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À l’entrée, une jeune responsable à l’accueil offre un sourire enjoué et des recommandations courtes : « L’accès est gratuit. L’exposition consiste en différents écrans avec lesquels vous allez pouvoir interagir. Une fois à l’intérieur, vous pouvez rester aussi longtemps que vous le voulez. Bienvenue à bord ! »
Longtemps ? Il n’en faudra finalement pas tant que ça, du temps, pour traverser ce Freedom Truck (« camion de la liberté ») lancé depuis quelques semaines sur les routes des États-Unis pour célébrer le 250e anniversaire du pays, le 4 juillet prochain.
Ce musée mobile tient dans l’espace d’un semi-remorque aux parois extensibles. Il fait partie d’un ensemble de six 18-roues imaginé dans un partenariat public-privé pour répondre au besoin de Donald Trump d’avoir sa place au cœur des célébrations. Jeudi dernier, le musée s’est posé pour trois jours dans l’enceinte du circuit automobile des 500 miles d’Indianapolis pour profiter du pouvoir d’attraction de l’événement, qui se tient cette fin de semaine.
« C’était très inspirant et très vivant », a résumé Jack Leonard, un retraité du Kentucky venu assister à la course, en sortant de la remorque. « Tout ce qu’il y a là-dedans, nous le savons déjà, mais ce n’est pas mauvais de se le faire rappeler de temps en temps. »
La porte d’entrée franchie, c’est par George Washington que les visiteurs sont accueillis. Sur un écran géant, tout en intelligence artificielle (IA), il annonce la couleur de l’exercice : un « voyage » au commencement du pays, au cœur du cri de la liberté et à la rencontre des « 13 colonies » qui se sont libérées pour le façonner. À l’extérieur, le ton avait déjà été donné, avec un « Bienvenue, Patriotes » inscrit sur la remorque, pas très loin d’une reproduction du célèbre tableau d’Emanuel Leutze représentant Washington traversant le fleuve Delaware lors de la nuit de Noël 1776, épisode décisif de la guerre d’Indépendance américaine.
Le reste de l’exposition suit la même trame en glorifiant la victoire des colons insurgés sur le tyran britannique et les événements subséquents qui ont conduit à la fondation des États-Unis d’Amérique.
Les classiques y sont racontés dans de courtes animations créées par l’IA : les premiers coups de feu à Lexington et à Concord ; la bataille de Bunker Hill ; celle de Saratoga ; la rencontre du marquis de Lafayette et de Washington lors d’un souper mondain, puis la contribution du jeune Français dans la guerre d’Indépendance ; le traité de Paris de 1783 ; la rédaction de la Constitution américaine quatre ans plus tard… Sur un grand écran tactile, le texte est même présenté dans sa forme originale, avec une invitation lancée aux visiteurs d’ajouter leur signature au bas de la page, pour la voir apparaître aux côtés de celles des pères fondateurs.
Controverse discrète
« Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus controversé », dit à la sortie Dan Myers, Californien dans la jeune trentaine de passage en Indiana pour la course automobile. « Il y a un peu trop de retenue. Ça ne ressemble pas vraiment à Donald Trump », ironise-t-il.
La controverse est ici plus discrète. Elle tient dans la création par le président de la Freedom 250 Initiative pour prendre le contrôle d’une partie des festivités, attirer à lui les dons des grosses fortunes du pays et, surtout, couper l’herbe sous le pied à America250, une initiative bipartite créée par le Congrès qui planifie pourtant les célébrations de cet anniversaire depuis 10 ans.
Les Freedom Trucks ont été mis sur la route sous l’égide de Freedom 250. Ils bénéficient d’une enveloppe de 14 millions provenant de l’Institut des services de musées et de bibliothèques, une agence fédérale.
Le projet est aussi porté par une étrange entité, PragerU, dont le nom apparaît à plusieurs endroits sur les murs de l’exposition. Il s’agit d’une organisation éducative à but non lucratif mise au monde par Dennis Prager, animateur de talk-show conservateur et figure forte de la constellation médiatique de l’extrême droite américaine. Il est devenu un important producteur de contenus vidéo sur YouTube faisant la promotion des « valeurs judéo-chrétiennes » et d’une « éducation saine et patriotique ».
Une lecture fine des récits historiques exposés permet d’ailleurs de noter un léger accent mis sur le caractère chrétien des premières voix de la nation. On y remarque aussi une insistance sur le slogan « Join, or die » (« S’unir ou périr ») tiré de la célèbre caricature politique de Benjamin Franklin publiée pour la première fois dans la Pennsylvania Gazette en mai 1754 pour appeler les colonies à l’unité afin de tenir tête à l’Empire britannique.
Le slogan, à l’origine accompagné d’un dessin de serpent segmenté, est parfois repris par les défenseurs du mouvement MAGA pour exprimer leur bravade face aux systèmes et à l’autorité, surtout lorsque cette autorité est dans les mains des démocrates. Le secrétaire à la Guerre du gouvernement Trump, Pete Hegseth, a une représentation du serpent tatouée sur un avant-bras.
Briller parmi les grands
Quant à Donald Trump, il apparaît dans une vidéo à la fin de l’exposition, depuis la Maison-Blanche, assis à son bureau pour appeler les visiteurs à se joindre à lui pour « rendre inoubliable ce 250e anniversaire ». La vidéo éclaire un mur consacré aux héros américains. Il rassemble les visages variés de John D. Rockefeller, Steve Jobs, Albert Einstein, Elvis Presley, Louis Armstrong, P.T. Barnum, Nelle Harper Lee, Rosa Parks, Jesse Owens… pour ne citer qu’eux.
La série de photos encadre le texte d’une déclaration faite par le président le 4 juillet de l’an dernier. Il y parlait d’une « grande nation » dont « le peuple a tout risqué pour ce qu’il sait être juste et vrai ». Il y rappelait « la saga de 13 colonies distinctes qui se sont unies pour former la république la plus égalitaire et la plus vertueuse jamais conçue ».
« C’est notre président, et il veut le montrer chaque fois qu’il en a l’occasion », résume devant le mur Rebecca White, entrée par curiosité dans le Freedom Truck alors que son mari a préféré, lui, aller visiter le musée de l’automobile juste à côté. « Parler de vertus après tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant, c’est un peu gênant. Vous savez qu’il veut payer les personnes qui ont pris d’assaut le Capitole le 6 janvier pour les remercier de leur soutien. »
Cette semaine, le département de la Justice des États-Unis a en effet annoncé la création d’un fonds doté de 1,8 milliard de dollars pour indemniser les victimes de représailles par le système judiciaire, sous-entendu sous Joe Biden. Même s’ils ne sont pas directement nommés, les insurgés du 6 janvier condamnés pour la violence de leur attaque pourraient en bénéficier, et ce, après avoir été graciés par le président l’an dernier.
« Le 250e anniversaire des États-Unis, c’est un moment important, ajoute Mme White. Mais j’ai peur que cela ne devienne surtout une occasion pour le président de se mettre en scène dans toutes ces commémorations. »
En mars 2025, devant le Congrès, Donald Trump a assuré que le premier mois de sa présidence avait été « le plus réussi de l’histoire des États-Unis » — dépassant même l’entrée en fonction de George Washington, qui « arrive en deuxième place », avait-il prétendu. À plusieurs reprises, le populiste a d’ailleurs assuré devant des foules que le premier président américain aurait voté pour lui s’il était encore vivant.


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