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Au cimetière de Fougères (Ille-et-Vilaine), les tombes des morts pour la France en Algérie sont désormais mises en valeur et recensées dans une application mobile. Présentation.
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Par Rémi Charrondière Publié le 27 déc. 2025 à 17h00
« C’est extraordinaire, nos parents auraient été heureux et fiers », souffle, ému, Guy Lucas. Cet habitant du Mans est venu spécialement à Fougères (Ille-et-Vilaine), mercredi 17 décembre, pour une cérémonie pas comme les autres. Son frère Jean-Claude, Mort pour la France en Algérie en 1960, a pour la première fois été sorti de l’anonymat de la tombe familiale.
Comme lui, cinq autres Morts pour la France de ce conflit ont été mis en valeur au cimetière de Fougères. Une action symbolique qui n’a rien d’anodin, permise par le travail minutieux d’Isabelle Cardin, du Souvenir français.
Des tombes silencieuses qui parlent désormais
Car l’association mémorielle a saisi l’urgence de la situation. Enterrés pour l’immense majorité d’entre eux dans des tombes familiales, les Morts pour la France en Algérie sont frappés par deux problèmes : ils sont invisibles et certains sont menacés par des reprises de concessions.
Sauf qu’« être Mort pour la France, ce n’est pas rien », assène Serge Barcellini, président général du Souvenir français. Alors ces soldats sont les premiers à bénéficier de l’action de l’association, qui ambitionne à terme d’agir pour leurs homologues de toutes les guerres.
Pour cela, Isabelle Cardin, déléguée générale adjointe du Souvenir Français d’Ille-et-Vilaine, a passé au peigne fin tous les documents d’archives, afin de faire parler ces « tombes silencieuses ». Un « travail patient, rigoureux et indispensable », salue Mathieu Milesi, adjoint au maire chargé des cérémonies patriotiques.

Péril imminent pour ceux d’Algérie
Car ces soldats qui ont donné leur vie pour leur pays en Algérie souffrent d’un manque de visibilité dans leurs tombes familiales.
« Sur un grand nombre d’entre elles, il n’est pas indiqué qu’ils sont Morts pour la France, car on n’osait pas dire qu’on était en guerre. Mais cela signifie que quand on regarde dans le cimetière les concessions échues, l’entreprise ou la commune n’est pas avertie et la tombe est gérée comme les autres : les ossements vont dans l’ossuaire communal et cette mémoire disparaît », alerte Serge Barcellini.
« Ce lieu essentiel de mémoire est en train de vivre des moments difficiles en France, car de très nombreuses tombes sont en train de disparaître », poursuit-il. L’action du Souvenir français, que son président qualifie de « combat fort », vient donc rappeler qu’elles doivent être maintenues.
Les 24 000 mots de la guerre d’Algérie ne sont pas morts pour rien.
« Si vous voulez partager une histoire commune dans notre pays, il faut déjà être capable de partager une mémoire commune. Et pour cela, il faut marquer sur le terrain les mémoires de la guerre d’Algérie. »

Plaques et cocardes pour des tombes « pas banales »
Dans ce cadre, Fougères fait donc figure de pionnière. Grâce à une convention signée avec la mairie, le Souvenir français a déployé ses outils de préservation et fait de la commune la deuxième à lancer cette campagne nationale, après Caen.
« Sur les huit tombes de soldats Morts pour la France en Algérie que compte le cimetière de Fougères, une se trouve dans l’Enclos du soldat (petit carré militaire) et les sept autres sont des tombes familiales. Parmi elles, une seule porte l’inscription Mort pour la France et les six autres étaient des tombes silencieuses, sans indice de la présence d’un Mort pour la France », expose Isabelle Cardin.

Cette injustice est désormais réparée, puisque ces six tombes ont reçu « une plaque indiquant les nom et prénom du soldat, ses années de naissance et de décès, ainsi que l’inscription Mort pour la France en Algérie ».
À ces plaques s’ajoutent des cocardes du Souvenir français, « qui montrent que ces tombes ne sont pas banales ».
Une appli pour les géolocaliser
Mais ces deux éléments ne sont pas les seuls. « Le troisième acte, c’est que nous mettons une plaque à l’entrée du cimetière qui précise que les tombes des morts pour la France sont veillées par le Souvenir français », avant la quatrième opération, qui est peut-être la plus innovante : GéoMémoire.
Cette application mobile permet de visiter le cimetière avec son téléphone. Les tombes sont cartographiées et celles où reposent des individus recensés par l’association sont géolocalisées. Chacune d’entre elles est dotée d’une fiche : « Vous avez ainsi un texte de deux minutes de lecture sur le destin de celui qui est inhumé. »

Dans ce cadre, en plus de celles des Morts pour la France sont recensées les tombes des Justes parmi les Nations, des harkis et des Compagnons de la Libération. Car si pour l’heure, seuls les soldats décédés en Algérie sont listés, le Souvenir français ambitionne à terme de couvrir les Morts pour la France de toutes les guerres, en commençant l’an prochain par ceux de 14-18.
Ce travail, lourd et porté en Ille-et-Vilaine par Isabelle Cardin, devrait progressivement être étendu à tout le pays. Car Serge Barcellini l’appuie : « C’est une richesse pédagogique exceptionnelle et les élèves vont ainsi pouvoir comprendre d’un seul coup qui a été tue à Verdun, en Algérie, en 44, avec une histoire partagée. »
De quoi donner raison à Guy Lucas, quand il qualifie cette initiative « d’extraordinaire » et cette cérémonie de « grand jour ».
Pour télécharger l’application : GéoMémoire.
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