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Dix jours cruciaux pour sceller la création de la Banque de la défense au Canada

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Cette semaine a commencé à Montréal une deuxième ronde de négociations qui devrait déboucher sur la création officielle de la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR). Cette nouvelle institution financière multinationale, dont Montréal espère abriter le siège social, aura pour objectif de faciliter le financement des PME du secteur de la défense au sein des États membres et des alliés de l’OTAN.

La première ronde de discussions, qui a eu lieu pendant quatre jours au mois de mars, a permis aux pays partenaires de discuter des chapitres et articles de la charte de la future organisation. Depuis mardi, les délégués de ces mêmes pays sont présents à Montréal pour une nouvelle phase de pourparlers de dix jours. L’objectif cette fois est d’arriver à l’adoption des dix chapitres de la charte, qui définiront notamment la gouvernance et le champ d’action de la banque.

Si la liste des pays participant à l’élaboration du projet demeure confidentielle, le Canada est partie prenante, tout comme les pays membres de l’Union européenne ainsi qu’un pays d’Asie, qui pourrait être soit le Japon, soit la Corée du Sud. Les États-Unis suivent de loin le projet et ne sont pas impliqués dans les échanges.

Pour l’instant, seuls deux pays ont levé la main pour héberger le siège social de la Banque DSR : le Canada et le Luxembourg, qui pourrait abriter le bureau européen de la future organisation internationale. La décision devrait être entérinée à l’issue des négociations, à la fin du mois. S’il s’agit du Canada, il appartiendra alors au gouvernement fédéral de choisir entre les quatre villes canadiennes qui se sont déjà portées candidates pour accueillir le siège social de la banque : Vancouver, Toronto, Ottawa et Montréal.

Leadership canadien

« On n’est pas du tout rendu à la négociation [de la ville choisie] pour le siège social. Mon mandat à moi, c’est de présenter la candidature du Canada. Avoir le siège social au pays serait une grande fierté et viendrait mettre un sceau sur le leadership du Canada », explique au Devoir l’ancienne ambassadrice du Canada en France et actuelle p.-d.g. de la Banque de développement du Canada (BDC), Isabelle Hudon. Cette dernière est à la fois l’hôte des négociations et la négociatrice en chef pour le Canada.

« On m’a donné le mandat de négocier avec rigueur, focus, mais aussi avec un sentiment d’urgence pour que cet outil [la Banque de la défense] soit en place le plus rapidement possible », assure-t-elle.

Le Devoir a pu s’entretenir avec Mme Hudon mardi après-midi, quelques instants avant la réception de bienvenue des délégations étrangères à l’hôtel de ville de Montréal, à laquelle participait notamment la mairesse Soraya Martinez Ferrada, le député fédéral et secrétaire parlementaire de la ministre de l’Industrie, Carlos Leitão, ainsi que des personnalités du monde des affaires, du milieu institutionnel et des élus de la Ville de Montréal.

« Le premier ministre Carney, au retour de Davos, a décidé que le Canada allait prendre le leadership de la mise en place de cette banque, indique Isabelle Hudon. Il reconnaît l’influence des pays de moyenne taille pour redessiner la base industrielle du secteur de la défense entre pays alliés. »

Même son de cloche du côté de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui a également fait allusion au discours de Davos de Mark Carney dans son allocution de bienvenue. Mme Martinez Ferrada a notamment salué la volonté des participants de « se mobiliser comme puissances moyennes pour contribuer à redessiner certains équilibres du monde ». Ancienne députée et ministre libérale, elle a affirmé avoir répondu à l’appel du premier ministre canadien avec « courage et lucidité ».

La mairesse de Montréal a également vanté la dimension internationale de la métropole. Elle travaille depuis plusieurs semaines pour pousser la candidature de Montréal auprès du gouvernement fédéral.

De l’oxygène pour les PME du secteur

La mission première de la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience sera de rendre plus disponible le capital pour les PME du secteur.

« L’accès au capital pour les PME est généralement un défi, tous secteurs confondus, avance Isabelle Hudon. C’est encore plus criant dans le secteur de la défense parce qu’il existe des règles différentes, et un système d’approvisionnement qui est extrêmement lourd, long, compliqué. »

Le principal instrument financier de la Banque DSR sera donc de fournir des garanties de prêts. Elle assurera ainsi une bonne partie, voire l’intégralité, des risques pour un prêt, ce qui devrait inciter les banques commerciales à faire des avances de capital aux PME.

« Les banques commerciales savent que 100 % ou 85 % des risques sont couverts par cette banque-là. On va assister à une augmentation de capital disponible de façon importante », prévient Mme Hudon.

Les entrepreneurs ne viendront pas taper directement à la porte de la Banque DSR : elle interagira avec les banques commerciales pour les inciter à déployer du capital dans le secteur de la défense. Les six grandes banques canadiennes ont d’ailleurs déjà apporté leur soutien à cette initiative.

Selon la négociatrice en chef du Canada, la création de cette nouvelle banque viendra également soutenir la stratégie industrielle de défense dévoilée au mois de mars par le premier ministre Carney.

« Cette stratégie-là ne sera un succès que si on permet à un grand nombre de PME canadiennes d’y participer. Pour que les PME puissent participer aux chaînes d’approvisionnement, elles ont besoin de capitaux, elles ont besoin de financement. »

La création de la Banque DSR au Canada, avec un siège social à Montréal, serait donc une très bonne nouvelle pour les entreprises d’ici, selon Isabelle Hudon.

« C’est certain que, quand le Canada prend le leadership sur la création d’une institution multilatérale, ça ouvre directement et indirectement des marchés. C’est un des bénéfices qui va être très intéressant pour nos entreprises. »

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