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Le temps presse pour l’une des centrales électriques les plus polluantes du Canada, et deux communautés mi’kmaw du Nouveau-Brunswick estiment qu’une centrale nucléaire transportable appartenant à des Autochtones pourrait contribuer à l’engagement du pays à développer des énergies plus propres.
Les dirigeants de Pabineau (Oinpegitjoig) et d’Eel River Bar (Ugpi’ganjig) indiquent qu’ils étudient une proposition visant à accueillir un petit réacteur modulaire (SMR) près de la centrale de Belledune, qui doit cesser d'utiliser le charbon comme combustible d’ici 2030.
Au cours de la première phase du projet, la centrale pourrait fournir suffisamment d’électricité de base pour alimenter jusqu’à 40 000 foyers.
La quantité de CO₂ rejetée dans l’environnement est astronomique, a déclaré le chef de Pabineau, Terry Richardson, qui envisage de partager les retombées économiques si le projet se concrétise.
Pour l’instant, le projet se situe sur le territoire traditionnel de Pabineau et d’Eel River Bar, et c’est nous qui le dirigerons, a-t-il précisé. Mais à un moment donné, pourquoi toutes les communautés des Premières Nations du Nouveau-Brunswick n’en tireraient-elles pas profit?
Les petits réacteurs modulaires tirent leur nom du fait qu’ils produisent environ le tiers de la puissance d’un réacteur nucléaire de taille industrielle, comme le CANDU-6 d'Énergie NB, qui peut fournir jusqu’à 40 % des besoins en électricité du Nouveau-Brunswick.
De plus, leurs composants sont modulaires, ce qui signifie qu’ils peuvent être fabriqués en usine à un endroit, puis être assemblés ailleurs.

Financée en partie par une subvention de 2,75 millions de dollars du gouvernement fédéral, l’entreprise Prodigy Clean Energy affirme mettre au point des centrales nucléaires transportables qui pourraient être expédiées depuis le port de Belledune vers le Nord canadien.
Photo : Prodigy Clean Energy
Prodigy Clean Energy, une entreprise canadienne qui a rencontré des membres des Premières Nations, affirme que la prochaine étape du projet consisterait à mettre sur pied un parc commercial de centrales nucléaires transportables, assemblées au port de Belledune et expédiées vers n’importe quelle destination dans le monde.
C’est un acte de foi envers une technologie qui n’a pas encore été mise en œuvre dans les délais et les limites du budget prévu dans les pays du G7, mais l’entreprise, qui a reçu 2,75 millions de dollars de financement fédéral, a retenu l’attention des communautés et a su gagner leur confiance.
Karen Narvie, conseillère d’Eel River Bar, affirme que la proposition de partenariat de Prodigy a été perçue comme honnête et sincère lors des assemblées communautaires.
Elle ajoute qu’il y a maintenant un intérêt croissant pour l’organisation d’un voyage en autobus communautaire vers la centrale nucléaire de Point Lepreau.
Les dirigeants de la communauté devraient également se rendre en Ontario cet automne, où le premier réacteur modulaire de petite taille (SMR) du Canada est en construction.
Je crois que c’est l’un des aînés qui a demandé : "Pouvons-nous aller visiter ces centrales? Pouvons-nous aller voir par nous-mêmes de quoi il s’agit?", a déclaré Mme Narvie.
Le projet de nouvelle centrale nucléaire de Darlington, qui vise la construction de quatre réacteurs modulaires de petite taille (SMR), sera détenu en partie par sept Premières Nations de l’Ontario.
Une participation dans un projet nucléaire basé au Nouveau-Brunswick ne devrait pas tarder à suivre, affirment les deux dirigeants mi’kmaw.

