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Souleymanou Tobi, 43 ans, père de six enfants, est mort le 11 juin 2026 à la prison centrale de Kondengui, le jour même où il devait comparaître au tribunal militaire de Yaoundé. Son décès relance une question que personne au sommet ne semble pressé de trancher : que fait-on des quelque 150 détenus de la crise post-électorale de 2025, toujours incarcérés sans jugement définitif ?
Des audiences au compte-gouttes, des dossiers qui s’enlisent
Le calendrier judiciaire donne le ton. Depuis janvier 2026, les audiences se tiennent au rythme d’une seule par mois devant le tribunal militaire de Yaoundé. « Si on continue à ce rythme, il va falloir dix mois supplémentaires pour avoir les premières décisions », alerte un avocat de la défense, dont le nom n’a pas été communiqué.
Ce 11 juin, l’audience a quand même eu lieu, malgré la mort de Souleymanou Tobi survenue quelques heures plus tôt. Elle a duré plus de huit heures pour traiter moins d’une dizaine de dossiers. Renvoi au 22 et 24 juin.
Interpellé le 27 octobre 2025 près de son domicile de Tsinga, Souleymanou Tobi avait suivi le parcours commun à la plupart des détenus : garde à vue à Mfou, transfert au groupement de gendarmerie, passage au service central de recherche, présentation devant un juge environ trois mois après l’arrestation. Puis l’attente.
Me Ghislain Rodrigue Ateba, l’un des avocats de la défense, ne mâche pas ses mots : « Au fil des jours on découvre des dossiers vides, des accusations tatillonnes. » Me Batam Nkolong va plus loin, citant le cas d’un détenu emprisonné depuis près d’un an pour avoir partagé un procès-verbal dont il était lui-même scrutateur. « Ça n’a pas de sens », tranche-t-il.
Une mobilisation qui s’effrite, un vide politique qui pèse
Hors de Yaoundé, le tableau est identique. À Bafoussam, l’audience des 46 prévenus a été renvoyée faute d’avocats disponibles. À Garoua, des reports s’accumulent pour cause d’effectifs réduits. À Douala, une centaine de détenus à New-Bell et Ngoma attendent encore que le tribunal militaire se prononce.
Pourtant, la pression politique s’est considérablement affaiblie. Issa Tchiroma Bakary, figure de la contestation postélectorale, a choisi l’exil. Le décès d’Anicet Ekane a laissé un vide difficile à combler. « La mobilisation n’est clairement pas la même qu’en 2018 », confie un analyste politique. Ni Djeukam Tchameni, ni Parfait Mbvoum, ni André Blaise Essama ne disposent d’un appareil politique capable de peser sur le rapport de force.
Mais il y a une note, légèrement positive. Le tribunal militaire a commis deux nouveaux juges sur des dossiers regroupant respectivement 29 et 46 personnes, ce qui pourrait réduire les délais. Une personne accusée de propagation de fausse nouvelle a été libérée. Abdou Mambila, ancien détenu et critique du pouvoir, avait recouvré la liberté en mai. Il est décédé le 17 juin des suites d’une courte maladie.
On ne sait pas encore combien de temps ce dossier restera dans les tiroirs de la justice camerounaise.
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Christiane Tamoura Engo
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.


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