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Le mouvement de contestation, d'abord contre la vie chère, a très vite basculé en manifestations contre le régime et contre le guide suprême Ali Khamenei.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Comment, en 16 jours de révolte, l'Iran est-il devenu un pays à feu et à sang ? Pour le comprendre, les équipes de France Télévisions ont analysé plus d'une centaine de vidéos.
Tout commence le 28 décembre dans le marché d'électronique et de téléphones portables de Téhéran. La monnaie locale s'est effondrée, les prix s'envolent. Les commerçants ferment boutique pour protester. Dans les jours qui suivent, le mouvement s'étend et touche même des universités. Dans ce pays où les manifestations sont interdites, une image symbole émerge le 29 décembre, celle d’un homme accroupi face aux forces de l'ordre. Et déjà, les premières images de violence envers les manifestants circulent.
Du pays filtrent quelques reportages d'agences de presse qui évoquent des revendications d'abord économiques contre la vie chère. Un mécontentement qui touche toute la population, y compris une femme qui ne veut pas de révolution. "Vraiment on ne veut pas que le régime change, on ne veut pas de guerre ni d'émeutes, on veut juste des prix moins chers", lance-t-elle.
Mais dans les cortèges, dès le 30 décembre, percent aussi des slogans anti-régime. La machine répressive se met alors en marche avec des forces du régime qui tirent. Mais cela n'arrête pas la contestation qui se répand. Les équipes de France Télévisions ont localisé des vidéos de manifestations dans plus d'une vingtaine de villes. Selon l'Institut américain ISW, ce serait encore plus.
Face à cela, le 3 janvier, le guide suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei, prend la parole. Les premiers mots sont en apparence conciliants. "Les manifestations ont souvent été organisées par des commerçants et leurs arguments étaient justes", commence-t-il. Avant de se montrer plus menaçant : "Mais il est inutile de discuter avec les émeutiers. Ces derniers doivent être remis à leur place."
La chaîne d’État iranienne cherche alors à discréditer les manifestants. Elle les qualifie d'émeutiers, montre des images de leurs armes supposées et diffuse des confessions de personnes détenues, visages masqués. Des habitants de Téhéran ont fait parvenir aux équipes de France Télévisions des SMS signés des gardiens de la révolution pour les décourager d'aller manifester : "Chers parents, abstenez-vous de sortir dans les rues. Sensibilisez vos enfants aux conséquences de toute collaboration avec des mercenaires terroristes, acte de trahison envers la patrie."
Contactée sur place, une femme a renoncé à sortir manifester : "Les gens ont très peur. Je suis sortie avant-hier et hier, mais mon mari m'a demandé de ne pas sortir aujourd'hui parce que c'est dangereux." Dans les rues, la violence monte encore d'un cran. Le 9 janvier, des manifestants incendient plusieurs symboles du régime. Les forces de l'ordre, elles, ne retiennent plus leur tir.
Témoignage rare, un Français vient tout juste de sortir d'Iran. "Chaque matin, même si vous allez chercher votre pain, vous allez faire vos courses, vous voyez la voirie qui est complètement détruite et surtout vous voyez du sang dans la rue, vous voyez du sang par terre. Dans mon cas, même si vous ne sortez pas, si vous restez chez vous, vous entendez les tirs de balles. Initialement les premiers soirs de flash-ball, mais ensuite de balles réelles", relate Kevan Gafaiti, professeur à Sciences Po de retour d’Iran.
Le 8 janvier sont apparues des images de plusieurs corps à l'arrière d'un hôpital à l'est de Téhéran. Mais c'est dimanche 11 janvier que le monde prend conscience de l'ampleur du bain de sang avec une vidéo où l'on voit des corps alignés sur des dizaines de mètres, à l'extérieur d'un institut médico-légal, il y en aurait plus d'une centaine.


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