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Certains appellent ça le destin, d’autres le hasard. Dans les deux cas, ces concepts sous-entendent une perte de contrôle. Et s’il y a bien une chose que les athlètes détestent, c’est de ne pas être maîtres de leur…destin, justement.
C’est pour cela qu’on leur apprend, très tôt, à contrôler ce que tu peux contrôler, probablement la phrase la plus souvent écrite et entendue dans l’entourage d’une équipe professionnelle de hockey.
Ce qu’il pouvait contrôler, le Canadien y est parvenu en bonne partie lors de ce sixième match perdu in extremis 1-0 en prolongation, le quatrième duel de la série à repousser la limite usuelle des 60 minutes, un match devenu un classique instantanément, selon l’entraîneur du Lightning, Jon Cooper. La série est maintenant égale 3-3.
Les Montréalais se sont offert de belles chances de marquer, deux poteaux, de nombreux surnombres et se sont butés à un gardien, Andrei Vasilevkiy, au sommet de son art, désireux de faire oublier son erreur du match précédent devant Alexandre Texier. Ivan Demidov a disputé son meilleur match du tournoi et Cole Caufield, apparaissant ici et là, a obtenu quelques occasions bien franches. Un pas dans la bonne direction, dans son cas.
C’était tout un match de hockey. Je pense que les deux équipes ont joué leur meilleur match de la série. On a eu nos chances. J’ai adoré le match, à part le résultat qui est décevant, a lancé Martin St-Louis.
Je ne sais pas ce qu’on aurait pu faire de plus à part mettre la rondelle dans le filet. On a généré une tonne de chances, des surnombres, on a eu des avantages numériques. C’est un de nos meilleurs matchs et on a perdu, a laissé tomber Nick Suzuki.
Cela dit, dans l’autre camp, le Lightning a fait exactement la même chose. Les Floridiens, eussent-ils été battus, auraient sûrement tenu le même discours. Ce match, à l’image de cette série, ne tenait qu’à un cheveu et il serait futile de le couper en quatre pour disséquer où, exactement, la rencontre s’est jouée, où le CH a failli.
Y avait-il un peu de tension dans l’air? Certainement. On a vu des joueurs des deux équipes échapper bêtement la rondelle à l’occasion, précipiter leurs gestes. Dans un contexte pareil, ça se comprend.
Conséquemment, le jeu s’est ouvert. Il y a probablement eu plus de surnombres dans ce seul match que lors des cinq premiers duels réunis. Phillip Danault a rappelé que [les deux équipes] s’étudient. Il a noté les failles qui apparaissent et qui expliquent pourquoi, à son avis, on s’est échangé coup pour coup dans ce match drôlement excitant.
Je ne sais pas pour eux, mais on a été beaucoup trop agressifs en zone neutre, a estimé Cooper. C’était peut-être les nerfs. Tout le monde était tellement motivé. Après tout, c’est une bande de jeunes qui jouent devant une foule survoltée. Pouvez-vous l'imaginer, a-t-il demandé à un parterre de journalistes incapables de le faire pour des raisons évidentes.
Quiconque prétendrait pouvoir prédire l’issue de cette série aurait l’air d’un vilain diseur de bonne aventure. Le fait demeure, toutefois, que le CH vient de gaspiller une splendide occasion d'envoyer le Lightning en vacances.
Tant d’apprentissages
Malgré la déception certainement vive, le moral des troupes a paru bon dans le vestiaire. Tout le monde avait cet air professionnel, rigoureux. Oui, monsieur le scribe, ça fait toujours mal de perdre un match en prolongation, mais c’est la vie.
Ça va prendre sept matchs et on vit bien avec ça, a assuré Jake Evans.
Deux fois déjà, dans cette série, le Canadien a dû faire preuve d’abnégation. Il a perdu ses deux premiers matchs alors qu’il menait après deux périodes : le premier en ayant permis à Nikita Kucherov de créer l’égalité à environ sept minutes de la fin et le deuxième en laissant filer la seule avance de deux buts qu’une équipe a eue depuis le début de ce choc.
Le Canadien de l’an dernier se serait probablement effondré après un de ces deux moments pivots. En fait, c’est exactement ce qu’il lui est arrivé au quatrième match contre Washington. Ce groupe, quoiqu’encore très jeune, est fort différent de l’édition 2024-2025. Il progresse vite et peut certainement s’inspirer de la façon dont il a su rebondir à deux reprises à ce jour. Cela semble bien légitime que ces deux équipes se retrouvent pour une dernière passe d’armes.
Ce sera une nouveauté, ce match numéro sept. Ça fait cinq ans que le CH n’en a plus disputé. C’était dans un amphithéâtre vide, à Toronto, en 2021. Six joueurs de la formation d’aujourd’hui y étaient, dont de tout jeune Nick Suzuki et Cole Caufield.
Même s’il y a six rescapés de cette improbable chevauchée jusqu’en finale en pleine pandémie, cette expérience n’est pas inscrite dans l’ADN de ce groupe. Alors, à bien des égards, ce sera en effet une première.
C’est le destin qui veut ça. Ce sont 20 joueurs qui n’ont jamais joué un match sept [14, NDLR]. Je pense que ça fait partie de notre parcours. Il faut accueillir le moment. C’est de se relever et allons-y.
Va pour le destin alors, puisque St-Louis insiste.
C’est le destin d’une jeune équipe en ascension remplie de promesses qui croise celui d’une formation aguerrie et couronnée, longtemps vue comme la référence à travers la Ligue nationale, mais qui vieillit et n’a pas célébré de succès depuis fort longtemps.
Cette équipe, le Lightning, a perdu ses quatre dernières séries éliminatoires, n’a plus franchi le premier tour depuis 2022. Elle a même été vaincue 11 fois à ses 13 derniers matchs éliminatoires à domicile, là où se jouera le match décisif.
C’est une équipe qui fait moins peur qu’avant.
Ils forment l’une des meilleures équipes depuis longtemps, ils sont des prétendants à la Coupe Stanley depuis longtemps. Mais on est en ascension et je trouve qu’on est aussi bons qu’eux. On peut gagner la série.
Peu importe le résultat dimanche soir, il est de bon ton de croire que le Canadien a déjà gagné, qu’il ressortira grandi de ces incroyables répétitions, dixit Martin St-Louis, et c’est sûrement vrai. Toutes les équipes aussi prometteuses ne franchissent pas les étapes à la même vitesse et le CH a pris de l’avance sur son projet de reconstruction, de l’aveu même des dirigeants.
On pourrait donc croire qu’il n’y a pas d’urgence. Et pourtant…
Si jeune soit-il, le CH est aux portes de l’exploit. Mieux vaut en profiter pendant que ça passe, parce que qui sait ce que le destin nous réserve.


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