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Alors que l’Alberta assure que des garde-fous lui permettraient de mieux encadrer les médecins autorisés à exercer simultanément dans les hôpitaux publics et à proposer des soins privés en parallèle, des exemples d’ailleurs, notamment du Québec, en laissent certains sceptiques quant à ses chances de réussite.
L'on se demande surtout si ce projet permettrait vraiment de réduire les délais d’attente pour les interventions chirurgicales, comme le souhaite la province, ou s’il favoriserait plutôt les patients qui ont les moyens de payer.
Le nouveau modèle de santé de l’Alberta, très controversé par ailleurs, entrera en vigueur cet automne.
Bien qu’il soit unique au Canada, il présente des similitudes avec celui qui a déjà cours au Québec.

Le gouvernement albertain affirme que ce changement est nécessaire, car trop d'Albertains attendent longtemps avant de subir une intervention chirurgicale. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sam Brooks
En dessous de la moyenne canadienne
Dans la Belle Province, le projet n’a pas obtenu les résultats escomptés en matière de réduction des délais d’attente pour les chirurgies non urgentes, selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).
Au Canada, les patients sont censés bénéficier d’une arthroplastie de la hanche ou du genou dans les six mois suivant la prescription de l’intervention, conformément à la norme nationale fixée par l’ICIS.
Selon les dernières données nationales sur les prothèses de hanche, le Québec affiche en la matière les pires résultats parmi les quatre plus grandes provinces.
En guise d’illustration : alors que 84 % des patients en Ontario – où le système reste presque entièrement public – sont opérés dans les délais fixés par cette référence nationale, seuls 54 % des patients du secteur public au Québec respectent cette référence.
Avec 63 % des patients du secteur public qui bénéficient d’une prothèse de hanche dans les délais fixés par la référence, l’Alberta se situe pour sa part en dessous de la moyenne canadienne de 69 %.
Des échos d’Australie et d’ailleurs
Une étude de 2024 portant sur l’Australie a montré que, lorsque le gouvernement de ce pays a tenté de promouvoir les soins privés pour alléger la charge pesant sur le système public, cela n’a eu qu’un effet limité.
Selon un article publié en mai dans The Lancet, en réaction à la proposition de l’Alberta concernant la double pratique médicale, l’expansion des cabinets privés en Australie, en Irlande et au Royaume-Uni a exacerbé les inégalités et allongé les délais d’attente pour les interventions chirurgicales.
Comme pour rectifier le tir, le Québec a mis en place l’année dernière des restrictions concernant les transferts entre les systèmes public et privé afin d’endiguer l’exode des médecins.
Toutefois, à en croire un article de La Gazette de Montréal du mois dernier, des spécialistes continuent de quitter le système public.
Plus de 800 médecins québécois ont choisi d'aller exercer dans le privé.

Le nouveau modèle de santé que propose l'Alberta suscite des inquiétudes au pays, comme ici, en Colombie-Britannique (photo), où des syndicats du secteur public de la santé ont fait part de leur malaise. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Rosanna Tiranti
L’Alberta veut faire exception à la règle
Malgré ces exemples d’ailleurs, le gouvernement albertain insiste sur le fait qu'il maintiendra le contrôle en imposant des règles strictes aux médecins concernés par le double exercice, notamment un nombre minimal obligatoire d'heures dans les blocs opératoires publics, si nécessaire.
Les médecins de famille ne sont pas autorisés à exercer dans le privé.
Nous allons veiller à ce que les médecins qui optent pour la double pratique continuent à fournir au système public les services qu’ils ont toujours fournis, a fait savoir la première ministre Danielle Smith lors d’une conférence de presse qui s'est tenue au début du mois.
L’objectif est de permettre aux chirurgiens de réaliser davantage d’interventions chirurgicales non urgentes , a-t-elle précisé.

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, se veut malgré tout rassurante. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Des experts mettent cependant en garde contre la difficulté de faire respecter la surveillance gouvernementale des chirurgiens, qui exercent en tant qu’entrepreneurs indépendants.
Selon Karen Palmer, professeure de politique de santé à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, ce système incite les médecins à allonger les délais d’attente dans le secteur public afin que les patients aient l’impression de n’avoir d’autre choix que de payer pour des soins privés.
Le Dr Braden Manns, médecin en Alberta, enfonce le clou : Si un chirurgien peut gagner quatre fois plus en pratiquant des interventions chirurgicales privées contre rémunération, il va donner la priorité à cela.
Plus de 400 médecins ont manifesté leur intérêt pour le double exercice médical en Alberta.
Avec les informations (nouvelle fenêtre) d’Alexandra Mae Jones et de Christine Birak


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