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Diamanti est un projet éminemment personnel pour le cinéaste italo-turc Ferzan Özpetek, qui s’est inspiré de son expérience comme aide-réalisateur, dans les années 1980, pendant lesquelles il a fréquenté les plus grands ateliers de costumes de cinéma et de théâtre, sanctuaires de beauté qui ont à jamais marqué son imaginaire, pour créer l’univers de son film.
Il se met d’ailleurs en scène dès le début du film, où l’on voit un réalisateur réunir autour d’un repas ses actrices préférées, celles avec lesquelles il a travaillé et celles qu’il rêve de diriger, pour leur parler de son nouveau projet ; un film mettant les femmes, et les liens qui les unissent, à l’honneur.
En les observant, en se laissant inspirer par leurs échanges, leurs rires, leurs élans, il laisse son imaginaire propulser l’ensemble de la tablée quelques décennies plus tôt, en 1974, dans un costumier dirigé par deux sœurs, Alberta (Luisa Ranieri) et Gabriella (Jasmine Trinca), dans lequel travaillent inlassablement une douzaine de couturières, une teinturière (Nicole Grimaudo) et une cuisinière (Mara Venier).
Les dissensions, déjà très présentes, se multiplient lorsque le studio se voit confier la confection des costumes d’époque d’un film se déroulant au XVIIIe siècle, conçu par la réputée designer Bianca Vega (Vanessa Scalera).
Ce sont donc 18 comédiennes — toutes grandioses — que se propose de filmer Ferzan Özpetek, dans une magistrale chorégraphie qui fait la part belle aux petites mains invisibles qui transforment les tissus et les boutons en œuvres d’art, et aux grandes âmes qui les font vivre.
Pour que l’hommage soit complet, il aurait toutefois fallu que le cinéaste parvienne à s’effacer. Or, l’équilibre entre son ego et son sujet se rompt constamment, tant à cause de la lourdeur de sa main sur les stéréotypes que pour sa dénonciation très appuyée du patriarcat, ici décliné sous toutes ses facettes.
Ainsi, en plus des tensions entre les deux sœurs, qu’on devine porteuses d’une tragédie, sur les budgets, les échéances et la manière de mener la compagnie, Diamanti se penche sur les luttes quotidiennes de celles qui en peuplent les murs, toujours en lien avec les hommes, présents ou absents, de leur vie, et sur la sororité qui se met tranquillement en place pour les dépasser. Les dynamiques de violence conjugale, le deuil d’un enfant, la monoparentalité et les limites du militantisme au féminin sont également abordés dans ce récit à tiroirs qui demeure en surface, sans trop perdre en rythme.
Même si le scénario et la somptueuse mise en scène penchent souvent du côté du mélodrame — un état de fait renforcé par une trame sonore digne d’un roman savon —, il y a quelque chose d’irrésistible dans le film de Ferzan Özpetek, qui demeure pourtant difficile à définir.
C’est peut-être ce regard amoureux, posé sur des actrices en pleine possession de leurs moyens qui attirent la caméra sans jamais éclipser leurs comparses. Ou ce vivre-ensemble excentrique à l’italienne, une dolce vita à laquelle on ne rechignerait pas de participer. Ou cette effusion de couleurs, de tissus, de détails sensoriels qui mettent en valeur toute la beauté et la précision de l’artisanat. Ou encore cette réalisation collective de leur valeur par ces femmes profondément attachantes.
On est ici devant un réalisateur qui se fait plaisir en s’inscrivant ostensiblement dans une tradition cinématographique portée par des cinéastes adorateurs de leurs actrices — François Ozon et Pedro Almodóvar en tête — qu’il cherche à émuler, et dans laquelle on se complaît avec ravissement.


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