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Destiné à la chirurgie, il troque le scalpel pour la scène

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Alors que sa famille le destinait à une prestigieuse carrière chirurgicale, Sugith Varughese, un artiste de la Saskatchewan, a tracé son propre chemin dans l'audiovisuel canadien, finissant par incarner sur le petit écran la profession qu'il avait pourtant délaissée.

On pourrait dire que la médecine coule dans les veines de Sugith Varughese. Entre un grand-père médecin, un père neurochirurgien, un oncle et plusieurs cousins exerçant la profession, son destin semblait tout tracé.

Pourtant, l'homme a choisi une direction radicalement différente, au grand dam de ses proches.

Je pense que mon père voulait que je sois chirurgien cardiaque, parce que les chirurgiens cardiaques sont les vedettes de la médecine , confie Varughese avec une pointe d'humour. Mais j'ai fini par jouer 26 Doctors à la télé. J'espère donc que cela a compensé.

C'est d'ailleurs ce chiffre symbolique qui donne son titre à sa pièce solo, 26 Doctors, qu'il présentera au Broadway Theatre de Saskatoon le 23 avril prochain. L'œuvre se veut une exploration profonde des attentes culturelles, du typage lors des auditions et de son expérience en tant que seul enfant de couleur à l'école.

Un pionnier de la diversité malgré lui

Il y a 50 ans, lorsqu'il s'inscrit à l'Université de la Saskatchewan, Sugith Varughese entame pourtant un cursus de prémédecine.

Il croit d'ailleurs être le seul étudiant de l'époque à avoir mené de front cette formation scientifique et une majeure en art dramatique.

Sa percée survient au début des années 1980, non pas devant la caméra, mais par la plume. CBC/Radio-Canada accepte alors de produire une comédie romantique qu'il a écrite, centrée sur un personnage indien inspiré de sa propre vie.

Le chemin vers le jeu d'acteur fut toutefois semé d'embûches liées aux préjugés de l'époque.

Je ne pensais pas pouvoir être acteur à l'époque parce qu'il n'y avait pas d'acteurs bruns , se souvient-il. Ils ont failli confier le rôle à un Howie Mandel [avant qu'il ne soit célèbre] maquillé en brun, jusqu'à ce que je les supplie de me laisser passer l'audition pour mon propre film. Et j'ai décroché le rôle.

Le Dr George Varughese ici accompagné de sa femme Susy et de leur fils Sugith.

Le Dr George Varughese a déménagé en Saskatchewan pour exercer comme neurochirurgien, accompagné de sa femme Susy et de leur fils Sugith.

Photo : Soumise par Sugith Varughese

L'espoir d'un Batman brun

Depuis ce premier succès, Sugith Varughese n'a jamais cessé de travailler. Le public a pu voir son visage dans des productions marquantes telles que Degrassi : La Nouvelle Génération, La Petite Mosquée dans la prairie, Kim’s Convenience ou encore la série médicale Transplanté. Malgré ce CV impressionnant, l'acteur conserve une autodérision typiquement canadienne.

J'attends toujours ma grande chance. C'est le Canada, vous savez ; faire partie du milieu du spectacle canadien, c'est comme être dans le programme de protection des témoins, plaisante-t-il, avant de souligner plus sérieusement sa gratitude d'avoir pu évoluer de manière constante dans le milieu depuis 40 ans.

Ce que j'aime le plus, c'est que je jouais des personnages d'immigrants, je jouais mon père, je jouais des gens que je connaissais.

Pour lui, l'essentiel était d'insuffler de la dignité et de l'humour à ces rôles, une mission dont il se dit aujourd'hui très fier.

Si le fait d’avoir souvent interprété le rôle de médecin découle, selon lui, des attentes culturelles pesant sur les enfants d’immigrants d’Asie du Sud, il observe avec optimisme l’évolution de l’industrie.

Se considérant comme un pionnier ayant ouvert la voie bien avant que la diversité ne devienne une priorité institutionnelle, il se réjouit des occasions accrues pour la nouvelle génération.

Son souhait ultime reste néanmoins de voir des acteurs de couleur obtenir des rôles qui ne sont pas définis par leur origine ethnique.

Quelqu'un m'a demandé : "Comment saurez-vous que l'objectif est atteint?" J'ai répondu : "Quand il y aura un Batman brun", conclut-il. J'espère être encore vivant pour voir cela arriver.

Avec les informations de Janani Whitfield

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