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Douleurs, infections, érosions : les victimes d’implants gynécologiques confrontent enfin les autorités sanitaires

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Des milliers de dispositifs vendus, des complications sévères connues, et toujours ce merveilleux mot : surveillance.

À 15 heures, des représentantes des associations Balance ta bandelette et Diva seront notamment entendues aux côtés de France Assos Santé et de médecins spécialistes. À 16 h 30, place aux institutions : Haute Autorité de santé, ANSM et Direction générale de la santé.

Autrement dit, celles qui vivent avec les implants d’un côté, ceux qui les surveillent et encadrent leur utilisation de l’autre.

302 signalements et 94 retraits déclarés

Les chiffres officiels sont suffisamment sérieux pour éviter d’en rajouter. Selon l’ANSM, 302 signalements de matériovigilance concernant 305 bandelettes sous-urétrales ont été enregistrés entre 2016 et 2023. Dans 94 cas, un retrait partiel ou total du dispositif a été déclaré.

Pour les implants de renfort pelvien, l’agence comptabilise sur la même période 126 signalements concernant 131 implants.

Les complications décrites peuvent être lourdes : douleurs postopératoires, extrusion de l’implant, érosion des tissus voisins ou infections. L’ANSM reconnaît également un élément particulièrement important : « une sous-déclaration ne peut pas être exclue ».

Le silence statistique n’est donc pas nécessairement synonyme d’absence de problème.

En 2024, environ 34 400 dispositifs de cette famille ont été vendus en France. Cela ne signifie évidemment pas que 34 400 produits étaient défectueux. Ce chiffre donne simplement l’ampleur de leur utilisation : 51,3 % étaient destinés à l’incontinence urinaire féminine et 46,3 % aux prolapsus pelviens.

Des fabricants déjà inspectés

Le dossier n’apparaît pas aujourd’hui par génération spontanée. Entre 2018 et 2019, l’ANSM a inspecté onze fabricants commercialisant ces dispositifs en France. L’agence indique avoir constaté plusieurs non-conformités réglementaires chez plusieurs industriels, lesquels ont dû engager des actions correctives.

Pas de quoi condamner toute une catégorie de dispositifs, mais suffisamment pour demander comment les problèmes ont été détectés, corrigés et expliqués aux patientes.



Poser un implant est une chose, réussir à le retirer en est une autre

La Haute Autorité de santé reconnaît que ces interventions peuvent entraîner des complications parfois graves. Elle recommande une prise en charge multidisciplinaire et une décision partagée avec la patiente.

En cas d’explantation, l’opération doit être réalisée dans un centre disposant d’un plateau technique adapté et par des chirurgiens spécialement formés. Ce détail est loin d’être secondaire. Le corps humain n’a pas de bouton « annuler la commande », et retirer une prothèse intégrée aux tissus peut être autrement plus complexe que la poser.

Le consentement préalable, l’information sur les risques, la traçabilité du dispositif et le suivi après l’intervention seront donc au cœur du dossier. La réglementation prévoit notamment une consultation de contrôle après l’implantation et une surveillance des complications tardives.

Reste à savoir comment ces règles fonctionnent dans la vie réelle lorsque la patiente souffre, cherche un diagnostic ou souhaite une explantation.

Le vrai sujet : que se passe-t-il après la vente ?

Le fonctionnement de cette industrie mérite une surveillance rigoureuse : évaluation avant commercialisation, information complète des médecins et des patientes, suivi après implantation, déclaration des incidents et réaction rapide lorsqu’un problème apparaît.

Car mettre un dispositif sur le marché est une chose. Assurer pendant des années le suivi des patientes, reconnaître rapidement les complications et permettre une prise en charge adaptée en est une autre.

La journée du 23 septembre devra donc permettre de confronter les expériences des patientes aux chiffres et aux procédures des autorités sanitaires. Avec une question très concrète derrière les tableaux Excel : quand une femme affirme qu’un implant lui gâche la vie, combien de portes doit-elle encore pousser avant d’être entendue ?

Le scandale des implants herniaires

Victime de douleurs à la suite d’un implant anti-hernie depuis 2023, le comédien français Arnaud Denis s’est fait euthanasier en Belgique, à l’âge de 43 ans. Sa plainte avait été classée sans suite.

« Grâce au site Transparence Santé, une plateforme de données publiques accessibles à tous, notre collectif a constaté que parmi les chirurgiens les plus haut placés, des versements réguliers très importants allant jusqu‘à 19 000 euros pour un contrat d’expert avaient été versés par des laboratoires fabricants de prothèses. Les conflits d’intérêts sont dangereux pour les patients », selon Me Courtois, l’avocat d’Arnaud Denis. « Il faut qu’une instruction soit ouverte : les faits sont présents, la chronologie est tout à fait criante de vérité et surtout il y a de nombreuses victimes. »

Les plaintes contre ces prothèses ne se limitent pas à l’Hexagone. Aux États-Unis, cela fait une vingtaine d’années que des milliers de victimes se battent pour faire reconnaître leur préjudice par la justice. En 2024, le fabricant de prothèses Becton Dickinson a finalement accepté d’indemniser environ 38 000 plaignants, lui évitant ainsi un procès. Après 47 condamnations, le montant des diverses amendes s’élève à près de 600 millions de dollars.

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