Karen Narvie, conseillère d’Eel River, affirme que sa communauté souhaite faire avancer des projets qui favorisent un environnement propre et des emplois de qualité.
Photo : Mike Heenan/CBC
Mme Narvie, qui est grand-mère, explique que sa communauté, qui compte 900 membres inscrits, connaît une croissance rapide, et que la santé de leurs futurs enfants dépendra de nouvelles sources de revenus – qu’il s’agisse de la vente d’énergie nucléaire ou de l’utilisation de cette énergie pour stimuler de nouvelles industries et créer des emplois.
De nombreux changements s’annoncent à Eel River Bar, a indiqué Mme Narvie. On voit beaucoup de gens faire du jogging. On voit beaucoup de gens prendre soin d’eux-mêmes et s’impliquer auprès de leurs enfants, depuis leur plus jeune âge jusqu’à l’âge adulte.
Tout projet approuvé par la collectivité devra contribuer à son bien-être général, a-t-elle ajouté, soulignant le besoin de services de santé, de logements et d’équipements supplémentaires, comme une patinoire.
Soutien à la renaissance nucléaire
La nouvelle stratégie canadienne en matière d’énergie nucléaire, dévoilée le 26 juin, prévoit la construction d’un maximum de 10 nouveaux réacteurs à grande échelle au Canada et précise qu’au moins un réacteur – qui pourrait être un réacteur modulaire de petite taille – devra être mis en service à l’extérieur de l’Ontario d’ici 2035. Le mode de financement de ces projets n’a pas encore été révélé.
Un projet de politique sur le financement est promis d’ici avril prochain, mais Ottawa a déjà laissé entendre que le Canada devrait utiliser ces projets pour faire progresser la réconciliation économique.
Le renforcement des capacités autochtones et la participation aux capitaux – y compris l’emploi direct au sein de la main-d’œuvre nucléaire – constitueront un élément clé et une priorité dans les décisions fédérales en matière de financement, précise la stratégie.

Mathias Trojer, président et chef de la direction de Prodigy Clean Energy, affirme que les petits réacteurs modulaires pourraient être acheminés par bateau vers des collectivités isolées et côtières, puis retirés par bateau, sans laisser de déchets ni entraîner de coûts de nettoyage.
Photo : Roger Cosman/CBC
Mathias Trojer, président de Prodigy Clean Energy, affirme qu’une centrale nucléaire transportable installée au Nouveau-Brunswick pourrait aider le pays à atteindre plusieurs objectifs nationaux, en fournissant de l’électricité à des régions qui n’ont pas accès au réseau.
Notre technologie représente véritablement une occasion d’apporter de l’électricité dans le Nord et de contribuer à fournir une alimentation de base fiable aux collectivités, mais aussi de répondre aux besoins des applications de défense, tout en aidant le Canada à explorer les immenses gisements minéraux inexploités du Nord, a affirmé M. Trojer lors d’une conférence sur les réacteurs à petite puissance, qui s’est tenue à Saint-Jean au début du mois de juin.
Il a expliqué que les centrales SMR pourraient être transportées par navire de transport lourd vers des collectivités isolées et côtières.
Elles pourraient également être retirées par bateau, sans laisser de déchets ni entraîner de coûts de nettoyage, a-t-il ajouté.
À la fin de leur cycle de vie, on a la possibilité de les retirer exactement de la même manière qu’on les a amenées sur place. Il n’y a donc pas d’installations obsolètes laissées sur place ni de processus de déclassement s’étalant sur plusieurs années, a expliqué M. Trojer.
Le ministre de l’Énergie du Nouveau-Brunswick, René Legacy, a indiqué que la Russie avait déployé une centrale nucléaire flottante et que le Canada envisageait de mettre cette technologie à l'essai.
D’après ce que j’ai compris, le gouvernement fédéral est intéressé, mais il ne souhaite pas mener ce projet pilote dans une région nordique isolée, où il serait difficile d’effectuer des réparations ou des modifications, a dit M. Legacy.
Il a donc besoin d’un site d’essai, qui serait dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Pas de soutien provincial promis
En 2019, le Nouveau-Brunswick a signé une entente visant à contribuer au développement des réacteurs modulaires de petite taille (SMR) et a, depuis, dépensé plus de 31 millions de dollars auprès de deux fournisseurs, ARC Clean Energy et Moltex.
M. Legacy a déclaré que cet argent avait permis au Nouveau-Brunswick de rester dans la course.
Il a souligné que les contribuables du Nouveau-Brunswick ne seraient pas appelés à assumer seuls la facture de futurs projets nucléaires dont la viabilité économique ne serait pas démontrée, surtout après tous les investissements consacrés à Lepreau pour aider ce réacteur à atteindre ses objectifs de rendement.
Si l’entreprise présente une proposition qui réduit le risque et qui devient comparable à d’autres propositions dont le parcours vers la réalisation est mieux défini, tant que ce risque n’est pas assumé par les contribuables, alors nous sommes intéressés, a précisé M. Legacy.
Mme Narvie a indiqué que ses amis et ses voisins avaient encore des questions concernant la sûreté, la sécurité et les répercussions environnementales du projet.
Qu’est-ce qui sera protégé?, demande-t-elle. Notre eau sera-t-elle potable? Nos terres seront-elles préservées? Pourrons-nous pêcher? Pourrons-nous chasser? Pourrons-nous encore cueillir des baies?
Mme Narvie affirme que sa communauté aura davantage à dire au sujet du nucléaire après les excursions en autobus prévues cet automne.
D'après un texte de Rachel Cave, de CBC News


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