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La salle Bourgie présentait, lundi, le premier des concerts réunissant Marc-André Hamelin et Charles Richard-Hamelin pour une soirée à deux pianos. Après une prestation au Club musical de Québec, mardi, les artistes seront de retour à Montréal mercredi et jeudi.
L’affiche attire indubitablement. Le concert de lundi à la salle Bourgie était la supplémentaire du duo et la soirée a fait salle comble, comme les autres. Tout cela est bénéfice pour tous, car l’affinité va au-delà du jeu patronymique. L’association avait été tentée au Festival de Lanaudière en 2022 et nous avions titré : « Bien plus qu’une idée amusante ». À l’époque, le tandem avait joué la Sonate pour deux pianos et le Concerto pour deux pianos de Mozart. Cela nous amène au programme du récital de 2026, qui est son premier atout.
Le duo part de la même Sonate de Mozart pour nous amener bien vite sur d’autres rives, bien plus pertinentes d’ailleurs. L’idée de finir sur la Fantaisie sur Porgy and Bess de Gershwin concoctée par le pianiste australien Percy Grainger est remarquable. L’arrangement est efficace, les mélodies irrésistibles et pourtant l’œuvre relativement peu jouée par les duos. L’enregistrement qui l’a fait connaître est celui des sœurs Labèque chez EMI et un autre duo, Genova-Dimitrov, a publié sa version en 2022 chez CPO.
L’élément particulièrement intéressant y est que les pianistes se relayent pour mettre en avant les mélodies et qu’il s’agit vraiment d’une partition de piano généreuse, qui met tout en valeur : le jeu, la symbiose artistique, la générosité et la fusion sonore.
Menu original
C’est là que l’exercice « 2 pianos » en vaut la peine. Car, si l’on revient au début du concert, on ne nous ôtera pas de l’esprit que, malgré la qualité artistique, le délié et la verve des pianistes, la Sonate K. 448 de Mozart sur deux gros Steinway dans une si « petite » salle résonante, c’est vraiment beaucoup de décibels. En entendant débuter le concert ainsi, on ne pouvait s’empêcher de penser à l’anachronisme de ces deux « paquebots sonores » servant (ou desservant) une œuvre faite sur mesure pour deux pianoforte dans un salon feutré.
Entre Mozart et Grainger nous avons eu une œuvre rare de Chopin, un Rondo pour deux pianos, deux pièces de Medtner la première (Un conte) excellente, la seconde (Chevalier errant), un peu longuette, bien à la manière de Medtner, dont l’esprit de synthèse n’est pas le fort, et Chaminade. Preuve que la musique de qualité n’a pas de genre, c’est ce Pas des cymbales (pour piano à quatre mains, mais joué à deux pianos), une habile espagnolade, qui a particulièrement attiré l’attention.
Programme original, très divers et toujours intéressant, donc, pour un duo qui n’est pas qu’une affiche, mais s’est vraiment pris au jeu, comme on le voyait non seulement à travers la volonté de perfectionnisme dans la manière de respirer musicalement en phase, mais aussi dans le plaisir que les deux artistes prenaient à chercher cette communion. On sait, par exemple, que les deux Hamelin partagent une forme de fascination pour Medtner. C’est ce qui a sans doute rendu la chose fort digeste. Et personne ne cherchait à tirer la couverture à lui lors de cette belle soirée complice.


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