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Le mandat du Conseil présidentiel de transition à Haïti étant terminé depuis samedi, la diaspora haïtienne établie au Canada craint que les prochaines élections générales soient une fois de plus retardées dans ce pays où il n'y a pas eu de scrutin depuis près de 10 ans.
Le conseil a été instauré en 2024, et aujourd’hui, il n’y a rien. Aucun des aspects de son mandat n’a été atteint , constate Roromme Chantal, professeur agrégé en sciences politiques à l’Université de Moncton.
Au niveau de la sécurité, je crois que la situation a même empiré, puisque les gangs ont encore gagné du terrain, déplore-t-il.
Qu’est-ce que le Conseil présidentiel de transition?
Après l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, les gangs criminalisés ont pris le contrôle de la capitale, Port-au-Prince. Le président par intérim Ariel Henry a tenté en vain d’asseoir son autorité, jusqu’à ce que la situation s’enflamme de nouveau en 2024.
Le président Henry s’est alors rendu au Kenya pour tenter d’obtenir une assistance dans son combat contre les gangs, mais il n’a jamais pu rentrer en Haïti par la suite. Les gangs ont encerclé l’aéroport international et les bâtiments du gouvernement haïtien, menant ultimement à la démission d’Ariel Henry. Une force de sécurité kényane a tout de même pu se rendre à Port-au-Prince, grâce notamment à la collaboration de l’ONU, mais avec une efficacité très réduite.
Dans l’urgence, un Conseil présidentiel de transition est formé en avril 2024 afin d’organiser de nouvelles élections d’ici deux ans. On visait la date symbolique du 7 février 2026 pour tenir le scrutin, date qui commémore les quarante ans de la fin de la dictature en Haïti. Or, le jour même, devant l’échec de son mandat, le Conseil présidentiel annonce sa dissolution.

Il y a quarante ans jour pour jour, le 7 février 1986, le dictateur « Baby Doc » Jean-Claude Duvalier est chassé du pouvoir en Haïti, ouvrant la voie à un régime démocratique. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Eduardo Munoz
Outre la tenue d’élections, le Conseil présidentiel de transition avait aussi comme mandat de ramener la sécurité dans les rues de Port-au-Prince. Mais, selon l’ONU, la situation ne s’est guère améliorée : les affrontements auraient fait 6000 victimes en 2025 seulement, tandis que les gangs ont élargi leur emprise à 90 % du territoire de la capitale. La corruption aurait aussi gagné plusieurs membres du Conseil présidentiel, selon des rapports internationaux.
On s'attendait peut-être pas à un miracle, mais on ne s'attendait pas non plus à autant de scandales. D'où aujourd'hui, la déception qui est énorme.

Une femme passe devant des voitures incendiées par des gangs et utilisées comme barricades en Haïti, lors d'affrontements en janvier 2026.
Photo : Getty Images / CLARENS SIFFROY
À partir de samedi, seul le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé restera en poste au gouvernement. Bien qu’il ne soit pas président, il bénéficie du soutien des États-Unis, qui ont dépêché trois navires de guerre dans la baie de Port-au-Prince la semaine dernière.
C’est un appui clair qu’ils ont donné au premier ministre, qui était pris dans des querelles avec le Conseil présidentiel, observe Harold Isaac, journaliste pour Reuters à Port-au-Prince.
Mais la légitimité du premier ministre est limitée, puisqu’il n’a pas été élu et qu’il n’a aucune emprise sur le territoire des gangs. Son régime sera somme toute assez faible politiquement, explique Harold Isaac.
Quel gouvernement pour demain?
Même si Alix Didier Fils-Aimé sera officieusement responsable de l’organisation des premières élections présidentielles depuis 2016, peu de personnes croient qu’il sera en mesure de réussir là où le Conseil présidentiel a échoué.

Le premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé s'exprime lors de la cérémonie marquant la fin du Conseil présidentiel à Port-au-Prince, en Haïti, le samedi 7 février 2026.
Photo : Associated Press / Odelyn Joseph
En décembre dernier, les autorités haïtiennes de transition avaient pourtant annoncé l’organisation d’élections législatives et présidentielle cet été, souhaitant réaliser le premier tour le 30 août 2026.
Je ne vois pas comment on pourrait penser à l'organisation d'élections [cette année], avance le professeur Roromme Chantal. Dans un pays où la circulation est complètement paralysée, les citoyens ne peuvent pas vaquer à leurs activités et les bandes armées continuent d'occuper le terrain et de freiner toute activité politique.
Même son de cloche du côté de la diaspora haïtienne rencontrée à Montréal. En tant qu’Haïtien, j’aimerais bien qu’il y ait des élections. Mais en ce moment, avec ce qui se passe, comment? , se demande Adam-Grégory Sérémé, un coiffeur rencontré dans le quartier Villeray.
Écoutez, j’ai failli être victime des gangs plusieurs fois. Si vous voulez traverser la rue, il faut appeler un ami [plus loin] et lui demander si vous pouvez passer. Donc, pour la population qui va aller voter, comment peut-on gérer la sécurité?

Adam-Grégory Sérémé est membre de la diaspora haïtienne à Montréal.
Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Trozzo
Mais pour certains acteurs de la société civile haïtienne, comme Ginette Perrodin Mathurin, instigatrice du mouvement Rassemblement citoyen à Port-au-Prince, la transition démocratique est possible d’ici quelques mois, à condition d’un changement de paradigme.
Je crois à une élection. Mais les politiciens doivent se mettre ensemble, parce qu’imaginez vous que dans un si petit pays, il y a 300 partis politiques, bon Dieu! Ils doivent se regrouper dans des partis plus importants, qui portent une idéologie ou un projet de société, de manière à faire des élections crédibles, souligne-t-elle.
Dans tous les cas, Ginette Perrodin Mathurin croit que la dissolution du Conseil présidentiel créera certainement un vide politique qui pourrait mener à des tensions.
Ça chauffe ici à Port-au-Prince. On voit dans les rues que la police prend des dispositions au cas où il y aurait des émeutes, dit-elle, disant espérer que les Haïtiens du Canada comprennent le dilemme que vivent les Haïtiens qui ont décidé de rester chez eux.
Avec les informations de Louis-Philippe Trozzo


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