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Pour l’artiste islandaise, l’idée que ses « compatriotes groenlandais puissent passer d’un colonisateur cruel à un autre est trop brutale ».

Santiago Felipe / Redferns for ABA
Björk, ici au mois de novembre 2023 à Leipzig, en Allemagne.
« Chers Groenlandais, déclarez votre indépendance. » Ces mots, assortis de quatre points d’exclamations, ce sont ceux de Björk qui, sur les réseaux sociaux ce lundi 5 janvier, a exhorté le Groenland à se séparer de l’État du Danemark, à l’heure des pressions accrues d’annexion de Donald Trump sur l’île nordique.
« Le colonialisme m’a donné à plusieurs reprises des frissons d’horreur dans le dos. L’idée que mes compatriotes groenlandais puissent passer d’un colonisateur cruel à un autre est trop brutale pour être envisagée », écrit la chanteuse islandaise de 60 ans, avant d’envoyer à ses « voisins » un peu de « chaleur » et de « sympathiques souhaits ».
Colonie danoise jusqu’en 1953, le Groenland est considéré depuis cette date comme un territoire autonome de la Couronne, bénéficiant de deux représentants au parlement. Ceci étant, ses 57 000 habitants dépendent encore fortement du Danemark, qui contrôle entre autres son système de défense et ses relations internationales.
Donald Trump au Groenland
Dans la foulée de l’opération militaire américaine menée au Venezuela, Donald Trump a réitéré son désir d’annexer le territoire, riche en minerais de 2 millions de kilomètres carrés, pour les besoins de la sécurité nationale de son pays, un mois après avoir dénoncé la présence, selon lui, de navires russes et chinois le long des côtes du Groenland.
« Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors c’est la fin de tout, y compris de notre Otan. Et donc, la sécurité mise en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », a pour sa part déploré la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, à la télévision, ce lundi 5 janvier.
Bien que des dirigeants, notamment des autres pays nordiques (comme la Suède, la Finlande et la Norvège), ont envoyé des messages de solidarité à leurs voisins danois, Björk a, elle, choisi de s’adresser aux Groenlandais, à qui elle souhaite « une bonne chance dans leur lutte pour l’indépendance ».
Pour l’interprète de Venus as a Boy, qui prend notamment exemple sur les avantages qu’a apporté à l’Islande son indépendance du Danemark en 1944 (à l’image de la sauvegarde la langue nationale), les populations locales sont encore considérées comme « des citoyens de seconde zone » par les Danois.
Declare Independence, 2008
À l’appui, cette dernière rappelle entre autres le cas médiatisé de plusieurs milliers de femmes groenlandaises qui, entre les années 1960 et 1990, ont été victimes d’une campagne de contraception forcée à leur insu afin de limiter la croissance démographique dans leur pays.
Et alors qu’ils ont été arrêtés en mai 2025, Björk souligne aussi l’impact qu’ont eu les « tests de compétence parentale », des tests psychologiques inadaptés et jugés discriminatoires à l’égard des familles inuites qui ont amené des parents groenlandais à se voir retirer leurs enfants, pour être ensuite confiés à des familles danoises.
Engagée depuis de longues années contre le néocolonialisme, la chanteuse nordique n’en est pas à sa première prise de parole au sujet de Groenland. Elle exhortait déjà en 2008 ses habitants à proclamer leur indépendance dans son titre Declare Independence, un morceau également destiné aux îles Féroé, autre archipel autonome dépendant du Danemark.
Contrairement à leurs compatriotes féroïens, les Groenlandais n’ont, eux, encore jamais tenu de référendum national sur l’indépendance, bien qu’ils aient le droit. Il y a un an, ils s’étaient toutefois prononcés à hauteur de 85 % en totale opposition à leur rattachement aux États-Unis, selon un sondage publié dans la presse danoise.


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