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Le quartier en cours d’aménagement autour de l’ancienne brasserie Molson, à deux pas du pont Jacques-Cartier, est appelé à gagner en hauteur. L’arrondissement de Ville-Marie ouvre la voie à des dérogations aux règles d’urbanisme pour que 11 édifices du secteur dépassent les hauteurs autorisées, y compris l’emblématique tour Molson, qui culminera à 120 mètres — soit environ 34 étages, selon les promoteurs du projet.
La hauteur maximale des autres tours du secteur serait de 27 étages, toujours selon les promoteurs. Cette hausse importante de la densité du futur quartier permettrait la construction de 1000 logements de plus que prévu, selon la Ville de Montréal. Le projet passerait de 3200 à 4200 logements.
Cet ambitieux chantier est destiné à transformer l’ancien quartier de la brasserie Molson, qui borde le fleuve sur environ 500 mètres, entre le pont Jacques-Cartier et le Vieux-Montréal. Des logements, des commerces, des bureaux, un hôtel et des parcs publics viendront remplacer les bâtiments industriels. Un espace est aussi prévu pour une école primaire.
Cette mise à jour du futur quartier « s’inscrit dans les nouveaux paramètres du Plan d’urbanisme et de mobilité, qui permet des hauteurs et des densités plus importantes dans le secteur Molson (secteur d’“intensification élevée”). La proposition vise à rehausser la plupart des tours », indique le sommaire décisionnel de l’arrondissement de Ville-Marie adopté mardi.
La mairesse, Soraya Martinez Ferrada, mise en partie sur des tours en hauteur pour soulager la crise de l’habitation. Il s’agit d’une des façons les plus évidentes d’augmenter le nombre de logements, compte tenu du peu de terrains disponibles à Montréal.
Flou autour des logements sociaux
La part de logements sociaux reste incertaine dans le futur Quartier Molson. Les promoteurs du projet, le groupe Montoni et le Fonds immobilier de solidarité FTQ, se sont engagés en décembre 2024 à inclure 20 % de logements sociaux, 20 % de logements abordables et 20 % de logements destinés aux familles — comme le prévoyait le Règlement pour une métropole mixte, aussi appelé « 20-20-20 », créé par l’ancienne mairesse, Valérie Plante.
L’administration Martinez Ferrada a toutefois entrepris de modifier ce règlement pour le remplacer par une cible de 20 % de « logements hors marché », qui comprend des coopératives, des logements subventionnés et une série d’autres habitations décrites comme abordables — mais qui n’ont d’abordables que le nom, selon les comités logement.
« Nous sommes en conversation avec le partenaire [Montoni et le Fonds FTQ] pour qu’il respecte les engagements qu’il a pris avec nous, qu’il a pris avec la Ville », a dit Soraya Martinez Ferrada lors du conseil d’arrondissement de Ville-Marie, mardi. La mairesse de Montréal est aussi mairesse de cet arrondissement, qui englobe le centre-ville.
Question sans réponse
Quelle part de logements sociaux les promoteurs prévoient-ils de construire dans le Quartier Molson ?
« Le Fonds immobilier de solidarité FTQ cherche à appuyer la construction rapide du plus grand nombre de logements abordables possible. Dans le cadre du Quartier Molson et aux côtés de Montoni, nous poursuivons les échanges avec l’arrondissement sur l’inclusion de logements abordables dans le projet », indique Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds de solidarité FTQ.
« Tant que ces discussions se poursuivent, on ne peut pas se prononcer davantage sur cette question », précise-t-il.
Le groupe Montoni refuse aussi de confirmer son engagement de respecter le règlement « 20-20-20 ». « Notre volonté a toujours été d’offrir une diversité de logements répondant aux besoins de tous types de ménages au sein du Quartier Molson. Cette volonté existait avant l’entrée en vigueur du Règlement pour une métropole mixte (RMM) et demeure pleinement au cœur du projet. Nous travaillons de pair avec la Ville de Montréal à cet effet », a fait savoir Frédérick Truchon‑Gagnon, directrice, affaires publiques et communications chez Montoni.
Un contrat « brisé »
Éric Michaud, coordonnateur du Comité logement Ville-Marie, s’indigne du recul apparent de la Ville et des promoteurs du Quartier Molson. « La promesse de plus de 800 logements sociaux s’évapore pour les locataires du Centre-Sud », a-t-il lancé lors du conseil d’arrondissement de mardi.
L’assouplissement du RMM par la nouvelle administration élimine l’obligation d’inclure des logements sociaux — généralement subventionnés par l’État et répondant aux besoins des ménages à faible revenu, selon lui.
Éric Michaud a reproché à la mairesse d’avoir « brisé le contrat social » liant la Ville et les promoteurs. Soraya Martinez Ferrada s’en est défendue.
« Le contrat social et l’engagement qu’on a pris, c’est d’arriver à avoir 20 % de logements sociaux et abordables à Montréal. Des logements hors marché, hors de la spéculation », a dit la mairesse.
Le RMM de Projet Montréal « n’a pas fonctionné », a-t-elle répété. La majorité des promoteurs ont préféré contribuer à un fonds plutôt que d’inclure des logements sociaux, abordables ou familiaux dans leurs développements immobiliers. La nouvelle administration compte plutôt proposer des incitatifs financiers aux promoteurs et aux OBNL, dans l’espoir de stimuler l’offre de tous les types de logements hors marché.
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