la localité où Ebola a commencé à se propager, n’avait quasiment jamais vu d’agents humanitaires avant l’apparition du virus. Certains habitants ont donc associé la propagation de la maladie à l’arrivée des premiers humanitaires.
Des agents de la riposte sanitaire ont été attaqués, des centres de traitement Ebola aussi. Mais la méfiance envers les humanitaires ne suffit pas à expliquer ces attaques, qui ont effectivement donné lieu à des vols de cadavres. Avec Ebola, le gouvernement congolais a mis en place des enterrements dits « dignes et sécurisés » qui ont contraint les populations à rompre avec leurs rites funéraires traditionnels, qui impliquent un contact avec les corps des défunts. Cela a engendré beaucoup d’incompréhensions et cette colère a parfois explosé.
Voilà pourquoi les agents de la riposte mettent aujourd’hui beaucoup l’accent sur la sensibilisation en formant des centaines d’agents communautaires chargés d’aller expliquer aux leurs cette maladie qui leur était jusqu’à présent inconnue. Mais il y a encore du boulot : dans nombre de localités, et notamment dans les nombreuses mines d’or de la province, les populations n’ont pas encore vu l’ombre d’un seul agent…
Morgane Le Cam
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Chantal Tuabo, 41 ans, survivante du virus
Chantal Tuabo, 41 ans, et son mari Agama Tati, 43 ans, devant le bâtiment abritant la maternité de l'hôpital de Mongbwalu (République démocratique du Congo), le 16 juin 2026. Chantal, mère de huit enfants, était atteinte du virus Ebola. Elle a passé quatorze jours dans un centre de traitement (CTE). Elle était enceinte de trois mois à son entrée à l’hôpital, son bébé est mort in utero. La fille aînée de Chantal, Odile, 11 ans, est, elle, toujours à l’isolement après avoir été testée positive au virus. « Elle évolue bien, n’a plus de diarrhées et de vomissements », raconte son père.
Philémon Barbier (photographe)
« Philémon et moi avons l’habitude de travailler sur des zones complexes, en conflit »
Bonjour Judith,
Merci de nous poser la question ; Philémon et moi nous portons très bien. La peur de la contamination était réelle lorsque nous étions sur le terrain, mais nous l’avons maîtrisée en nous rappelant les faits : ce n’est pas un virus qui se transmet par voie aérienne mais par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Donc en respectant une distance de sécurité avec les personnes rencontrées et en nous lavant les mains tous les quarts d’heure, nous étions à peu près sûrs de ne pas être à notre tour contaminés.
Sur l’aspect psychologique, Philémon et moi avons l’habitude de travailler sur des zones complexes, en conflit. Notre métier installe une forme de dissociation, qui nous permet de travailler sans être dévastés, même si nous ne nous habituons jamais à la détresse des personnes que nous rencontrons. Les enterrements, à Mongbwalu, avec les proches de victimes d’Ebola ont par exemple été de vraies épreuves. Dans ce genre de cas, nous partageons la douleur des personnes rencontrées, mais avec la distance nécessaire pour nous permettre de continuer à travailler.
D’autre part, un suivi psychologique est disponible, si nous en ressentons le besoin.
Morgane Le Cam et Philémon Barbier
Bonjour Azerty,
Oui, il est raisonnable d’envoyer des journalistes dans ce genre de contexte, d’autant plus quand le sujet peut faire l’objet d’une manipulation de l’information. Il est nécessaire d’avoir de l’information fiable, sourcée et vérifiée sur le terrain pour faire connaître la situation réelle. Pour ce qui est des risques, les journalistes sont formés et respectent de nombreuses règles de sécurité afin de ne pas être contaminé mais aussi de ne pas freiner le travail des soignants sur place.
Philémon Barbier
« On observe une forme d’accalmie dans les conflits armés en RDC, mais qui n’a pas de lien prouvé avec l’épidémie d’Ebola »
Rebonjour Sha,
Les conflits dans l’est de la RDC sont nombreux et continuent malgré tout. En Ituri, selon plusieurs acteurs sécuritaires et humanitaires, on observe une forme d’accalmie ces derniers mois, mais qui n’a pas de lien prouvé avec l’épidémie à virus Ebola. Dans cette province, la population civile continue d’être victime des conflits entre plusieurs acteurs armés, dont les principaux sont la Convention pour la révolution populaire/Forces pour la révolution populaire (CRP/FRP) et la Coopérative pour le développement du Congo/Union des révolutionnaires pour la défense du peuple congolais (CODECO-URDPC) ainsi que les Forces armées de la RDC (FARDC). D’autres acteurs étrangers, comme les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF), sont également déployés dans la région et, selon le dernier rapport du groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, soutiennent en matériel de guerre la CRP.
Philémon Barbier
« La plupart des cas ont été enregistrés en Ituri, une province enclavée située dans l’est de la RDC »
Bonjour saxo,
Non. L’Organisation mondiale de la santé a répété que le risque de propagation du virus Ebola au niveau international était faible. La plupart des cas ont été enregistrés en Ituri, une province enclavée située dans l’est de la RDC. En outre, contrairement au Covid-19, Ebola ne se transmet pas par voie aérienne mais par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Il faut aussi préciser qu’une personne ne devient contagieuse qu’une fois l’apparition des premiers symptômes – généralement une forte fièvre –, ce qui limite également la propagation du virus.
