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Alors que le projet de mégacentre de données de Keel Infrastructure a suscité beaucoup d’intérêt dans les dernières semaines, deux autres entreprises de cryptomonnaie installées à Sherbrooke ont aussi entamé un processus pour transformer leurs bâtiments en centre de données pour un usage non cryptographique.
Sur la nouvelle page du site de la Ville de Sherbrooke regroupant l’ensemble des informations portant sur le projet de mégacentre de données, la Ville parle plutôt des centres de données, citant deux autres demandes d'entreprises de moins grande envergure qui désirent modifier leur vocation dans le parc industriel.
Le projet de mégacentre de données de Keel Infrastructure, anciennement Bitfarms, est référé par Sherbrooke comme un projet de Backbone Hosting Solutions inc. qui réunirait sous un même toit leurs trois sites existants pour un total de 96 mégawatts (MW), mais la Ville mentionne aussi des ententes avec l'entreprise Hébergement ASCI Canada sur la rue Brodeur pour 6 MW et avec une compagnie à numéro référant au Groupe énergétique CentHill, se trouvant sur le site de l'ancienne Santana, pour 20 MW.
Ces entreprises ont toutes les deux déposé une demande pour changer leurs activités dans leurs bâtiments afin de passer d’un centre de données pour un usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs à un centre de données pour un usage général non cryptographique.
Il s’agit de la même catégorie d’usage visé par Keel Infrastructure, mais le champ d'activités souhaité par ces entreprises n’est pas indiqué. Dans les trois cas, la puissance totale demandée à Hydro-Sherbrooke est la même que celle qui était accordée pour la cryptomonnaie, soit 122 MW en tout.

L'entreprise Hébergement ASCI Canada se situe sur la rue Brodeur.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Dugas
Dans une déclaration écrite, la Ville de Sherbrooke rappelle que le processus d'étude des trois dossiers a été présenté au cours de l'été. La signature des avenants ne constitue donc pas une autorisation finale d’exploiter les sites comme centres de données, souligne la Ville.
Sous le radar
À la séance du conseil municipal de Sherbrooke du 7 juillet, la vente d’un terrain municipal pour le projet de mégacentre de Keel Infrastructure a pris toute la place, mais deux autres points à l’ordre du jour abordaient ce changement de cap pour Hébergement ASCI Canada et le Groupe énergétique CentHill.
À ce moment, les élus ont en effet approuvé la signature de deux avenants conditionnels modifiant la convention d’électricité entre la Ville de Sherbrooke et les deux entreprises, ce qui ouvre du même coup la porte à un changement d’usage.
Dans une présentation en comité plénier le 1er septembre, les fonctionnaires de la Ville de Sherbrooke ont donné plus de détails aux élus. La condition qu’on retrouve dans tous les avenants, c’est l’approbation par le conseil municipal d’une demande d’usage conditionnel pour “centre de données”, a expliqué la conseillère stratégique au service du greffe, Line Chabot.
D’autres conditions incluent entre autres l’obligation de relier leurs génératrices et de ne pas dépasser la puissance maximale allouée précédemment.
Nécessairement, ce dossier-là va revenir vers [les élus] parce que toutes les entreprises vont devoir déposer une demande d’usage conditionnel. Il n’y a aucune des zones actuelles qui autorisent les centres de données de plein droit.
Après une analyse au comité exécutif et au conseil municipal de Sherbrooke, une demande de modification de la réglementation est attendue à l’automne. Les entreprises devront par la suite attendre un délai de six à huit mois pour déposer leur demande d’autorisation d’un usage conditionnel pour centre de données.
Les élus ne sont toutefois pas dans l’obligation d’attendre ce délai pour se prononcer sur la demande d’usage conditionnel, précise Mme Chabot. Ils peuvent, par exemple, solliciter l’avis d’experts en amont.

Une manifestation contre le projet de mégacentre de données a été organisée à la fin septembre. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Charlotte Dubois
Lors du dépôt de la demande d'autorisation anticipée en 2027, ce sera au tour de la Ville de Sherbrooke d’analyser et de soumettre sa propre recommandation au conseil municipal, qui devra prendre position. Avec une autorisation des élus, une conversion des sites pourrait être effective en 2028.
Au moment d'écrire ces lignes, Hébergement ASCI Canada et le Groupe énergétique CentHill n’ont pas répondu aux demandes d'entrevues de Radio-Canada. La mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, a refusé de commenter la situation.
Le plan B de Keel Infrastructure
Dans cette même présentation en septembre, la Ville de Sherbrooke a confirmé les deux scénarios visés par Keel Infrastructure.
Si le déménagement vers le mégacentre n’est pas approuvé par la Ville, la compagnie veut imiter Hébergement ASCI Canada et le Groupe énergétique CentHill en demandant un changement d’activités pour un usage général non cryptographique pour ces trois bâtiments de 48 MW, 30 MW et 18 MW respectivement.

Keel Infrastructure vise un terrain sur le boulevard Industriel à Sherbrooke pour son mégacentre de données. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux
Concernant la vente conditionnelle du terrain industriel, Keel Infrastructure doit attendre un délai de six mois pour déposer une demande d’autorisation d’usage conditionnel. En plus de l’approbation du conseil municipal, l’obtention d’autorisations ministérielles, notamment au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) pour les conventions d’électricité, est nécessaire.
Si toutes les étapes sont franchies, les travaux de raccordement et le permis de construction pourraient être approuvés en 2028. Keel Infrastructure aurait par la suite cinq ans à partir de la signature du contrat de vente pour construire son mégacentre de données.


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