Morgane Le Cam
« L’Ouganda a annoncé le 16 juillet ne plus compter aucun malade »
Bonjour Xanefu,
Le virus a touché l’Ouganda, un pays frontalier de la province de l’Ituri, mais le pays a pris des mesures très tôt après la détection du premier cas pour empêcher sa propagation et cela a fonctionné. Le pays a enregistré deux morts pour 20 cas confirmés et a annoncé le 16 juillet ne plus compter aucun malade.
Morgane Le Cam
« Les chiffres sur les décès recensés ne reflètent qu’une petite partie de la réalité »
Bonjour Stéphane,
Selon un bilan communiqué par les autorités sanitaires congolaises le 19 juillet, l’épidémie à virus Ebola a contaminé 2 423 personnes ; 967 décès ont été enregistrés et 469 personnes en ont guéri. Il faut toutefois préciser que ces chiffres, donnés par Kinshasa sur la base des personnes qui ont pu être testées et sur les décès recensés, ne reflètent qu’une petite partie de la réalité. L’Organisation mondiale de la santé a souligné le 14 juillet que l’ampleur de l’épidémie pourrait dépasser « de deux à quatre fois » les estimations officielles, précisant qu’il s’agissait là de la « troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée et celle qui connaît la progression la plus rapide en un seul mois de toutes les épidémies d’Ebola que nous avons gérées ».
Morgane Le Cam
Luc Vahamwiti, bénévole : « On se donne au maximum pour essayer de diminuer la propagation de l’épidémie »
Luc Vahamwiti, 30 ans, volontaire à la Croix-Rouge congolaise, au cimetière Shari Taga à Bunia (République démocratique du Congo), le 21 juin 2026. Luc Vahamwiti : « Tous les jours, on réalise trois ou quatre enterrements “dignes et sécurisés”. On n’a pas le choix (…) Si on ne fait pas le travail, c’est la communauté qui va souffrir. On se donne au maximum pour essayer de diminuer la propagation de l’épidémie », explique-t-il. Volontaire à la Croix-Rouge depuis 2005, Luc est réalisateur de vidéos pour des artistes musiciens.
Cette procédure est préconisée par le gouvernement congolais pour empêcher la contamination par le contact avec les défunts. Les corps sont d’abord aspergés d’une solution chlorée avant d’être placés dans des sacs mortuaires, eux-mêmes désinfectés. Puis les dépouilles sont déposées dans des cercueils, scellés par la Croix-Rouge en présence des familles.
Des équipes de volontaires de la Croix-Rouge congolaise s’occupant des enterrements dits « dignes et sécurisés », au cimetière Shari Taga à Bunia (République démocratique du Congo), le 21 juin 2026. Philémon Barbier (photographe)
« Photographier des personnes dans des contextes de vulnérabilité accrus demande du temps et du respect »
Bonjour Julius,
Photographier des personnes dans des contextes de vulnérabilité accrus demande du temps et du respect. Il est nécessaire de toujours se poser la question de savoir si la photo respecte la dignité de la personne. Il convient d’essayer de se mettre à sa place et à la place de ses proches pour se demander si l’on accepterait nous-même cela dans la même situation. L’empathie et le respect des victimes priment. Nous nous présentons toujours comme journalistes. Nous expliquons le but de notre travail et l’espace de diffusion ainsi que la réalité concrète de ce que ça entraîne. Chaque personne a évidemment toujours le droit de refuser de répondre ou d’être pris en photo. Il est très important de respecter ce consentement.
Philémon Barbier
« L’épidémie continue à se propager dans l’est de la RDC »
Bonjour Léo,
L’épidémie continue à se propager dans l’est de la RDC. Cinq provinces sont touchées : l’Ituri (épicentre de l’épidémie où nous étions), le Haut-Uele, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo. Vous avez toutefois raison : elle ne s’est pas propagée à l’ouest du pays, qui abrite la capitale, Kinshasa. Le pays est immense : Kinshasa est à plus de 3 000 km de la zone épidémique par des routes impraticables. Pour s’y rendre, il faut prendre l’avion, et les autorités congolaises ont très vite suspendu tous les vols en direction et en provenance de Bunia, le chef-lieu de l’Ituri, ce qui a permis de contenir l’épidémie dans l’Est.
Morgane Le Cam
« De nombreuses autorités religieuses sont impliquées dans la prévention »
Bonjour Sha,
Oui, de nombreuses autorités religieuses sont impliquées dans la prévention des populations vis-à-vis du virus. La parole des représentants religieux étant très écoutée. Certains, comme Schadrak, pasteur à Bunia, dont nous avons pu suivre le prêche, profitent de ces moments pour sensibiliser la population aux risques et aux gestes à adopter pour briser la chaîne de contamination.
Philémon Barbier


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